lundi 11 janvier 2010

Classement des 100 premières universités africaines: Un bonnet d’âne qu’on doit prendre au sérieux!


Chez nous, il y a des classements internationaux que l’on médiatise (même s’ils ont été élaborés par d’obscures institutions) et d’autres que l’on tait … et que quelqu’un doit, au hasard des ses pérégrinations sur le net, aller déterrer pour lancer le débat dessus ! C’est ce qu’a fait le site d’informations WebManagerCenter qui, dans un article intitulé « Tunisie – Enseignement : Institutions universitaires en perte de vitesse », daté du 31 décembre 2009, rend compte du classement des 100 premières universités africaines, publié lui, le 30 août 2008 (sic !) Celui-ci s’avère proprement catastrophique pour notre pays et l’image qu’il a de lui-même. Qu’on en juge : il ressort de ce classement que les meilleures universités du continent sont sud-africaines, suivies par les égyptiennes. Sur les cent premières, on trouve quand même 26 universités maghrébines, qui se répartissent ainsi : 13 pour le Maroc, 11 pour l’Algérie et … 2 pour la Tunisie : l’université virtuelle (classée 50ème) et une université privée de formation d’ingénieurs (60ème) ! Et, outre leurs homologues anglophones et maghrébines, nos universités sont précédées par les universités de Dakar (14ème), de Ouagadougou (37ème) et du Bénin (45ème) ! Résultat des courses pour la Tunisie : AUCUNE université publique (non virtuelle) ne figure parmi les 100 premières universités africaines !!

Or, même si depuis quelques années, on évoque tous (enseignants, intellectuels, acteurs économiques), plus ou moins, la question de la baisse du niveau des étudiants et de la valeur de leurs diplômes, on n’avait aucune étude ou évaluation à disposition, et le choc, à la lecture du classement, est énorme... A tel point que l’on se prend à approfondir la question : on cherche à identifier les critères adoptés et à trouver des classements similaires. Mais rien n’y fait ! Pas de réconfort en vue. On découvre, ainsi, que ce classement a été effectué par Webometrics (un démembrement du classement mondial de Shanghaï, spécialisé dans le classement des universités africaines), qui utilise des critères objectifs tels que le nombre de publications et de lauréats, la fréquence de citation des chercheurs et les parutions dans les revues scientifiques… On tombe aussi sur le classement des 100 premières universités arabes, daté de 2009 cette fois, et là aussi, hélas ! ça ne va pas fort : une seule université tunisienne y figure : la virtuelle (53ème) !!

Dès lors, il semble bien que l’on ne puisse plus se voiler la face et qu’il faille convenir de l’existence d’un vrai problème dans notre enseignement supérieur qui, de motif de fierté, risque de se muer rapidement en un sérieux sujet de préoccupation. Il faudrait, ainsi, commencer par établir un diagnostic qui se propose de cerner les causes de cette régression. Et l’on peut, en attendant une étude approfondie sur la question, qui engagera – on l’espère – toutes les parties prenantes, avancer quelques pistes de réflexion. La baisse du niveau dans nos universités a partie liée, sans doute, avec l’option pour une massification hâtive à laquelle on n’a pas fourni les conditions de succès. Car, malgré les efforts en termes financiers et de recrutement, on n’a pu endiguer la baisse du budget par étudiant, ni le taux d’encadrement qui a résulté de la multiplication par dix, en moins de vingt ans, des effectifs. De même, le relâchement des rets du baccalauréat, qui a été le passage obligé de la massification, a facilement transmis à l’enseignement supérieur la médiocrité qui commençait déjà à sévir dans le secondaire, comme l’ont montré les récentes enquêtes internationales TIMES et PISA. On doit aussi évoquer le différentiel de rémunération entre le secteur privé et celui du public qui rend moins attractive une carrière dans l’enseignement et la recherche pour les meilleurs éléments. Enfin, on ne peut passer sous silence un problème qui touche l’ensemble de notre système éducatif : l’absence de maîtrise, qui se généralise, des deux langues arabe et, surtout, française qui reste la langue d’enseignement de plusieurs disciplines du supérieur. Il est clair, en effet, que des étudiants incapables de déchiffrer correctement un texte et, a fortiori, de rédiger sont lourdement handicapés.

Cependant, et quel que soit le degré de crédibilité et de sérieux qu’il faut accorder à ces récents classements des universités africaines et arabes, ils ont au moins le mérite de nous inviter à rompre avec tout discours d’autosatisfaction, quand on évoque la situation de notre enseignement supérieur, et de nous pousser à organiser une véritable consultation sur la question qui engage tous les concernés !

1 commentaire:

H B J a dit…



c vraiment dommage merci pour cet article