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mardi 26 mai 2009

Itinéraire d’un démocrate de gauche

Les mémoires de Mohamed Charfi* représentent un livre important pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire politique de notre pays, en particulier, pour ceux d’entre eux qui professent les valeurs de la modernité, de démocratie et de progrès. Ce livre est en effet le témoignage d’un homme qui a été, parfois, un observateur, souvent, un acteur d’épisodes clés de l’histoire du pays, allant de la lutte pour l’indépendance à sa réforme du système éducatif, en passant par la fondation de Perspectives et celle de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme.

L’ouvrage est d’autant plus intéressant qu’on sent à travers chaque ligne un grand souci d’honnêteté et de sincérité et la volonté de rapporter les faits tels qu’ils ont été vécus. Même si, tout à fait lucide par rapport à cet exercice de témoignage, l’auteur sait bien que notre mémoire est sélective et qu’elle tend à oublier nos erreurs ou nos faux-pas. La conscience aiguë des failles de cet exercice lui donne encore plus de force et de crédibilité. Car il n’hésite pas à aborder les épisodes qui font problème, en défendant ses propres choix, tout en exposant les points de vue contraires.

Le lecteur pourra ainsi suivre l’itinéraire politique de l’homme avec ses évolutions, ses tournants, ses ruptures, ses hésitations et ses combats. Sa biographie recoupe, d’une certaine manière, celle d’une gauche tunisienne qui a su s’affranchir des dogmes et des maîtres-penseurs, pour penser par soi-même et garder l’essentiel du message de la démocratie et du progrès. En ce sens, l’itinéraire de Mohamed Charfi est édifiant. Il mérite d’être médité.

Baccar Gherib

* On ne sait pas pourquoi le livre est à ce jour interdit de diffusion en Tunisie.

mardi 19 mai 2009

Les mémoires de Mohamed Charfi : "Mon combat pour les lumières"

Heureux qui, comme les démocrates et les progressistes de ce pays, ont eu, en un laps de temps très court – la première moitié de l’an 2009 – à débattre de pans entiers de leur histoire à l’occasion de la parution de trois ouvrages sous forme de mémoires ou de témoignages.

Malgré les différences de genre (un témoignage prospectif, une biographie et des mémoires), les trois ouvrages ont des points communs:

D’abord, il s’agit de trois opposants à Bourguiba avec des itinéraires différents, parfois croisés. Ensuite, les trois productions démontrent l’existence d’une pensée de gauche authentiquement démocratique, véhiculée par des acteurs qui ont payé un tribut très lourd (physique, mental), pensée qui s’est forgée dans la douleur et la souffrance souvent, et parfois dans la bonne humeur malgré les épreuves. Enfin, les trois ouvrages sont écrits dans un style élaboré et clair ; ils sont agréables à lire, car ils prennent à leur compte la devise de Kant, « une lecture amusante est aussi utile à la santé que l’exercice du corps ».

Et si Attariq a rendu compte dans ses précédentes livraisons des ouvrages publiés par Gilbert Naccache et Fethi Belhaj Yahia, il n’en a pas été de même pour les mémoires de Mohamed Charfi. Pourquoi ? Tout simplement, le livre étant publié en France, nous avons attendu sa distribution en Tunisie, jusqu’à la fin de la foire du livre, en vain ! Ils semblent que les pouvoirs publics se dirigent vers une censure du livre.

Devant cet état de fait, nous avons décidé de publier quelques passages du livre qui nous ont paru importants. Le choix n’a pas été facile et une part de subjectivité l’a sans doute déterminé. Ces morceaux choisis ne remplaceront pas la lecture du livre, mais ils donneront une idée sur les opinions et l’itinéraire de ce grand militant qui a certainement marqué l’histoire moderne de la Tunisie. Mohamed Charfi ne laisse pas, en effet, indifférent ; on l’aime ou on ne l’aime pas ; certains l’ont même cordialement détesté. Le roman de la vie de Mohamed Charfi est le roman d’une époque, d’une mouvance, d’une pensée qui, en affirmant la liberté, prend sur elle l’origine du mal. Un roman sans concessions ni pour l’époque, ni pour l’auteur lui-même.

La lecture de ce roman, pour reprendre, L. Aragon, « jette sur la vie une lumière ». Et c’est le combat pour les lumières de Mohamed Charfi qui nous interpelle, car, devant une telle vie, on ne peut être d’accord sur tout, ni totalement en désaccord.

C’est à un débat que nous invite ce livre. En jugeant les actions de cet Acteur, on se juge soi-même. Or, « l’agir véritable fait que la réalité ne soit pas totalisable » (P. Ricoeur). La mémoire se perd ; mais l’écriture demeure. Bonne lecture.

* Mohamed Charfi, Mon combat pour les lumières, Préface de Bertrand Delanoë, Ed. Zellige, Paris, 2009. 301 pages.

Samir Taïeb