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vendredi 3 avril 2009

Sacrée « source autorisée anonyme » !

Correspondants des médias étrangers et parfois même journalistes tunisiens ne savent plus où donner de la tête ! A chaque fois qu’un responsable d’un parti de l’opposition indépendante ou d’une organisation de la société civile accuse l’Administration d’interdire la tenue d’une réunion publique, de saisir de manière détournée un numéro de leur journal, qu’un événement « inattendu » survient quelque part dans le pays, qu’un journal étranger, une ONG internationale publie une nouvelle jugée « insidieuse » ou un rapport qualifié de « tissu de mensonges »…. surgit aussitôt une « source autorisée » pour nous donner la « version officielle » ou pour « rétablir les faits». Le plus cocasse, ce n’est pas la teneur de la version déclinée par cette « source autorisée », mais c’est le fait que celle-ci se dissimule à chaque fois derrière l’anonymat, comme si les propos qui émanent de cette source ne doivent jamais être attribués à des autorités identifiables comme des personnes par le commun des mortels, comme si les auteurs qui s’expriment au nom de cette « source autorisée » sont censés être classés aux abonnés absents et qu’ils se déploient dans notre univers communicationnel comme des espèces d’OVNI, insaisissables et invisibles, incolores et inodores. Dans ce florilège de « source autorisée anonyme », l’impression qui se dégage est double : soit que les auteurs de ces sources sont si confus et si indécis qu’ils préfèrent garder l’incognito pour demeurer dans l’ombre, soit que la version officielle qui y est livrée est susceptible de recevoir un démenti venu d’une autre source autorisée, toujours « anonyme ». Dans tous les cas, c’est la communication gouvernementale qui devient, elle-même, source de confusion et d’interrogations ; mais, cette fois, qui osera brandir le masque de l’anonymat !

Larbi Chouikha

samedi 21 mars 2009

Annulation de l’horaire d’été : quand le confort du jeûne passe avant la maîtrise de l’énergie

Le journal La Presse du 14/03/2009 a révélé qu’en vertu d’un décret non encore publié, il a été procédé à l’annulation de l’adoption de l’horaire d’été pour l’année en cours… Quoi de plus banal, diriez-vous ? Ce n’est ni la première ni certainement la dernière volte-face de l’Administration tunisienne. Mieux encore ! cette décision a toujours été souhaitée par les Tunisiens qui, malgré toutes les campagnes de sensibilisation vantant les bienfaits de l’heure avancée sur l’économie du pays et la maîtrise de l’énergie, n’ont jamais vraiment digéré ce décalage qui leur était imposé. Pourtant cette décision, tant au niveau de la forme qu’au niveau du fond, soulève quelques interrogations et mérite, pour cela, d’être analysée.

D’abord, il est rare que, avant même sa publication, un décret soit annoncé par un organe de presse, agence ou journal. Ce qui signifie que cette décision a été prise dans la précipitation – en tout cas bien après que toutes les dispositions aient été arrêtées pour que cette heure soit ajoutée, comme c’est le cas depuis maintenant quatre ans. Il semble même, à la lecture de l’information, que l’Administration était tellement contente d’annoncer la nouvelle à ses administrés qu’elle n’a pas pu attendre la publication du décret !

Toutefois, c’est surtout en ce qui concerne le fond que cette décision est encore plus édifiante. Car l’annulation de l’heure d’été a été motivée par sa coïncidence, cette année, avec le Ramadan. Bizarre ! L’année dernière, les Tunisiens avaient bel et bien jeûné tout le mois Saint du 1er au 30 septembre. Et le gouvernement devait bien le savoir lorsqu’il a programmé l’horaire d’été en 2008. Mais, vraisemblablement conscient des bienfaits dudit horaire sur l’économie du pays, et étant le garant de l’intérêt supérieur de la nation, il maintint cette disposition légale, malgré le Ramadan.

Que s’est-il donc passé ? Qu’est-ce qui a changé pour que le gouvernement se rétracte cette année ? L’horaire d’été n’est plus avantageux en termes d’économie ? Toutes ces campagnes avec leur lot de chiffres censés représenter les économies réalisées durant toutes ces années, c’était du pipeau ? Il semble, en fait, que c’est la conception de l’intérêt supérieur de la nation qui est en train de changer. En effet, réaliser une économie d’énergie et rationaliser les dépenses, par ces temps de crise économique, ne semblent plus être les objectifs prioritaires du pays. Il s’agit, aujourd’hui, de faire en sorte que le Tunisien jeûne dans les meilleures conditions, quitte à ce que ce soit aux dépens de l’économie du pays ! L’ordre des priorités s’est apparemment inversé, ces derniers temps… Faut-il y voir les traces du passage remarqué d’un certain Cheikh égyptien et une contrepartie du certificat d’islamité et d’arabité qu’il nous a si généreusement délivré ?

Kacem Erraïes