samedi 19 mars 2011

A propos d'une certaine rhétorique politique



S’il y a, depuis le 14 janvier, un mot qui meuble la parole retrouvée des Tunisiens et autour duquel gravitent les discours, au point de saturer la rhétorique politique actuelle, c’est bien celui de « peuple ». Or, cette omniprésence de la figure du peuple a un sens politique certain. Elle peut aussi, si elle perdure dans ce moment délicat de notre histoire, influencer la donne politique du pays, à court comme à long terme. Il s’agit, dès lors, de bien saisir aussi bien les déterminants de la domination de ce type de discours que sa portée.
Pour ce qui est du premier volet, il semble que la récurrence du recours à la figure du peuple dans les discours, aujourd’hui, s’explique essentiellement par trois raisons. La première tient à la prégnance, chez nous, d’une culture politique basique – pour ne pas dire primaire – qui assimile hâtivement la nation ou la société au « peuple ». D’où une représentation de la politique qui en fait un sujet – souvent passif, parfois actif – de l’histoire : du peuple dominé qui subit ou qui résiste, au peuple qui se lève, se rebelle ou se révolte. Cette vision, présente dans notre inconscient collectif, s’affirme dans les poèmes de Chabbi, comme dans la célèbre déclaration de Hached : « Je t’aime, ô peuple ! ».
La deuxième raison tient aux spécificités de la révolution tunisienne qui, contrairement à toutes celles qui l’ont précédée, a été un soulèvement populaire spontané, dénué d’idéologie et sans encadrement ni leadership politique. Dès lors, aucune organisation, mouvance ou courant politique ne peut en revendiquer la paternité. On peut dire, légitimement et sans risque de se tromper, que la révolution a été, de bout en bout, l’œuvre du peuple tunisien dans ses différentes composantes.
La troisième raison nous semble, quant à elle, la plus décisive. Nous sortons, aujourd’hui, de plus d’un demi-siècle d’autoritarisme et, en particulier, de 23 ans de dépolitisation massive de la société tunisienne et de démantèlement de tous les corps intermédiaires entre celle-ci et l’Etat. Cette logique de neutralisation a cherché non seulement à étouffer la société civile et politique indépendante, mais aussi à tuer toute vie politique digne de ce nom dans le parti-Etat hégémonique. Celui-ci a été, en effet, réduit à une simple courroie de transmission des politiques du prince, à un appareil de mobilisation et à l’instrument privilégié du clientélisme. Résultat des courses : une formidable rupture entre société et Etat et, encore plus grave, une méfiance du « peuple » à l’égard des élites politiques, y compris celles qui se sont opposées à l’autoritarisme.
C’est justement ce dernier point qui va nous aider à mieux saisir ce moment délicat de notre histoire avec tous ses enjeux. Nous sommes, en effet, aujourd’hui, à la croisée des chemins, dans cette étape, fragile entre toutes, où l’ancien a été abattu et le nouveau pas encore construit. La révolution nous a certes rendu la liberté, mais, pour la parachever, elle exige que nous construisions ensemble la société démocratique et plurielle à laquelle nous aspirons. Or, qu’on le veuille ou non, cette construction – à savoir la transition démocratique – est inévitablement le fait d’élites politiques.
Ainsi, le rejet exprimé par une partie de l’opinion, du gouvernement d’union nationale, nous semble assez inquiétant du fait qu’on peut craindre qu’il n’est pas tant dû à la méfiance – légitime – à l’égard de la présence dans sa composition d’éléments de l’ancienne classe dirigeante, qu’à la contestation pure et simple de l’entrée en scène dans le processus révolutionnaire, peu de temps après « le peuple », des élites politiques. Il suffit, pour s’en convaincre, de bien écouter les manifestants hantés par l’angoisse que quelqu’un « leur vole leur révolution » ou tel membre de la « caravane de la liberté » venu chercher « sa part de la révolution ».
De même, cette perception de la révolution comme étant œuvre et propriété exclusive du « peuple », transparaît clairement à travers les mouvements d’employés pressés de prendre concrètement le pouvoir dans leurs entreprises ou institutions, en expulsant ou limogeant PDG et autres directeurs iniques ou antipathiques. Ce mouvement, s’il se poursuit et va jusqu’au bout de sa logique, pourrait aboutir, à l’échelle du pays, à un système politique à la libyenne, rejetant le principe même de représentation et donnant directement le pouvoir aux comités populaires chers à notre voisin (au demeurant si inquiet pour notre sort !). Toutefois, le véritable danger que ce populisme triomphant fait courir au pays n’est pas celui-là. La disqualification du processus en cours au nom du « peuple » et de sa révolution, profitera probablement à un leader charismatique qui saura, mieux que les autres, jouer sur la fibre populiste et s’autoproclamer représentant du peuple, pour prendre le pouvoir et … nous préparer une nouvelle dictature ! C’est là que gît la véritable mystification, le vrai hold-up de la révolution.
Nous vivons, aujourd’hui, un moment de notre histoire fascinant et terrible à la fois. Fascinant, parce que nous sommes en train d’inventer, pas à pas, pierre par pierre, notre avenir. Mais terrible également, parce que toute erreur, toute précipitation, toute naïveté, risque de compromettre, et pour longtemps, la réalisation de la société démocratique qui n’a jamais été aussi proche. Dès lors, pour mener à bien la transition démocratique, il faut faire preuve de beaucoup de courage, de sang froid et, surtout, de pédagogie.
Le pays a certes retrouvé la liberté. Mais il faudra du temps pour qu’il renaisse à la politique et qu’il conquière la démocratie.
Baccar Gherib
(Attariq Aljadid, n°216)

L'économie politique d'un demi-siècle de notre histoire



Mahmoud Ben Romdhane, Tunisie: Etat, Economie et Société, Sud Editions, 2011.

Pour les raisons que l’on connaît, rares étaient les chercheurs qui osaient affronter de manière non complaisante l’histoire politique, économique et sociale du pays. Et ceux qui se sont adonné à cet exercice, n’osaient pas manier leur esprit critique au-delà de l’ère bourguibienne, la période allant de 1987 jusqu’à nos jours restant en dehors de leur champ de réflexion. Elle était, pour ainsi dire, de l’ordre du tabou. Certes, des recherches ont été réalisées sur des questions qui fâchent comme celles du chômage, des inégalités ou du modèle de développement adopté et ses limites, mais elles demeuraient toutes dans une certaine confidentialité. Elles n’osaient pas migrer – comme c’est leur vocation – des cercles restreints des universitaires vers ceux, plus larges, de la société civile et politique. On peut dès lors parler, à ce sujet et à de très rares exceptions près, d’une démission des clercs. L’évitement systématique de cette thématique a ainsi créé un vide énorme et a suscité la frustration des universitaires, des jeunes chercheurs ou des intellectuels en général, obligés de se contenter du regard extérieur – pas toujours très bien informé, ni exempt de préjugés.
C’est ce vide énorme que le dernier ouvrage du professeur Mahmoud Ben Romdhane (Tunisie : Etat, économie et société) est venu combler. Il offre ainsi au lecteur non seulement une grande quantité de faits et de données sur la politique, l’économie et la société tunisiennes sur la période d’un demi-siècle, mais aussi des analyses rigoureuses qui se proposent d’expliquer la permanence de l’autoritarisme dans une société qui a pourtant atteint les standards économiques et sociaux permettant une transition démocratique. Les trois livres qui forment l’ouvrage sont donc la réponse à la problématique de l’auteur, énoncée dès la première page : « pourquoi, plus d’un demi-siècle après l’indépendance, la Tunisie continue-t-elle de vivre sous le régime autoritaire ? Dans quelle mesure et comment a-t-elle engendré des richesses, des revenus ? Dans quelle mesure et comment a-t-elle assuré une distribution et une redistribution des revenus ? ». Autrement dit, la thèse développée réfute aussi bien l’explication de l’autoritarisme par la seule coercition que celle, fataliste, qui l’attribue à certains traits de la société tunisienne, telle que la « tunisianité » chère à Camau et Geisser*.
Ainsi, pour développer sa thèse, l’auteur doit, d’un côté, montrer la logique néo-corporatiste qui lie le pouvoir autoritaire aux représentants du capital et surtout ceux du travail tout en explicitant les rapports clientélistes qu’il entretient avec les classes dites périphériques. Mais il doit, d’un autre côté, réfuter une à une et point par point les thèses essentialistes expliquant l’absence de démocratie par une spécificité culturelle. Ce qui lui permet d’expliquer la permanence de l’autoritarisme par l’histoire, en revenant sur des épisodes clés de l’histoire tunisienne qui vont de la lutte (violente) pour le pouvoir dès l’aube de l’indépendance à la grande occasion perdue des élections  pluralistes de 1981.
On l’aura compris, ce livre est celui d’un universitaire: comme le montrent sa rigueur, son plan, son souci du détail, les auteurs cités et discutés, notamment dans les deux premiers livres. Ce qui dévoile son incontestable ambition théorique. Mais c’est aussi l’œuvre d’un démocrate, d’un intellectuel engagé dans les affaires de sa cité, qui, en quelque sorte, défend sur le terrain de l’analyse le droit de son peuple à la démocratie. N’en déplaise à certaines approches postulant la stabilité des systèmes autoritaires, en effet, celle-ci reste, pour lui, l’horizon auquel peuvent aspirer tous les peuples de la planète, y compris le peuple tunisien. Dans un contexte dominé par le fatalisme et une certaine démission, ce livre, finalisé durant l’été 2010, réhabilite l’espoir (et, a posteriori, la Révolution tunisienne lui a donné raison). Il s’achève, d’ailleurs, sur une conclusion générale au titre prémonitoire : « Demain la démocratie » où l’auteur s’efforce d’anticiper les scénarii possibles d’une sortie de l’autoritarisme – bien que la révolution du 14 janvier les ai déjoué tous, comme il le remarque dans un post-scriptum !
Toujours est-il que, grâce à la révolution, ce livre a pu être édité et distribué en Tunisie. Il sera désormais la référence incontournable aussi bien pour l’honnête homme cherchant à approfondir sa connaissance du pays et de son histoire, que pour les jeunes chercheurs, en sciences politiques ou en économie, réfléchissant sur l’objet « Tunisie ».
Baccar Gherib

M. Camau, V. Geisser, Le syndrome autoritaire ; Politique en Tunisie de Bourguiba à Ben Ali, Presses de Sciences Po, 2003.

Attariq Aljadid, n°218

N'ayons pas peur!


Aujourd’hui, la révolution tunisienne fait l’admiration des peuples du monde entier. Et si elle suscite un énorme espoir, ce n’est pas uniquement en raison du courage du peuple tunisien, mais aussi parce que la singularité qui a pu lui être reprochée est ce qui précisément fait son authenticité. Nulle figure charismatique, nulle idéologie ne l’a dominée. Elle n’a de figure que celle, anonyme, des laissés pour compte, les mêmes dans tous les pays, qui ont osé braver la terreur du despotisme.
Plus encore, le sacrifice de Bouazizi, qui a retourné sa révolte contre lui-même, est en soi un message de non-violence. L’élan qui s’en est suivi a aussitôt résumé les revendications en un slogan simple et audible par tous : travail, dignité, liberté. Ceci n’est autre que la revendication d’une citoyenneté pleine et entière. Non-violence et citoyenneté, tels sont donc nos mots d’ordre. A nous, à présent, d’en être dignes et de poursuivre le combat avec ces mots d’ordre pour seule boussole.
La deuxième phase de notre révolution est cependant plus délicate, et demande à présent de la lucidité et de la patience.
Pour cette raison, à la déflagration salutaire doit succéder la discipline, tout aussi salutaire. Non pas la discipline des soumis, mais celle de l’homme libre et déterminé.
Patience mes amis, patience et, osons le proclamer, confiance.
L’heure n’est plus à la révolte spontanée, et encore moins aux rodomontades. Certes, la pression ne doit pas se relâcher, mais le monde nous regarde, soyons à la hauteur de la situation. Elle requiert la vigilance la plus déterminée, mais surtout l’endurance. Oui, si nous sommes réellement convaincus que l’énergie libérée par cette révolte est inextinguible, alors nous ne devons pas avoir peur. Car, vouloir tout, séance tenante, traduit la peur du spectre de Ben Ali. Le vrai courage consiste au contraire à faire preuve d’endurance, et donc de patience.
Disons-le haut et fort : il n’y aura nul compromis avec le passé. Mais chaque chose en son temps. Six mois pour remettre en branle un pays complètement neuf, ce n’est pas si long, et ce sera déjà extraordinaire si nous y parvenons. Nous avons donc besoin, non de précipitation et de règlements de compte intempestifs, mais d’une démarche ordonnée et méthodique, et cela afin de parer au risque de l’anarchie. C’est, plus que tout autre chose, cette endurance qui nous rendra dignes du sacrifice de Bouazizi et tous ceux qui sont tombés.
Slim Ben Cheikh (édito Attariq Aljadid, n°216)

La révolution autrement


Il n'y a pas à tourner autour du pot, l'ambiance est révolutionnaire. C'est un moment exaltant, où tout est possible après des décennies de verrouillage politique, mais qui demande vigilance et lucidité, car tout ce qui est possible n'est pas nécessairement souhaitable.
Je fais partie des optimistes inquiets. Optimiste parce que j'ai confiance en la sagesse et la maturité des Tunisiens et Tunisiennes et en leurs capacités à accoucher ensemble d'un Etat démocratique. Je suis, en revanche, inquiet car, n'étant pas – à l'instar de beaucoup de mes concitoyens - un "révolutionnaire professionnel", je me sens sans cesse bousculé par les révolutionnaires de tout bord qui me somment de me positionner de manière radicale sur des sujets pour lesquels je n'ai d'avis que nuancés et pleins de questionnements.
Voilà qu'il faut maintenant se positionner sur un «conseil de protection de la révolution» censé réaliser la volonté du peuple. Avec le gouvernement provisoire, nous avons tout loisir de contester son action et de réagir en tant que Tunisiens qui aspirent à la démocratie et à la justice sociale ; d'ailleurs personne ne s'en prive ! Cela précisément parce que c'est un dispositif transitoire, dont la légitimité est conditionnée à sa mission et dont l'action reste encadrée par la constitution (ou ce qu'il en reste). Avec un conseil de protection de la révolution qui se veut au dessus des institutions existantes, dont la légitimité émane de sa seule posture révolutionnaire, qui pourra contester quoi que ce soit sans être taxé de contre-révolutionnaire?
En créant une institution révolutionnaire sans limite ni de mandat ni de durée, ne risque-t-on pas de tuer dans l'œuf le magnifique élan démocrate des Tunisiens? Avons-nous oublié les conséquences autoritaires des soviets suprêmes et autres conseils des gardiens de la révolution?
La question de fond qui semble créer le clivage est celle de la nature même de notre processus révolutionnaire. Personnellement, je ne me reconnais pas dans les paradigmes hérités des révolutions centralisées (soviétique, chinoise, nationaliste arabe, iranienne....), pas seulement pour des raisons idéologiques, mais surtout parce que le mouvement qui a abouti à la chute de la dictature a été un mouvement participatif, décentralisé et protéiforme, dans lequel de multiples énergies, sensibilités et intérêts se sont alliés pour aboutir à un renversement du régime, sans qu'aucune force politique ne puisse honnêtement prétendre en être ni l'inspiratrice ni l'organisatrice.
Les réflexes centralisateurs, totalisants et institutionnalisants (excusez-moi, celle-là est un peu osée!) proviennent, à mon sens, d'une culture politique qui est restée figée dans les débats des années 1970 et qui ne parvient pas encore à s'ouvrir à la radicale nouveauté des mouvements sociaux actuels, en Tunisie aujourd'hui, mais aussi en Bolivie récemment, pour ne citer que ce pays, dans la récente floraison politique sud-américaine.
La révolution est partout, portée par tous. Elle n'est pas nécessairement univoque. Déjà aujourd'hui, elle s'exprime et vit dans tous les espaces de la vie : les quartiers, les entreprises, les lycées, les facultés ; la population est vigilante, réactive, ardente dans ses débats et ses combats... et rien que pour cela, les contre-révolutionnaires, les opportunistes et les champions du retournement de veste ont déjà perdu.
Alors, de grâce, mes chers concitoyens ! Nous avons aujourd'hui la chance d'imaginer une nouvelle Tunisie dans laquelle tous et toutes ont leur part, alors osons regarder notre révolution et notre pays avec un regard neuf et ne plaquons pas dessus les vieilles recettes qui ont fait leur temps, car c'est exactement cela qu'attendent les adversaires de notre cause.

Nizar Baraket  
(Attariq Aljadid, n°219)

Utiliser la Démocratie pour arriver à la Théocratie ou misère d’un projet


Je ne me souviens  plus de l’année exacte, mais je pense que ça devrait être vers l’année 1997 ou 1998 ; je reçois alors une lettre en arabe qui avait tout l’air d’avoir fait un parcours du combattant : papier froissé, un peu poussiéreux, sentant la cigarette….
Son contenu était sérieux et intéressant,  son style élégant, la forme de ses expressions, pleine de politesse et de communication respectueuse. A sa lecture, elle s’avère me parvenir d’un de ces nahdhaouis qui croupissaient alors dans les prisons  du dictateur Ben Ali. Les détails de la lettre ont échappé à ma mémoire, mais l’idée essentielle y est restée gravée : à mon analyse sur l’avance et l’avantage politiques trop faciles que donnerait  au parti islamiste son appui sur la religion qui, en principe, est un patrimoine commun et une conscience partagée ne pouvant faire l’objet d’un fonds de commerce quelconque, l’expéditeur, sans discuter ce qui est au fond de ma contestation, c'est-à-dire mon rejet du principe de la concurrence politique déloyale - semblable d’ailleurs à celle du RCD qui a gagné pendant 54 ans en s’appuyant déloyalement sur la force de l’Etat, patrimoine commun à tout un peuple - l’expéditeur me répond, en substance, que la répression des islamistes a été catastrophique pour tout le monde, dans la mesure où elle a fait sombrer le pays dans la dictature. Ce qu’il me disait était absolument  percutant, mais il ne répondait pas  à ma logique. Ben Ali voulait gouverner seul, et ne voulait permettre aucune existence à part la sienne. Les partis politiques ne l’intéressaient  guère, et  de leur fondement idéel, il se fichait comme de sa dernière ou de sa  première chemise.
Plus d’une douzaine d’années après, et lors d’une soutenance de mémoire en master sur l’histoire de la centrale syndicale estudiantine islamiste, dont j’étais membre du jury, un jeune homme au physique  qui m’avait semblé très authentique de notre histoire berbèro-arabe, me salua en se présentant : c’était  lui l’expéditeur de la lettre. A cet homme courageux, face à qui j’ai feint  de n’avoir eu que de la surprise, je fais savoir que je ne peux qu’avoir l’affinité de  toute mon humanité.
Après cela, je voudrais, en continuant le même dialogue respectueux, lui dire rapidement mon sentiment, après avoir lu les déclarations récentes du Cheikh  Rached Ghannouchi et de M. Hamadi Jebali.
Mon sentiment est  que vous vous débattez dans des contradictions graves, et que le sens  scientifico-politique  de la démocratie vous échappant totalement, vous n’en  retenez qu’une misérable manivelle de fonctionnement mécanique.
Mon sentiment est qu’en réintégrant le terrain politique sur la base du principe que l’islam est « Dounia wa din », vous n’innovez en rien par rapport aux frères musulmans des années vingt qui, même à l’époque, n’ont récolté que de la cendre de leur conception totalitaire.
Mon sentiment est que Hamadi Jebali n’a pas plus dit sur son projet que ceux de « Hizb at-tahrir » qui scandent  dans la rue que  «  le khalifat( entendre la chariaa) est la solution » ; sauf que lui nous dit implicitement qu’il veut temporiser et attendre que  la démocratie permette, à court ou à moyen terme, la théocratie; cela signifie attendre les effets de l’instrumentalisation de la démocratie sur le renforcement et l’enracinement social et politique des islamistes pour  se mettre alors à couper nos mains, fouetter nos hommes, lapider nos femmes, priver la jeunesse du plaisir et du rire.. . et instaurer le règne de la chariaa, comme l’ont fait les Talibans en Afghanistan, cité ô combien vertueuse, croyant satisfaire  aux vœux les plus clairs et les plus explicites de Dieu.
Mon sentiment, enfin, est que ce que vous avez avancé jusque-là est plus que décevant pour toute conscience moderne, qui se trouve être celle de notre jeunesse, car vous n’avez pas l’air de comprendre, comme  Ben Ali d’ailleurs, que la démocratie exige une légitimité tirée de son essence même, et que cela vous demande une véritable théologie de la Modernité et de la Liberté, une laborieuse réflexion, un débat libre et sans tabou, une révision critique des textes, une confrontation réelle entre les vérités politiques séculières et celles religieuses, une déconstruction de toute la ceinture théologique moyenâgeuse qui conditionne votre compréhension religieuse présente… c'est-à-dire un effort qu’aucun de vous n’a fait jusque-là et qui, pourtant, est votre seul salut politique, dans une époque historique où tous les peuples arabes font preuve d’un rejet ferme de tout scénario ou projet totalitaire, aussi sacré prétend-il être.
Mon sentiment est que vous n’avez pas, pour le moment, de projet, et que celui que vous avez n’en est pas un, car dans une époque  qui exigence, de la manière la plus déterminée, de la démocratie, votre projet pour aujourd’hui ou pour demain ne sera pas moins éphémère que l’a été celui de Ben Ali et de ses semblables.
Gouverner autoritairement sera condamné dès cet instant de notre histoire, pour être un acte contre nature.

Latifa Lakhdar
Attariq Aljadid, n°219


Troubles de la mémoire collective?


« C’est au juge qu’il revient de condamner et de punir,
et au citoyen de militer contre l’oubli et aussi pour l’équité de la mémoire ;
à l’historien reste la tâche de comprendre sans inculper ni disculper ».
Paul Ricoeur, Histoire et Vérité

Un mois après la révolution du 14 janvier, l’observation et le suivi de l’évolution du positionnement des différents acteurs de la vie politique tunisienne ont de quoi donner le tournis. Prenons, à titre indicatif, quelques exemples :
-       Dans une scène hystérique, des députés de la majorité présidentielle (212/214) apostrophent les deux députés de l’opposition pour revendiquer, devant les caméras, leurs convictions démocratiques, voire révolutionnaires.
-       Tel sénateur impliqué dans le procès contre la LTDH nous assène, toujours devant les caméras, un discours fleuve le présentant comme le premier et le plus méritant des opposants à l’ancien régime.
-       Tel leader de l’opposition – décor nous tient, sans sourciller, un discours de premier défenseur de la révolution.
-       Des journalistes (que personne n’a vus dans les luttes menées par leurs collègues pour l’indépendance de leur métier) se permettent de lyncher médiatiquement une des rares personnes qui ont osé dénoncer publiquement la corruption de Ben Ali et de son entourage, parce qu’il ne parlait pas le « révolutionnairement correct » !
-       Des retraités de la politique, soigneusement planqués durant les années de plomb, redescendent dans l’arène et se proclament gardiens de la révolution.
-       Des membres du Bureau Exécutif de l’UGTT – qui n’osait même pas se permettre la neutralité de rigueur dans élections présidentielles et qui, durant la révolte, se désolidarisait des syndicalistes militants – rivalisent, aujourd’hui, en surenchères révolutionnaires.
Il ne sert à rien d’allonger cette liste de peu glorieux retournements de veste, de conversions – tardives mais fort opportunes – aux idéaux démocratiques et des courses effrénées au « plus révolutionnaire que moi tu meurs » : les exemples cités donnent une idée suffisante de l’ampleur du phénomène de mue démocratique qui prospère sous nos cieux. Cherchons plutôt à le comprendre : la révolution du 14 janvier qui a été, on l’a souligné, le couronnement d’un soulèvement populaire spontané, sans leadership ni encadrement politique, a rebattu les cartes. Et, logiquement, la bataille fait rage entre les uns et les autres en vue d’un bon repositionnement. C’est de bonne guerre.
En revanche, ce que cette affaire a de malsain, c’est que d’aucuns, pour mieux se positionner aujourd’hui, cherchent sinon à falsifier notre histoire proche, du moins à la gommer. Car, cette histoire est sans doute dure à supporter pour qui n’a pas porté, dans les ténèbres, le flambeau de la vérité, pour qui n’a pas témoigné, pour qui a été complice actif ou passif de la dictature. Et les tentations de réécrire ce passé proche et de se refaire une virginité, sont, pour eux, d’autant plus grandes qu’ils pensent être devant un public « bleu » ne sachant pas exactement « qui est qui ? » ni « qui a fait quoi ? ».
Devant cette tentative insidieuse d’attenter à notre histoire, il est de notre devoir, sans s’ériger en juge et loin de tout esprit de chasse aux sorcières, de « militer contre l’oubli et aussi pour l’équité de la mémoire ». Protéger celle-ci est, pour nous, certes un impératif moral, mais c’est surtout une nécessité politique. Car, on ne construira rien de bon sur une falsification de l’histoire… Elle finira, tôt ou tard, par se venger.
Baccar Gherib
Attariq Aljadid, n°219

Tunisien, Tajdidi et fier de l'être!



Que les lecteurs veuillent bien me pardonner de parler de moi, mais face à l’incompréhension - parfois au dénigrement -, il est peut-être bon de dire certaines choses. Et ce que je veux dire aujourd’hui, c’est, tout simplement, que j’éprouve de la fierté, une  grande fierté !
Oui, depuis le 14 janvier, je me sens particulièrement fier d’être tunisien. Auparavant, je n’éprouvais ni fierté ni honte de l’être : j’étais tunisien, de sexe masculin, marié, père de deux garçons et d’une fille etc. bref, c’était ma nationalité, mon identité, un point c’est tout.
Mais depuis le succès - et quel magnifique succès – de la révolution, un sentiment étrange est né en moi, la fierté ! Mais cette fierté est d’autant plus agréable à vivre qu’elle est venue subitement, sans crier gare, peut-être un peu comme celle d’un sportif qui avait jusque-là des performances moyennes, voire faibles, et qui, un jour sans crier gare, bat un record mondial, et avec brio ! Sauf que dans mon cas, il ne s’agit pas d’une performance personnelle : c’est de nous, Tunisiens, que je suis fier, extrêmement fier. Je vais faire un aveu : j’ai, depuis ce beau jour, l’impression - comme dans une sorte de rêve éveillé - que si je partais en voyage, les gens, dans ce pays, se retourneraient sur mon passage, et la mère chuchoterait (pour ne pas heurter ma modestie, mais je l’entends quand même) à son enfant :
- Tu sais,  le monsieur qui vient de passer, mine de rien ? Eh bien, c’est un Tunisien ! Tu sais, la Tunisie qui… 
Et l’enfant, l’interrompant : Mais bien sûr, maman, pour qui tu me prends ? Qui ne connaît pas la Tunisie et les Tunisiens ?!
Mais pour une fois que je parle de moi, je vais faire un autre aveu, très important aussi pour moi : depuis le 17 janvier, je me sens particulièrement fier d’appartenir au Mouvement Ettajdid !
Je sais, c’est plus surprenant, d’autant plus que je milite dans ce parti, sous les différentes formes qu’il a prises, depuis bientôt 50 ans, et que j’assume cela publiquement et fièrement, quand le parti était interdit comme quand l’interdiction a été levée, quand le parti était le parti communiste tunisien comme depuis qu’a été créé le Mouvement Ettajdid ! Alors ? Cela demande, bien sûr,  explication.
L’explication, la voici :
J’éprouve un sentiment de fierté particulière d’appartenir à un parti qui, ce17 janvier2011, après que sa direction ait passé une partie de la nuit dans ses locaux (couvre-feu oblige !) à discuter de la situation dans notre pays, a eu le courage de décider rien de moins que d’accepter de participer (-en coordination avec les deux autres partis d’opposition réelle et avec l’UGTT)- avec les quelques éléments du gouvernement de Ghannouchi qui n’avaient pas quitté le navire en train de couler - à un gouvernement de coalition.
En quoi une telle décision a de quoi se sentir fier ?
Ce geste historique doit d’abord être apprécié à la lumière d’une donnée importante : il a été le fait d’un parti qui n’a vécu, depuis sa création il y a de cela plus de 80 ans, que dans une culture d’opposition, une opposition sérieuse, ferme, résolue, ayant mené chacune des générations qui s’y sont succédé à payer leur tribut d’emprisonnements, de répression, d’exactions… 
D’autre part, on a peut-être un peu oublié, avec le temps, dans quelle situation dramatique était à ce moment -là notre pays : rappelons-en, pêle-mêle, quelques données.
Ben Ali venait de fuir, mais comment allait se comporter l’armée, « la grande muette » ? Et la « famille », qui aurait miné, au sens propre, le terrain ? Et le RCD, si  tentaculaire? Et Guaddafi, qui regrette publiquement ce départ ? Et l’Algérie, dont les dirigeants se voient aussi contestés et qui peuvent être tentés d’éviter  la contagion ? Et des médias étrangers qui, profitant de la confusion générale, alimentée par les commentaires irresponsables de certains juristes, sèment le trouble et le doute ? Et cette grave insécurité, qui terrorise les citoyens et qui peut les pousser à des actes inconsidérés? etc.etc.
Des questions lancinantes, des dangers, loin d’être théoriques, qui menacent la révolution, qui risquent de l’empêcher d’atteindre ses buts, voire même de la faire avorter !
Dans ces conditions si dramatiques, où la révolution se trouve à une étape cruciale, et même dans une impasse réelle, que répondre à l’offre de participer à une opération de sauvetage, non seulement de la révolution, mais même de notre pays, qui se confond, désormais, avec elle ?
Les débats au sein de la direction d’Ettajdid sont graves, tendus :
- une réponse positive ne risque-t-elle pas de nous faire contribuer à une tentative de sauvetage de l’ancien régime, même sous une forme retouchée, plus présentable ? Comment notre parti, qui jouit dans l’opinion démocratique, d’une solide réputation de lucidité et de combativité, peut-il prendre le risque d’être complice, objectivement, d’une telle manœuvre hypothétique ? Les contrecoups seraient terribles pour le pays, mais aussi pour le parti.
- mais si l’offre de sauvetage  du pays et de la révolution était sincère ? Si c’était là une occasion exceptionnelle de sortir de l’impasse aux moindres coûts ? Mais, dans ce cas aussi, notre parti risque de faire l’objet d’incompréhensions, voire d’attaques violentes, nous accusant de « chercher un fauteuil », de  « sacrifier nos principes »… ! Le coup serait aussi terrible ! L’image de notre parti comme un parti sérieux, honnête, résistant à toutes les tentations qui lui ont été faites : bref un parti propre, « clean » comme on dit, une telle image serait irrémédiablement ternie.
En cette terrible nuit du 16 au 17, sous le bruit de tirs nous parvenant de loin, devant les appels au secours déchirants que faisaient parvenir, à travers les chaînes de télévision, de citoyennes et de citoyens affolés par des attaques contre leurs familles, des incendies de leurs biens, le parti a pris cette décision historique, en pleine conscience de tous les risques encourus par le pays et par le parti ; La décision - unanime !- a été formulée par plus d’un de la manière suivante :
Entre le risque de laisser échapper une chance de sauver le pays, par crainte d’une éventuelle tentative de « restauration », et celui de voir l’image du parti  ternie, par incompréhension ou mauvaise foi, le choix est évident : l’intérêt du pays et de la nation avant tout. Tous les risques  doivent être pris, sans hésitation, sans états d’âme, y compris en mettant à la disposition de la révolution le premier responsable de notre parti ! Par patriotisme. Par sens moral.
Si cela vaut au parti quelques difficultés, sa direction, ses militants sauront y faire face avec courage et abnégation (d’ailleurs, ces risques peuvent ne pas se réaliser, être mineurs ou passagers). Si l’opération de sauvetage réussit, nous aurons eu l’honneur d’y avoir contribué ; dans le cas contraire, nous aurons fait ce que notre devoir, notre éthique nous dictaient, et en cela nous aurions été, encore une fois, fidèles à notre tradition, à nous-mêmes.
Cette attitude de lucidité et de responsabilité s’est, encore une fois, concrétisée lorsque le Mouvement s’est retiré du gouvernement dès qu’il a estimé que sa contribution de l’intérieur ne s’imposait plus.
Telles sont les principales raisons qui font que je me sens aujourd’hui beaucoup plus fier que jamais d’appartenir à un parti capable de mettre ainsi, concrètement et non en théorie, l’intérêt du pays au-dessus de celui du parti et d’être guidé, dans les moments difficiles, lorsque le doute s’installe sur le chemin à suivre, par un impératif clair : le patriotisme, la morale.
 Hichem Skik
(Attariq Aljadid, n°221)

Réconcilier la gauche avec l’entreprise ?


Quand les membres du « Club de la citoyenneté » au sein du Mouvement Ettajdid avaient programmé une conférence – débat autour du thème « Entreprise et politique », ils étaient loin de se douter que les locaux d’Ettajdid allaient être « envahis » par de nombreux patrons tunisiens, grands et petits, jeunes et vieux, membres de l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprise (IACE) ou du Centre des Jeunes Dirigeants (CJD), qui sont venus écouter le conférencier (Tarek Chaabouni), puis débattre de questions aussi diverses que celles de l’emploi, du développement régional, des PME, de l’entreprise et de l’administration, des relations sociales au sein de l’entreprise…  Les grands posters de Mandela, Ghandi et Hendrix qui ornent la salle des réunions et qui étaient habitués à voir plutôt défiler des syndicalistes, des chômeurs, des étudiants, des enseignants, des artistes, des intellectuels, des féministes… devaient être tout étonnés de découvrir ce nouveau groupe social.
Mais, une fois passé le moment de la surprise et de l’étonnement, il faut bien essayer de comprendre ce qui, au-delà des relations personnelles ou de l’intérêt du thème abordé, a pu être à l’origine de cette rencontre, que d’aucuns considéraient comme bien improbable, et poser la question : qu’est-ce qui a bien pu attirer des entrepreneurs dans l’antre d’un parti solidement installé à la gauche de l’échiquier politique tunisien ?
Certes, une révolution est passée par là et un vent de liberté souffle sur le pays, nos locaux ne sont plus surveillés par la police politique et un homme d’affaires qui nous rend visite ne risque plus de perdre… ses affaires. Il est évident, aussi, qu’Ettajdid bénéficie, à l’instar des autres partis sérieux de la place, d’un effet curiosité : après la disparition de la chape de plomb, tous les citoyens renouent avec la politique et ont hâte de se faire une idée sur les positions, les analyses et les programmes des uns et des autres. Néanmoins, de ces partis, Ettajdid est le seul qui incarne réellement la gauche démocratique, et l’effet curiosité ne peut dès lors tout expliquer. D’autres pistes relatives à l’image d’Ettajdid auprès de l’opinion publique doivent, me semble-t-il, être étudiées.
D’abord, Ettajdid a bien compris, depuis quelques années déjà, que la société tunisienne n’avait que faire des beaux discours et qu’elle attendait, au contraire, des réponses concrètes à ses problèmes, économiques et sociaux, notamment. Il a ainsi clairement abandonné la perspective idéologique pour évoluer vers une démarche résolument politique : « Que voulons-nous faire ? Que proposons-nous comme solutions face aux problèmes les plus urgents du pays ? ». C’est, d’ailleurs, cette posture politique qui a permis de réunir des militants qui venaient, eux, d’expériences et d’horizons intellectuels divers et d’élaborer, au congrès de 2007, un programme économique et social ambitieux. C’est également cette posture qui lui a permis d’élaborer un programme sérieux pour les présidentielles de 2009 et de présenter des propositions constructives aux Conseils supérieurs des ressources humaines, du développement, de la jeunesse, de la recherche scientifique…
Ensuite, et au moment où de « nouveaux » partis politiques se réclamant de la gauche voient le jour, véhiculant un discours archaïque, tout droit sorti des années 1970, l’approche d’Ettajdid apparaît comme éminemment moderne, en phase avec les préoccupations des citoyens et, partant, digne d’intérêt pour certains secteurs de l’opinion. Car, nul programme politique sérieux ne peut être fondé uniquement sur des principes, aussi respectables soient-ils, avec, dans le même temps, une méconnaissance de l’économie. Celle-ci nous oblige, en effet, en ces temps de mondialisation féroce, à mener une réflexion qui sache conjuguer notre combat pour l’égalité avec l’impératif de l’efficacité économique de la nation.
Cependant, de même que la gauche est invitée à faire preuve de souplesse, de réflexion et d’imagination pour être à même de penser les défis de l’économie et les problèmes de l’entreprise tunisienne, de même, les entrepreneurs tunisiens sont invités à faire leur propre inventaire et à opérer une véritable mise à niveau. Beaucoup de progrès sont à faire, en effet, dans le respect du droit du travail et du droit syndical, dans le dialogue social, dans le respect des accords signés avec les travailleurs, dans le paiement de l’impôt et le versement des cotisations sociales, etc. Et il y va de leur intérêt bien compris : l’actualité récente a bien montré que les choses se sont le mieux passées là où existaient déjà les traditions d’un véritable dialogue social. Les patrons ne peuvent également faire l’économie d’une autocritique concernant l’appui indéfectible que l’UTICA a manifesté, en leur nom, pour la dictature jusqu’à l’ultime seconde de son règne – à la différence de l’UGTT qui a dû, elle, se résoudre, bien qu’au dernier moment, à suivre ses bases militantes dans leur combat pour la liberté !
Aujourd’hui, la révolution a changé la donne. Elle nous donne l’occasion de tout remettre à plat, de discuter ensemble, sociétés civile et politique, du modèle de développement que nous voulons pour notre pays et de sa modalité d’insertion dans l’économie mondiale. Ce débat aura une importance cruciale et il faudra le mener avec sagesse et rationalité, loin de la démagogie et du populisme - pour les politiques, et loin des petits réflexes corporatistes - pour les représentants du travail et du capital.
Baccar Gherib
Attariq Aljadid, n°220