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mardi 19 mai 2009

Les mémoires de Mohamed Charfi : "Mon combat pour les lumières"

Heureux qui, comme les démocrates et les progressistes de ce pays, ont eu, en un laps de temps très court – la première moitié de l’an 2009 – à débattre de pans entiers de leur histoire à l’occasion de la parution de trois ouvrages sous forme de mémoires ou de témoignages.

Malgré les différences de genre (un témoignage prospectif, une biographie et des mémoires), les trois ouvrages ont des points communs:

D’abord, il s’agit de trois opposants à Bourguiba avec des itinéraires différents, parfois croisés. Ensuite, les trois productions démontrent l’existence d’une pensée de gauche authentiquement démocratique, véhiculée par des acteurs qui ont payé un tribut très lourd (physique, mental), pensée qui s’est forgée dans la douleur et la souffrance souvent, et parfois dans la bonne humeur malgré les épreuves. Enfin, les trois ouvrages sont écrits dans un style élaboré et clair ; ils sont agréables à lire, car ils prennent à leur compte la devise de Kant, « une lecture amusante est aussi utile à la santé que l’exercice du corps ».

Et si Attariq a rendu compte dans ses précédentes livraisons des ouvrages publiés par Gilbert Naccache et Fethi Belhaj Yahia, il n’en a pas été de même pour les mémoires de Mohamed Charfi. Pourquoi ? Tout simplement, le livre étant publié en France, nous avons attendu sa distribution en Tunisie, jusqu’à la fin de la foire du livre, en vain ! Ils semblent que les pouvoirs publics se dirigent vers une censure du livre.

Devant cet état de fait, nous avons décidé de publier quelques passages du livre qui nous ont paru importants. Le choix n’a pas été facile et une part de subjectivité l’a sans doute déterminé. Ces morceaux choisis ne remplaceront pas la lecture du livre, mais ils donneront une idée sur les opinions et l’itinéraire de ce grand militant qui a certainement marqué l’histoire moderne de la Tunisie. Mohamed Charfi ne laisse pas, en effet, indifférent ; on l’aime ou on ne l’aime pas ; certains l’ont même cordialement détesté. Le roman de la vie de Mohamed Charfi est le roman d’une époque, d’une mouvance, d’une pensée qui, en affirmant la liberté, prend sur elle l’origine du mal. Un roman sans concessions ni pour l’époque, ni pour l’auteur lui-même.

La lecture de ce roman, pour reprendre, L. Aragon, « jette sur la vie une lumière ». Et c’est le combat pour les lumières de Mohamed Charfi qui nous interpelle, car, devant une telle vie, on ne peut être d’accord sur tout, ni totalement en désaccord.

C’est à un débat que nous invite ce livre. En jugeant les actions de cet Acteur, on se juge soi-même. Or, « l’agir véritable fait que la réalité ne soit pas totalisable » (P. Ricoeur). La mémoire se perd ; mais l’écriture demeure. Bonne lecture.

* Mohamed Charfi, Mon combat pour les lumières, Préface de Bertrand Delanoë, Ed. Zellige, Paris, 2009. 301 pages.

Samir Taïeb

samedi 18 avril 2009

ردود أفعال في أوساط المثقفين التونسيين بعد اتهام كاتبة بمهاجمة الرسول


أثار مقال نشره الصحافي التونسي محمد الحمروني ردود أفعال رافضة من طرف قسم كبير من المثقفين في تونس. وعبر الكثير من الكتاب عن رفضهم للاتهامات التي كالها الحمروني على الباحثة في الفكر الإسلامي الدكتورة الفة يوسف، وإدعائه بأنها تهاجم الله والقرآن والرسول على صفحتها بالموقع الاجتماعي الشهير "فيس بوك".

وكانت صحيفة "العرب" القطرية قد نشرت في عددها الصادر بتاريخ 13 أبريل 2009 مقالا للحمروني تحت عنوان: "بعد الرسوم الدنماركية، صفحات "فيس بوك" تونسية تهاجم الرسول (ص)" اتهم فيه الدكتورة ألفة يوسف بالتهجم على الذات الإلهية والقرآن الكريم وشخص الرسول، اتهم فيها الدكتورة ألفة يوسف بالتهجم على الذات الالهية والقرآن الكريم وشخص الرسول،وادعى أن "صفحتها على "الفيس بوك" تحولت في الأيام الأخيرة إلى فضاء يُلْعَنُ فيه الرسول عليه الصلاة والسلام وتكال له أكثر النعوت قبحا".


وجاء في المقال "ومن آخر الموضوعات المثيرة للنزاع، ما طرحته الدكتورة على صفحتها في شكل سؤال بدا بريئا وهو: لماذا رفض الرسول صلى الله عليه وسلم أن يتزوج علي بن أبي طالب على فاطمة الزهراء؟ ليتحول بعد ذلك الحوار إلى حملة تشهير بالمسألة الجنسية في تراثنا نقلا عن أحد المواقع المسيحية المتخصصة في شتم الإسلام."

وتجاوز الحمروني ذلك واتهم دون دليل الفة يوسف باللهث وراء منصب وزاري وكتب: "وقد صار من شبه المؤكد أنها مرشحة لتسلم حقيبة وزارة الثقافة في أقرب تغيير وزاري".


وانتقد عبد الحق سيوط كاتب المقال قائلا إن: "هؤلاء ينتهجون النهج نفسه مع كل من يخالفهم الرأي، فالعام الماضي كانت سلوى الشرفي في أهدافهم ثم بعدها رجاء بن سلامة واليوم ألفة يوسف. لاحظوا أن الأهداف كلهن نساء. والمستهدف الحقيقي هو مشروع الحداثة التونسية".

الصحافي جمال العرفاوي شكك من جانبه في حرفية المقال وكتب أنه "مهنيا هذا ليس مقال صحفي لان صاحبه لم يتبع الأبجديات اللازمة للمهنة لأنه أولا لم يحدد تواريخ ولم يعط فرصة لمن اتهمهم للتعبير عن مواقفهم مثل ألفة يوسف".


المحامي انور القوصري دعا الصحافي محمد الحمروني إلى كشف الأدلة عن قيام ألفة يوسف بالمس بالذات الالهية التي اعتبرها مزاعم لا أساس لها من الصحة، داعيا الحمروني إلى تقديم اعتذارات علنية".


في المقابل، افتتح عدد من التونسيين مجموعة في صلب موقع "الفايسبوك" بعنوان: "نطالب الحكومة يتقديم المدعوة ألفة يوسف إلى المحاكمة وعزلها من كافة الوظائف لمساسها بمقدسات دينية إسلامية"، وأضافوا:" لقد ضقنا ذرعا من هذه الشخصية التي صنع منها إعلامنا التونسي شخصية عامة وقدمها لنا على أساس إنها مفكرة وكاتبة لكتاب". وهذا كلام غير معقول ويدخل في باب تجريم الرأي المخالف، ليُطرح التساؤل، لمصلحة من تُثار مثل هذه المعارك؟


سفيان الشورابي

Les Amis d'Attariq apporte son soutien à Olfa Youssef dans son effort permanent de produire une lecture rationnelle de l'Islam et son combat contre les adversaires de la parole libre qui - au nom d'une idée rétrograde et passéiste de la religion - tentent par tous les moyens d'étouffer la pensée libre dans nos sociétés.

mardi 7 avril 2009

Hommage à Bruno Etienne

Bruno Etienne, politologue et islamologue de renom, nous a quittés le 4 mars dernier, à l'âge de 71 ans. Ses nombreux amis tunisiens, en particulier parmi les universitaires, qui l’ont bien connu, ont été très affectés par sa disparition. Bruno Etienne avait, en effet, effectué plusieurs séjours parmi nous, en Tunisie. D’abord, comme étudiant où il avait appris l’arabe à l'Institut Bourguiba des langues vivantes à Tunis dans les années 1960. Ensuite, comme invité par ses collègues universitaires et ses amis de la société civile pour participer à leurs rencontres.

Directeur de l’Observatoire du religieux à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, Bruno Etienne est considéré comme un pionnier de la recherche pluridisciplinaire sur le phénomène religieux et fut, à ce titre, régulièrement consulté par des institutions et des autorités politiques sur les questions de l'Islam et de l'Islamisme. Déjà, dans son ouvrage L'islamisme radical (1987), il avait développé l’idée que l'islamisme radical était «un mouvement moderne et pas le cheminement normal de la tradition islamique», écrit-il. Cette thèse avait suscité l’ire de ses collègues de notre rive, qui lui reprochaient à la fois son ton provocateur et ses positions jugées conciliantes à l’égard de l’islamisme politique de l’époque. Ses «coups de gueule» et ses envolées lyriques et gestuelles sur les plateaux des télévision et dans les rencontres scientifiques (agrémentés par l’accent de son terroir du Midi, qu’il avait toujours conservé) étaient devenus légendaires. Il nous arrivait de ne pas partager ses idées, mais nous nous délections toujours en sa compagnie et nos appréciions ses gesticulations ostentatoires et les anecdotes - bien pimentées et sans tabous - qu’il nous racontait avec sa verve habituelle.

En 1965, sa thèse de doctorat en droit avait porté sur Les Européens et l'indépendance de l'Algérie. En 1974, il avait passé son agrégation en sciences politiques puis effectué un séjour de deux années, de 1977 à 1979, au Maroc, où il est nommé Maître de conférences à l'université de Casablanca. En 1980, il devient directeur du Centre de recherches et d'études des sociétés musulmanes (Cresm), un laboratoire du CNRS, et professeur à l'Institut d'études politiques (IEP) d'Aix-en-Provence, où il se spécialisera dans l'étude du religieux dans l'espace euro-méditerranéen, et notamment de l'Islam dans sa dimension politique. En 1985, il fonde l'Observatoire du religieux, dont il prend la direction, avec pour objectif de fédérer les recherches autour du religieux en sciences politiques, en sociologie et en anthropologie. Il est également cofondateur, en 1999, de la revue politico-littéraire La Pensée de midi.

Bruno Etienne est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont les plus importants sont : La France et l'Islam (1989), Ils ont rasé la Mésopotamie (1991), Abd-el-Kader (1994), Etre bouddhiste en France aujourd'hui (avec Raphaël Liogier, 1997), La Science politique est-elle une science ? (1998), Le temps du pluriel (1999), Islam, les questions qui fâchent (2003), Pour retrouver la parole : Le retour des frères (avec Alain Bauer, Roger Dachez et Michel Maffesoli, 2006).

Adieu Bruno, tu nous manqueras !

Larbi Chouikha

vendredi 20 mars 2009

Visite de Qaradhaoui en Tunisie : ni pour ni contre… inquiet, tout simplement !

Le chroniqueur d’un quotidien de la place a favorablement apprécié la polémique qui a fait rage, sur la blogosphère tunisienne, entre traditionalistes – qui se sont enthousiasmés par la visite dans nos contrées du Cheikh Qaradhaoui – et modernistes, qui l’ont déplorée. Pour lui, c’est le signe d’une bonne santé intellectuelle : la preuve qu’il existe, quelque part dans le pays, une élite avide de débats et qui s’intéresse à autre chose que le football. Tant mieux, en effet ! Mais au-delà du fait que ce n’est pas un signe de bonne santé pour les libertés dans le pays que ce débat ne soit possible que sur Internet, il est clair qu’être pour ou contre cette visite n’a pas en soi un grand intérêt. Ce qui est plus intéressant, par contre, c’est d’essayer de la mettre dans son contexte et de la situer dans une chronologie, à la suite de faits semblables, pour être à même d’en déduire un diagnostic sur le positionnement idéologique du pouvoir.

Pour ce faire, il faudra, d’abord, s’interroger pourquoi et comment ce personnage qui a par ailleurs un côté assez rigolo – il n’hésite pas à donner son avis sur des sujets a priori délicats tels que la masturbation ou la fellation – en est venu à acquérir une telle popularité et, donc, une telle importance, chez nous. C’est là que réside, à notre avis, le vrai problème : que, dans le pays des grands penseurs et politiciens réformistes, une bonne partie de la population soit accrochée aux paroles d’un «télé-évangéliste» musulman véhiculant une lecture archaïque de la religion et qu’elle essaye de régler son comportement sur ses fatwas, traduit manifestement l’échec patent des politiques éducatives et culturelles du régime. La responsabilité de ce dernier dans cette évolution est lourde.

Venons-en, à présent, au deuxième volet de l’affaire : l’invitation en elle-même, la visite et ses résultats. C’est à ce niveau, en effet, qu’on peut juger le positionnement du pouvoir par la nature et le degré de ses concessions aux courants les plus rétrogrades de la société tunisienne. Le prédicateur a été reçu en grande pompe par des autorités peu rancunières – oublieuses du procès en mécréance qu’il leur a intentées, il y a peu – et avides d’une «réhabilitation» et d’une réintégration dans le rang de l’islamité bien pensante qui soit prononcée par la bouche de ce nouveau pape islamique. Ce qui fut obtenu et relayé par tous les journaux, qui ont repris en chœur la dépêche de la TAP. Tout ça a de quoi faire sourire ! Mais si l’on rappelle que cette comédie a été jouée au moment où les Femmes Démocrates ont été privées de célébrer, dans un espace public, la Journée Internationale de la Femme et, surtout, qu’elle succède à la Radio islamique privée, à laquelle est venue s’ajouter, récemment, la Banque islamique privée – toutes deux appelées, comme par hasard, Zitouna – on ne peut s’empêcher de craindre que ce régime aux racines modernistes soit en train d’opérer lentement, mais sûrement, un virage idéologique inquiétant. La vigilance doit être de mise !

Boubaker Jridi

vendredi 13 mars 2009

Tahar Haddad ou la méthode de la réforme en islam

Imra’atuna fi ach-chariâ wal-mujtamaâ est sans doute l’un des ouvrages les plus importants de notre histoire culturelle et politique contemporaine et, à le relire, on est encore surpris par son audace intellectuelle et par la fraîcheur qu’il dégage. On a du mal à réaliser qu’il est paru en 1929… Il y a 80 ans ! Les premières pages, surtout, qui dévoilent son approche de la question de la réforme en islam, sont essentielles. Tahar Haddad y développe, tout simplement, LA méthode pour mener à bien, dans nos sociétés, les réformes qu’exige la modernité.

De ce point de vue, Bourguiba, promulguant le Code du statut personnel en 1956, et Mohamed Charfi, publiant Islam et liberté en 1999, sont ses héritiers et continuateurs. Tout y est, en effet : une conscience historique aiguë, une adoption sans complexes des valeurs de la modernité, une conviction profonde de la nécessité de la réforme et, surtout, la manière d’aborder la religion pour montrer que, dans son essence, elle ne s’oppose nullement à la modernité. Cette approche se construit autour de trois moments clés.

D’abord, Haddad introduit la distinction décisive entre l’essence du message islamique – anhistorique, éternelle – et ce qui, dans ce message, a été entaché par le contingent. Il s’efforce, ainsi, de construire la notion d’un islam pur, débarrassé, en quelque sorte, des scories de l’histoire et il y retrouve, aux côtés de la notion coranique de makarim al-akhlaq, les valeurs de liberté et d’égalité. Il montre, dès lors, que ce qui s’oppose à l’accomplissement de ces valeurs dans une société islamique, c’est justement la part contingente, donc non essentielle, du message. Il réussit, ce faisant, à montrer que ce que l’on met sous le nom d’islam, ce ne sont, souvent, que les conservatismes et archaïsmes d’une société patriarcale. L’islam en tant que tel n’est pas un obstacle à la réforme.

Ensuite, Haddad se base sur cette distinction entre l’essentiel et le contingent pour mettre en exergue le gradualisme adopté par l’islam en vue de faire accepter son message par une société qui n’y était pas toujours prête. En effet, il n’était pas facile pour des Arabes frustes et peu civilisés de se soumettre aux exigences de la nouvelle religion. Celle-ci, pour ne pas faire objet de rejet, a dû composer avec le réel et, sur certains thèmes, avancer progressivement (comme pour l’interdiction du vin) ou, sur d’autres, se contenter d’indiquer la voie, en faisant seulement une partie du chemin (l’esclavage et les droits de la femme). Là gît, en effet, l’idée de génie de Haddad qui consiste à affirmer que le gradualisme est inhérent au message de l’islam et que si la vingtaine d’années du prophétat ont été suffisantes pour abroger plusieurs textes, que dire alors d’une évolution de plusieurs siècles ?

On peut, dès lors, aujourd’hui que les temps sont mûrs, faire le reste du chemin qui a été seulement indiqué du vivant du prophète, notamment à propos des questions, entre toutes délicates, de liberté et d’égalité. Pour Haddad, tout en montrant son attachement pour ces deux valeurs, l’islam n’a pu, étant donné le contexte historique, aller jusqu’à ordonner l’abolition de l’esclavage, ni instaurer l’égalité entre hommes et femmes. D’ailleurs, l’attribution aux femmes d’une partie de l’héritage n’a pas été digérée par les sociétés patriarcales qui, sur ce point, «ont préféré les ténèbres de la jahiliyya aux lumières de l’islam» en usant de tous les moyens pour priver les femmes d’héritage. Mais, aujourd’hui, les musulmans peuvent – et doivent – réaliser cette égalité entre les sexes, de la même façon qu’ils ont accepté l’abolition de l’esclavage. C’est le troisième moment de la démonstration de Haddad : le sens profond du message a souvent été ou bien trop dur ou bien incompréhensible pour les sociétés d’accueil. Seule l’évolution historique rendra les hommes à même de le saisir et de s’y conformer. L’interprétation du message est donc un processus continu, jamais achevé. Sauf, peut-être, à la fin de l’histoire. Haddad ne nous dit-il pas à cet égard que «l’islam est la religion du réel, il évolue avec lui, c’est le secret de son éternité» !

L’approche est magistrale et, à ce jour, on n’a pas trouvé autre chose pour concilier modernité et islam. Il s’agit bel et bien d’un texte fondateur. Tahar Haddad fait partie assurément des grandes figures de la réforme dans notre pays et, en tant que tel, il a sa place dans le panthéon de notre mouvement moderniste. A l’heure où la Tunisie officielle fait des courbettes et déploie le tapis rouge au représentant d’un islam figé dans une démarche obsolète, il n’est peut-être pas malvenu de rappeler que ce pays a enfanté un penseur réformiste de l’envergure de Haddad. Sa pensée demeure au cœur d’une modernité possible.

Baccar Gherib