Correspondants des médias étrangers et parfois même journalistes tunisiens ne savent plus où donner de la tête ! A chaque fois qu’un responsable d’un parti de l’opposition indépendante ou d’une organisation de la société civile accuse l’Administration d’interdire la tenue d’une réunion publique, de saisir de manière détournée un numéro de leur journal, qu’un événement « inattendu » survient quelque part dans le pays, qu’un journal étranger, une ONG internationale publie une nouvelle jugée « insidieuse » ou un rapport qualifié de « tissu de mensonges »…. surgit aussitôt une « source autorisée » pour nous donner la « version officielle » ou pour « rétablir les faits». Le plus cocasse, ce n’est pas la teneur de la version déclinée par cette « source autorisée », mais c’est le fait que celle-ci se dissimule à chaque fois derrière l’anonymat, comme si les propos qui émanent de cette source ne doivent jamais être attribués à des autorités identifiables comme des personnes par le commun des mortels, comme si les auteurs qui s’expriment au nom de cette « source autorisée » sont censés être classés aux abonnés absents et qu’ils se déploient dans notre univers communicationnel comme des espèces d’OVNI, insaisissables et invisibles, incolores et inodores. Dans ce florilège de « source autorisée anonyme », l’impression qui se dégage est double : soit que les auteurs de ces sources sont si confus et si indécis qu’ils préfèrent garder l’incognito pour demeurer dans l’ombre, soit que la version officielle qui y est livrée est susceptible de recevoir un démenti venu d’une autre source autorisée, toujours « anonyme ». Dans tous les cas, c’est la communication gouvernementale qui devient, elle-même, source de confusion et d’interrogations ; mais, cette fois, qui osera brandir le masque de l’anonymat !Larbi Chouikha
