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lundi 16 août 2010

A un ami israélien de Régis Debray. Ou comment dire - gentiment - ses quatre vérités Israël

Note visible grâce à ce lien https://sbo3343ammar.appspot.com/ahbebattariq.blogspot.com/

Le dernier livre du philosophe Régis Debray ne devrait pas échapper à l’attention de toute personne s’intéressant au conflit du Proche-Orient. Il constitue à notre avis une véritable bouffée d’oxygène tant le propos est neuf, courageux et intelligent. Il s’avère désormais incontournable pour qui veut saisir les données mentales – poétiques selon les termes de l’auteur – du blocage du processus de paix dans la région.

«Peut-on critiquer Israël?», s’interrogeait, il y a quelque temps déjà, Pascal Boniface. La question ne manque pas de pertinence tant le climat intellectuel en France est peu propice à ce genre d’exercice périlleux. L’auteur en est conscient qui écrit dès les premières lignes: «Je suis sûr, en abordant cette rive bardée d’écueils, de me brouiller avec la moitié plus un de mes amis. Il se trouve simplement qu’un Gentil se sent les coudées plus franches avec un juif d’Israël...». Ce livre se veut en effet une réponse, dans un style épistolaire, aux idées développées par l’historien israélien Elie Barnavi dans Aujourd’hui ou peut-être jamais qui aborde les difficultés du processus de paix. Là est le prétexte. On ne peut s’empêcher de penser toutefois que la véritable motivation de l’écriture, Debray l’ait trouvée dans la récente guerre contre Gaza, avec le déchaînement d’une violence disproportionnée et le dévoilement de l’arrogance et du cynisme israéliens.

L’essence du message envoyé par Debray à Barnavi est que si le processus de paix est bloqué, c’est à cause d’Israël et uniquement lui. Et, partant, il ne sert à rien de s’attendre à une hypothétique solution venant des Etats-Unis et de leur homme providentiel: Obama. Si le statu quo perdure, c’est que Israël le veut. Ni l’Europe, paralysée par la mémoire de l’Holocauste, ni les Etats-Unis dont l’alliance avec son «frère aîné» est «consubstantielle, subliminale et sous-cutanée» ne peuvent faire plus: s’inquiéter, regretter ou s’indigner, mais jamais sanctionner les enfreintes au droit international et aux résolutions de l’ONU. Néanmoins, ce n’est pas le message en lui-même qui fait tout l’intérêt du livre. Loin de là. Car, tout au long de chapitres fort édifiants (du sionisme; de l’antisémitisme; de la Shoah, aujourd’hui; d’un danger d’autisme; du nouveau monde; des deux Israël), l’auteur, servi par une grande culture philosophique, politique et historique, met au jour les dérives et les abus dont est coupable Israël et démonte minutieusement tout l’édifice intellectuel qui permet son impunité ad vitam aeternam. Bref, il lui dit gentiment – il se présente comme philosioniste – ses quatre vérités!

Ainsi, au fil des pages, le lecteur découvre avec un grand plaisir intellectuel des analyses plus percutantes les unes que les autres: Le XXème siècle, nous dit Debray, est celui de la persistance des images rétiniennes qui a un effet pervers «Superposer le rescapé de 1945 au Robocop de 2010 nous fait admettre le camp de réfugiés d’aujourd’hui au nom des camps de concentration d’hier». Concernant, les cris récurrents sur le retournement de l’opinion et le retour en force de l’antisémitisme en France, il assène: c’est prendre vos désirs pour la réalité et rappelle que «La seule phobie, aujourd’hui enracinée en France ... stigmatise les minarets, non les synagogues». Mieux, il démontre que, aujourd’hui, Le juif français est le chouchou de la République.

Tout un chapitre est consacré à la «Shoah», sa présence et à son statut dans l’Europe contemporaine. Ici aussi, le propos est incisif: «la mémoire a ses assassins, écrit-il, elle a aussi ses envoûtés» et, plus loin, «La tragédie du Proche-Orient, c’est que la rue arabe est aveugle à la Shoah, tandis que la rue juive – la nôtre aussi – est aveuglée par la Shoah». Cependant, les liens avec l’Amérique dépassent la question de l’Holocauste. Ils sont beaucoup plus profonds. Ils relèvent de l’ordre mental, du rapport imaginaire au monde: les mêmes références à la Bible, la même quête de la Terre Promise, la même glorification du colon. Ce qui fait dire à Debray: «Vous êtes l’archétype et eux la copie ... L’Amérique, c’est un grand Israël qui a réussi. Israël est une petite Amérique qui est à la peine». On ne peut être impartial

quand il s’agit de son frère aîné... Mais Debray est beaucoup plus dur avec Israël quand il s’agit d’évoquer son arrogance et ses comportements d’enfant gâté. Ses analyses sont ici tirées aussi de ses expériences sur le terrain des humiliations quotidiennes que subissent, notamment aux check points, les Palestiniens et tous ceux qui n’ont pas l’heur de plaire aux «maîtres des lieux». Ainsi, assène-t-il à son ami historien: «Vous avez un problème avec l’Autre. Le vrai, pas celui, à majuscule, des colloques sur Lévinas. Le minuscule qu’on ne choisit pas, celui qui vous emmerde, mais qui est à côté». On le soupçonnait depuis longtemps: pour pouvoir dire la vérité sur le conflit du Proche- Orient, il faut de l’intelligence et du courage. Dans ce livre, Debray a fait preuve des deux. Toutes proportions gardées, de même que dans la période sombre du nazisme, il y eut des justes pour penser et agir, au péril de leurs vies, selon leur conscience, notre époque a elle aussi besoin de justes qui prennent le risque de dire certaines vérités à propos du Proche- Orient. Puissent-ils être plus nombreux et mieux écoutés...

Baccar Gherib (Attariq Aljadid, n°190)

dimanche 22 février 2009

"Mots d'après la guerre" d'Anouar Brahem : la déchirure

C’est de sensibilité qu’il s’agit dans ce film. La sensibilité du musicien transposée au cinéma : la caméra a remplacée le luth, les touches ont servi à la place des cordes et les séquences sont autant de partitions. Anouar Brahem a entrepris un voyage dans le Liban d’après l’agression israélienne de l’été 2006. Il est parti à la rencontre de ses amis, intellectuels et artistes, pour trouver des réponses à une demande intérieure, à un besoin de clarification, bref à un désarroi. D’ailleurs n’a-t-il pas déclaré à un journal de la place : « cette idée m’est tombée dessus de façon inattendue, un peu comme cette guerre qui est tombée sur le Liban ». Le trouble d’Anouar nous a tous habité tout le long de cette guerre, nous autres intellectuels prétendument laïques et modernistes, il a meublé nos discussions, suscité quelques petites polémiques sans commune mesure avec les déchirures qui ont traversé la société libanaise entre partisans et adversaires du Hezbollah, considéré par les uns comme le dernier rempart contre les velléités belliqueuses d’Israël, décrié par les autres pour avoir entrainé le Liban dans une guerre qui n’obéît qu’à un agenda iranien.

Anouar Brahem, conscient de la complexité de la situation libanaise, n’a pas voulu ajouter de la confusion à un moment extrêmement difficile. Il s’est effacé derrière sa caméra laissant les intervenants s’exprimer en toute liberté, sans désir de les orienter dans des directions préalablement arrêtées. Ce qui nous a valu de très forts moments de vérité et d’émotions. Je n’oublierai jamais le frisson qui m’a habité en voyant Pierre Abi Saab, l’intellectuel laïque et rationnel, envahi par l’émotion, s’arrêter pendant quelques instants ; les mots bloqués au fond de sa gorge ont laissé la place aux larmes. Pierre voulait pleurer, moi aussi et toute la salle avec. On avait l’impression qu’il n’y avait plus de film, la caméra s’est arrêtée et Pierre Abi Saab est devant nous. Fort moment de cinéma que nous a offert Anouar Brahem. Ses invités étaient nus devant nous car, par sa discrétion, il les a poussés à abandonner leurs présupposés idéologiques, pas forcément favorables au Hezbollah, et à exprimer des sentiments qui sont ceux de n’importe quel libanais entrain de voir la puissante armée d’un Etat militariste détruire ce qu’il a de plus cher, sa patrie. D’ailleurs, certains critiques libanais qui ont reproché à Anouar son parti pris pro Hezbollah ont tort du fait qu’eux même ne sont pas parvenus à se débarrasser de leur parti pris hostile au Hezbollah. Leur surprise fut grande quand ils ont constaté que les témoignages faits par les intervenants ne coïncidaient pas avec leurs discours politiques habituels. C’est cela la magie du vrai cinéma. Cette magie que seul l’art peut nous procurer et qui nous rappelle la fameuse phrase d’Oscar Wilde : « la vie imite l’Art plus que l’Art n’imite la vie ».

Anouar Brahem, en s’aventurant avec succès dans l’art cinématographique, a ajouté la touche et la sensibilité du musicien à celle du cinéaste de sorte qu’en plus du cerveau nous avons besoin d’un cœur pour voir le film.

Serions-nous rentrés grâce à Anouar Brahem dans une grande époque artistique, celle qui permet au musicien de réussir dans le cinéma, au plasticien d’exceller dans le théâtre, au danseur de jouer sa comédie…. ? L’unité de l’Art a fait dire à Charles Morice, théoricien du symbolisme, que « les grandes époques artistiques disent : l’art. Les époques médiocres disent : les arts ». Mais rassurons les ennemis de l’art, nous ne sommes pas, malgré le talent d’Anouar Brahem, à l’aube d’une grande époque artistique car, pour « donner une âme à nos cœurs et des ailes à la pensée »(Platon), l’art a besoin de LIBERTE. Mais cela est une autre question.

Samir Taïeb

dimanche 11 janvier 2009

Ridicule

Le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (Crif) ne manque vraiment pas de culot. Il a appelé à une manifestation de soutien à «l’action d’auto-défense d’Israël» contre les «terroristes du Hamas». Le 4 janvier 2009, il n’y avait pas grand monde à la manifestation.

Même les habituels inconditionnels de la politique israélienne n’ont pas daigné s’y afficher. Enrico Macias, Serge Klarsfeld étaient bien esseulés dans le cortège aux côtés de grand rabbin de France. Sur les rares banderoles, nous pouvons lire par exemple «qu’Israël exerce son droit de légitime défense et mène une action militaire proportionnée à la menace» du Hamas. Ou encore «le Hamas constitue un danger vital permanent pour Israël et ses citoyens».


Ces slogans dont le Crif se gargarise appellent de notre part plusieurs commentaires.
  1. Ils viennent confirmer ce que nous savions déjà à savoir que le Crif, organisme français, opérant sur le sol français et financé en grande partie par l’argent du contribuable français, est en fait une annexe de l’ambassade d’Israël, une officine de l’Etat hébreu. Il est constitué d’apparatchiks communautaristes qui se sont autoproclamés représentatifs des juifs de France. Malheureusement, ceux-ci sont souvent courtisés par les hommes politiques de tous bords afin de récupérer les miettes d’un hypothétique «vote juif».
  2. L’opération de destruction systématique de Gaza par l’armée israélienne a porté un coup dur à l’image d’Israël. Le Crif s’affole et réagit de façon répugnante pour tenter de justifier l’injustifiable. Manifestement, même les journalistes amis du Crif se sont abstenus cette fois-ci de cautionner ce tissu d’absurdités et de couvrir l’événement. Et pour cause, la couleuvre est difficile à avaler.
  3. Sur le fond, cette attitude relève d’une totale malhonnêteté. Le Crif insulte l’intelligence des français qu’il prend pour des imbéciles. En effet, que l’on puisse encore, après les massacres perpétrés de sang froid à Gaza, qualifier Israël de pays agressé, dépasse l’entendement et frise le ridicule.
Heureusement que celui-ci (le ridicule) ne tue pas.

Dr Salem Sahli - Hammamet