vendredi 19 septembre 2008

La censure de facebook: une démarche désuète et contreproductive

La fermeture de l'accès au site de Facebook depuis le 23 août dernier à partir de la Tunisie a provoqué un véritable tollé parmi ses 28000 adhérents et a soulevé un vent de révolte qui a soufflé pendant la dizaine de jours durant lesquels a duré la censure. Ainsi, après plusieurs blogs personnels et après Dailymotion et Youtube - les sites de partage de vidéo en ligne - Facebook, simple site d'amis à l'origine et qui représente, aujourd'hui, un véritable réseau social, a été rattrapé par l'interdiction en Tunisie.

Seulement, voilà! Il semblerait, cette fois, que le censeur ait mal calculé son coup et qu'il n'ait pas bien anticipé l'ampleur de la réaction des internautes tunisiens, en général, et des adhérents au site, en particulier. En effet, si l'interdiction d'un blog affecte son auteur et les quelques lecteurs qui le connaissent et peut, dans une certaine mesure, passer inaperçue, celle de Facebook a touché 28000 adhérents pleins d'engouement pour ce nouvel outil de communication et de culture et qui n'ont pas compris pourquoi on voulait les priver du droit de contacter leurs amis et de s'exprimer sur les sujets qui les passionnent. Ce qui explique la colère qui les a animés et la détermination avec laquelle ils ont défendu le droit d'accès à leur site, allant jusqu'à menacer de résilier leur contrat avec leur fournisseur d'Internet au cas où l'interdiction se poursuivrait. Une colère qui a été relayée à l'étranger par Reporters Sans Frontières et dont ont rendu compte divers médias arabes. Entre-temps, les plus habiles et les mieux renseignés des adhérents de Facebook avaient trouvé la parade à la censure et, grâce à divers proxys, ont pu accéder de nouveau à leur site.

Ainsi, la tournure des événements nous amène-t-elle à penser que, dans cette affaire, le censeur et ses commanditaires sont perdants sur tous les plans. Car, comme on l'a signalé, les internautes tunisiens disposent des compétences (et de la solidarité) nécessaires pour mettre à mal la censure et réduire largement son efficacité. D'ailleurs, ces jeunes qui vivent pleinement leur temps ne font que se moquer de cette approche désuète et tout à fait ringarde à leurs yeux et ridiculisent le censeur en chef de L'Agence Tunisienne de l'Internet (ATI) auquel ils ont désormais accolé le sobriquet de "Ammar 404" par allusion au "http 404 page not found" qui s'affiche à la place des sites censurés. Ensuite, parce que la censure a touché des usagers du net qui ne sont pas au départ, dans leur majorité, forcément politisées ) un édito paru sur le net a même rappelé que sur Facebook il y a beaucoup de "groupes amis" - et les a amenés à prendre conscience de l'état des libertés dans leur pays, à s'engager plus ou moins dans une démarche collective et citoyenne et à finir par avoir gain de cause. Enfin, parce que cette censure, qui a eu de larges échos à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, ne peut que porter un coup à l'image du régime et achever de décrédibiliser le "Dialogue avec les jeunes" célébré en grandes pompes et présenté par le discours officiel comme libre et sans tabous. Car qui y a-t-il sur Facebook sinon des jeunes qui veulent former des groupes pour échanger des idées et s'exprimer librement sur des sujets qui les intéressent?

Quelle mouche a donc piqué l'ATI pour interdire ce site dont la popularité va croissant? Un groupe récemment créé par un dissident? Des débats qui continuent entre Facebookers sur la situation du bassin minier? On ne le saura peut-être jamais. Toujours est-il que par son dynamisme, le nombre et la qualité de ses adhérents et la diversité qu'il abrite, ce site porte en lui la promesse d'une société civile virtuelle. C'est là que se retrouvent, en effet, que le discours officiel appelle à rejoindre les associations et à s'intéresser à la politique.

En tout cas, depuis début septembre, Facebook est de nouveau accessible depuis la Tunisie suite, selon notre consoeur Le Temps, à une intervention présidentielle. Faut-il y voir un désaveu de la politique de l'ATI et une mise au chômage technique de "Ammar 404"? On ne peut que le souhaiter. Attendons, toutefois, ce que nous diront les jours à venir...
Baccar Gherib

Source.

2 commentaires:

ancien combattant a dit…

Les facebookers tunisiens sont bcp plus nombreux. Ils sont plus de 56000 fin août 2008 (source : http://houblog.net/article/1680-le-vrai-nombre-de-tunisiens-sur-facebook).

ancien combattant a dit…

je rectifie. plus de 53000...