vendredi 16 mars 2012

Symboliques d'un affrontement autour du drapeau


Nous sommes des dizaines de milliers, sans doute plus, à avoir visionné sur le réseau social de Facebook, la vidéo montrant, le jour même où elle a eu lieu, la profanation du drapeau national à la Faculté de la Manouba. On y voit un jeune homme qui monte sur le toit de la guérite, décroche le drapeau national et le jette, pour hisser le drapeau des salafistes. De la masse des spectateurs passifs de la scène, se détache une jeune femme, qui se hisse sur le toit à la force des bras et tente de s’interposer entre le drapeau et le salafiste essayant de l’empêcher d’accomplir son forfait, mais en vain, car elle est violemment repoussée.
Cette scène, captée et immortalisée par la grâce de la technologie d’un téléphone cellulaire, nous a émus parce qu’elle a une profonde portée symbolique. Elle condense en effet les enjeux politiques de ce moment historique par lequel passe notre pays et ses risques majeurs. Ses espoirs aussi. Il est vrai qu’avec le drapeau national, nous nous trouvons d’emblée dans le registre du symbolique. Cette portée symbolique s’accroît quand le drapeau lui-même devient l’objet d’un affrontement.
Mais que nous dit cette scène au juste ? A mon avis, tout en trahissant les véritables intentions et ressorts des mouvements religieux qui sont apparus après le 14 janvier, elle indique les dangers qu’ils font planer sur notre république. Mais, dans le même temps, elle nous donne aussi des moyens d’espérer.
Par l’acte symbolique d’arracher le drapeau tunisien et de hisser à sa place le drapeau salafiste, ces fanatiques montrent clairement qu’ils sont dans une démarche de conquêtes ou de futuhât. Car il est évident qu’on ne plante son drapeau que sur la terre qu’on vient de conquérir. Et, ce faisant, ils éclairent à leur insu les véritables objectifs de « la bataille du Niqâb » qu’ils mènent depuis des semaines au sein de la faculté de la Manouba en empoisonnant à la fois la vie des étudiants et des enseignants. Seuls les plus naïfs pourront désormais soutenir que la bataille du Niqâb vise à défendre le droit individuel à pouvoir se vêtir selon ses propres choix. De même, le choix de mener cette bataille au sein de l’université n’est pas le fruit du hasard. Celle-ci est considérée, à juste titre, par ces fanatiques, comme l’un des derniers refuges de la rationalité et de la modernité.
De plus, cet acte éclaire une autre dimension, encore plus inquiétante, de la motivation de ces mouvements religieux : leur rejet viscéral de la notion d’identité ou de nation tunisienne. A la vérité, on s’en doutait un peu : cette nation tunisienne les gêne aux entournures et représente, à leurs yeux, un obstacle face à l’édification d’un Califat sur une utopique Umma islamique. Leur contentieux est grand avec ce demi-siècle d’une Tunisie indépendante, voire plus … et pour d’autres raisons que son déficit démocratique ! De ce point de vue, ils clarifient un clivage des forces politiques entre héritiers du mouvement réformiste tunisien et ses adversaires.
D’un autre côté, cependant, cet affrontement autour du drapeau délivre un message de résistance et d’optimisme. Car, face à cette vague de Reconquista drapée des oripeaux de la religion, une jeune femme a symbolisé, par son courage et son abnégation dans la défense du drapeau de la patrie, l’idée que l’héritage de ce mouvement réformiste, proprement tunisien, est vivant dans le cœur et l’esprit de notre jeunesse. Dès lors, on ne peut que s’incliner devant cette étudiante qui, en cette veille du 8 mars, a représenté l’honneur de la Tunisie que certains s’apprêtaient à bafouer et qui nous a donné des moyens d’y croire encore plus fort. Merci, chère concitoyenne, d’avoir été là et d’avoir si bien défendu le symbole de la patrie. Cette scène, on ne l’oubliera pas de sitôt. Elle restera gravée dans nos mémoires comme un acte de résistance symbolique au projet fasciste dans notre pays.
Baccar Gherib
La Presse, le 12 mars 2012

dimanche 26 février 2012

Profaner la place Mohamed Ali, c’est attenter à notre mémoire


Quel(s) message(s) ont voulu transmettre ceux qui ont eu l’audace d’aller déverser des ordures sur la place Mohamed Ali ? Le déclenchement d’un rapport de force avec l’UGTT et une tentative d’intimidation envers sa direction coupable à leurs yeux d’avoir autorisé la grève des agents de la municipalité ? Bien évidemment ! C’est là, le message direct, premier degré, pour ainsi dire. Son contenu est clair : il s’agit là de représailles contre le droit de grève indiquant que, pour ses commanditaires, son usage ne pourrait pas se poursuivre impunément. Cette intolérance à l’égard de droits qui ont été arrachés de haute lutte est déjà en soi inacceptable. Toutefois, cet acte inqualifiable véhicule aussi d’autres messages qui impliquent des lectures encore plus inquiétantes pour le futur de notre vivre ensemble.
Car la portée symbolique de cette place ne peut échapper à personne. Celle-ci évoque, en effet, des luttes en rapport non seulement avec le passé immédiat mais aussi avec le passé plus lointain. Des moments clés de notre révolution, l’hiver dernier, mais aussi des luttes remontant au Mouvement de libération et la plupart des combats sociaux et politiques sous l’autoritarisme. Dès lors, ceux qui ont voulu insulter cette place et ce qu’elle véhicule comme mémoire des premiers soubresauts révolutionnaires dans la capitale, cherchent à effacer ou bien à falsifier la mémoire d’un engagement où ils n’étaient pas acteurs. En profanant la place Mohamed Ali, ils se trahissent. Car ils insultent la Révolution. Tout simplement.
Mais la symbolique de la place Mohamed Ali ne se limite pas à l’histoire immédiate. Elle s’étend à toute l’histoire de l’UGTT et, par là même, à ce que celle-ci représente dans notre histoire en général. Ce qui n’est pas peu. L’UGTT représente un aspect fondamental de notre histoire, avec ses hauts et ses bas, le bon et le moins bon, les victoires et les défaites. C’est surtout une histoire de luttes, d’engagements et de martyrs pour une Tunisie démocratique et progressiste, qui dérange apparemment ceux qui voudraient que notre pays ressemble plutôt à un terrain vierge sur lequel ils pourront aisément greffer leur modèle importé. Mais, ne leur en déplaise, la Tunisie n’est pas une Tabula Rasa et son histoire ne commence pas aujourd’hui !
On le pressent : une grande bataille se profile déjà : celle de la mémoire. Elle représentera un aspect décisif de la bataille entre deux modèles de société ; celui qui se propose de bâtir sur les acquis du modèle tunisien et celui importé clés en main. Après l’action méthodique d’effacement de l’histoire militante des Tunisiens par le pouvoir autoritaire, d’aucuns pensent que sa dévalorisation ou son gommage pur et simple est possible.
Pour cela, la défense de la mémoire de l’UGTT est aujourd’hui fondamentale. Elle n’est pas l’affaire des seuls syndicalistes. Elle concerne tous les Tunisiens qui estiment que notre peuple a des acquis à préserver. Alors, samedi 25 février, allons à la place Mohamed Ali pour rendre hommage à ce qu’elle symbolise et pour dire « touche pas à mon UGTT ! », « touche pas à ma révolution ! » et « touche pas à ma mémoire ! »
Baccar Gherib

jeudi 9 février 2012

Penser notre révolution… avec Marx




« La révolution sociale du XIXème siècle ne peut puiser sa poésie
dans le temps passé, mais seulement dans l’avenir. Elle ne peut
commencer avec elle-même avant de s’être dépouillée de toute
superstition à l’égard du passé ».
Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte.


Plus d’un an après le déclenchement de la révolution tunisienne, plus de trois mois après les élections de la Constituante, le pays ne retrouve manifestement pas la stabilité sur la scène sociale. Et, en dépit des appels réitérés pour une trêve sociale et du classique post révolutionnaire « retournez au travail », lancés à la population par les nouveaux gouvernants fraichement auréolés d’une légitimité électorale, les grèves, sit-in et diverses autres manifestations sur fond de revendications sociales continuent, voire s’accroissent. Dans les régions de l’intérieur du pays, notamment, la contestation est toujours là.
Certes, l’amplification de la grogne sociale pourrait s’expliquer par les erreurs, maladresses et, disons-le, par l’incompétence d’un gouvernement, qui reproduit – déjà ! – la même attitude hautaine et intolérante vis-à-vis de l’opposition, de l’UGTT et de la société civile que celle de l’ancien régime. Mais, plus profondément, la reprise de la gronde sociale, après l’accalmie relative qui a précédé les élections, agit comme un rappel pour tous ceux qui feignent d’ignorer ou d’oublier le contenu et la véritable nature de la révolution tunisienne, ses origines et ses principales revendications. Mieux, elle vient nous rappeler que la révolution n’est pas derrière nous, qu’elle est, au contraire, un processus à peine entamé et que la démocratisation en cours de la vie politique ne représente qu’un aspect de ses revendications, qui demeurent économiques et sociales avant tout !
Dès lors, la reprise des mouvements sociaux dans les régions de l’intérieur du pays, plus d’une année après la première étincelle à Sidi Bouzid, devrait interpeller les élites intellectuelles et politiques progressistes, les aider à transcender l’actualité politique, malgré son importance indéniable, et les pousser à se mettre finalement au diapason de la révolution, pour ne plus rester à sa traîne ni nager à sa surface et mieux s’atteler à la penser. Oui, la penser. Car, au delà du consensus sur l’appellation « révolution de la dignité et de la liberté », peu se sont réellement penchés sur le contenu de la révolution, sur son souffle et sur les horizons politiques, économiques et sociaux qu’elle nous a ainsi ouverts. Seule, en effet, cet effort d’analyse sera, il me semble, à même de combler le retard du théorique par rapport à la pratique et du politique par rapport aux luttes sociales sur le terrain. Ces luttes ont besoin d’être explicitées et prolongées par des propositions politiques. Elles ont besoin d’être relayées par un véritable projet politique. Ce n’est qu’à cette condition que notre révolution pourra tenir toutes ses promesses.

I)              Une révolution en manque de projet politique

En effet, pourquoi nos élites intellectuelles et politiques progressistes (y compris les marxistes autoproclamés) donnent-elles l’impression de ne pas être encore à la hauteur de la révolution ?  Et, dans les meilleurs des cas, d’être en deçà de sa dynamique et de courir en permanence derrière elle ? Ou d’en proposer une vision superficielle, sinon amputée ? Autrement dit, pourquoi, une année après son déclenchement, la révolution demande-t-elle à être pensée ?
Ce décalage, et parfois déphasage, de la classe politique par rapport à la dynamique de la révolution tiennent sans doute aux spécificités de cette dernière, qui a été incontestablement une révolution sans leaders, sans porte-parole, sans une direction politique. Elle a été déclenchée par les laissés-pour-compte du développement, révoltés par leur marginalisation et exclusion économiques et sociales et criant leur exigence de dignité et de justice sociale. Ils furent rejoints, plus tard, par d’autres catégories sociales, notamment des classes moyennes assoiffées de liberté et qui ne pouvaient plus souffrir les dérives autoritaires et prédatrices de l’ancien régime.
Ainsi, cette révolution a pris de court toute notre classe politique, y compris les partis « révolutionnaires », qui n’ont rien vu venir ; en un mot, c’est comme si elle leur est tombée dessus. C’est là que se situe le péché originel de ce moment historique, qui explique l’appréhension superficielle par les politiques de la révolution, de ses objectifs et finalités. Se mettre au diapason du processus révolutionnaire exige donc des élites politiques qu’elles se penchent sur ses causes profondes, sur ses principaux ressorts économiques et sociaux.
Un tel exercice montrera que l’horizon de la révolution ne saurait se limiter à celui d’une simple transition démocratique avec, à la clé, le remplacement d’une élite politique par une autre, mais qu’il s’élargit, au contraire, à la nécessaire élaboration d’un nouveau modèle de développement et d’un nouveau contrat social entre les Tunisiens.
Car, au delà de la question démocratique, la révolution tunisienne a soulevé une question sociale et, plus encore, une question régionale ! Ses causes profondes sont, en effet, à identifier dans l’essoufflement d’un modèle de développement, qui nous a légué un formidable stock de chômeurs (dont un tiers de diplômés du supérieur), le blocage de l’ascenseur social, des inégalités croissantes, voire insupportables, quant à la répartition du revenu et à l’accès à l’emploi, à l’éducation et à la santé, entre les différentes catégories sociales et, plus clairement encore, entre le littoral et l’intérieur du pays.
De ce point de vue, la révolution de la dignité est l’expression du rejet de cette économie, de cette société, de ce pays à deux vitesses que nous a légués, après 25 ans de bons et loyaux services, un modèle de développement fondé sur le démantèlement de l’Etat providence, sur une politique sociale clientéliste, sur l’absence de dialogue social, avec, au bout, la marginalisation, voire l’exclusion, de pans entiers de la population, privés ainsi des moyens d’une vie digne.
Dès lors, c’est sur les plans économiques et sociaux que se situent les principales revendications de la révolution tunisienne, portée par une formidable quête de justice et de dignité. C’est sur ces plans que se trouvent ses finalités ultimes et c’est à ce niveau qu’elle lance les défis que le camp progressiste doit savoir relever, en accompagnant les luttes sociales, en vue de produire un nouveau modèle de développement porteur d’une nouvelle cohésion sociale et, surtout, d’un nouveau pacte territorial.
Ce qui fait que tant qu’elles n’auront pas mis l’accent sur ces problématiques, tant qu’elles n’auront pas formulé ces revendications, tant qu’elles n’auront pas dépassé les slogans et tant qu’elles ne se seront pas attelé à élaborer l’alternative économique et sociale au modèle actuel, les forces progressistes n’auront pas assumé leurs responsabilités historiques vis-à-vis de la révolution, des marginalisés et des exclus qui ont payé le prix fort pour l’émancipation de la société. Ces derniers expriment leur colère et luttent, aujourd’hui encore, mais restent désemparés, parce que abandonnés à eux-mêmes, sans vision politique claire et sans projet politique alternatif !
Autrement dit, nous avons besoin, aujourd’hui, en ce moment unique de notre histoire où l’ancien se défait et le nouveau se construit, de penser la révolution pour la réussir ou, pour parler comme Gramsci, nous avons besoin d’un intellectuel organique. Et peut-être qu’à ce niveau, le bon vieux Marx a encore quelque chose à nous dire… malgré les marxistes et parfois même contre eux !

II)            La leçon de Marx : penser et accompagner les luttes sociales

Le moment historique est marxiste, en effet. A l’échelle mondiale, peut-être. En Tunisie, sûrement. Marxiste, en ce sens où la Tunisie, après un long sommeil, un intermède de blocage, de surplace, renaît enfin à l’histoire, grâce au déclenchement, par les plus démunis de ses enfants, d’une nouvelle lutte pour la justice et l’émancipation. Marxiste, au sens où elle est entrée dans un processus révolutionnaire, qui est en train de défaire l’ancien et, on l’espère, de produire le radicalement nouveau.
Un moment marxiste, donc, n’en déplaise aux marxistes tunisiens eux-mêmes, dont le positionnement sur le processus en cours balance entre un « ce n’est pas une révolution, mais tout au plus des émeutes ! » et un « c’est une révolution bourgeoise ! ». Les deux positions faisant, bien évidemment, référence à un idéaltype étroit et figé de la révolution : celui de la révolution prolétarienne et ses standards… dont elles restent prisonnière, chacune à sa façon.
Cette référence à un modèle unique de révolution génère, hélas, une incapacité à appréhender le processus révolutionnaire qui se déroule sous leurs yeux. Elle confirme, à cet égard, l’affirmation de Bourdieu stigmatisant ceux « qui n'ont que le marxisme à la papa sont totalement désarmés pour comprendre dans leur originalité historique les nouvelles formes de conflits sociaux ». Mieux, apprécier la révolution d’aujourd’hui et la vivre à la lumière des révolutions du passé, est une démarche qui est vivement critiquée par Marx lui-même dans l’un de ses écrits historiques les plus percutants, le 18 brumaire de Louis Bonaparte. On y lit, en effet, que « la révolution du XIXème siècle ne peut puiser se poésie dans le temps passé, mais seulement dans l’avenir. Elle ne peut commencer avec elle-même, avant de s’être dépouillée de toute superstition à l’égard du passé ». Il y invite même les acteurs de la révolution à se libérer de la « tradition de toutes les générations mortes qui pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants ».
Telle est donc la première leçon de Marx, penseur de la révolution par excellence et de l’histoire se faisant. Chaque processus révolutionnaire porte en lui sa propre vérité et il ne peut consister dans la répétition ou la reproduction de ce qui a déjà eu lieu ailleurs. Chaque révolution est appelée à élaborer son propre récit. Au moment où ses acteurs sont « occupés à se transformer eux-mêmes et à bouleverser la réalité, à créer l’absolument nouveau », elle n’a que faire du récit des révolutions passées.
Toutefois, la deuxième leçon de Marx, penseur de la révolution, est encore plus précieuse pour les élites progressistes d’aujourd’hui. Selon son approche, en effet, celles-ci sont investies d’une redoutable mission. Elles sont appelées à éclairer les luttes, en montrant aussi bien leurs ressorts économiques que leurs finalités. Autrement dit, il s’agit de soutenir la pratique des luttes sociales par une théorie de celles-ci : « Tout ce que nous faisons, c’est de montrer au monde pourquoi il lutte en réalité », écrit Marx dans une lettre à Arnolde Ruge en 1843. Ainsi énoncée, l’affaire semble simple et aisée. Cependant, elle traduit, dans le même temps, l’humilité du théoricien devant les luttes du monde social, qu’il ne fait que décrypter, et sa formidable ambition, lui montrer pourquoi il lutte en réalité !
Telle devrait être, en effet, la vocation de l’intellectuel progressiste au cours d’un processus révolutionnaire : doter les acteurs de la révolution d’une arme supplémentaire, une théorie critique développant l’origine des luttes et leurs enjeux. Il est donc appelé à formuler un projet politique alternatif que les révolutionnaires s’attèleront à achever. La difficulté et l’exaltation de la tâche réside dans le fait que l’intellectuel est amené à penser l’ici et maintenant, à penser un moment historique unique, à construire le récit même de la révolution. Et ce, d’autant plus que les luttes sociales qui ont cours actuellement ne correspondent pas au schéma classique (elles sont menées par d’autres groupes sociaux que ceux identifiés par la théorie marxiste standard) et qu’il n’existe pas un modèle de société alternatif prêt à l’emploi.
Au moment où toute la mouvance progressiste tunisienne semble enfermée dans une posture défensive, occupée principalement à défendre les libertés menacées, il serait bon de rappeler que les objectifs de la révolution ne peuvent se limiter à un statu quo économique et social avec Ben Ali en moins. La révolution qui a été déclenchée, dans les régions oubliées, par les plus défavorisés d’entre nous, nous somme de nous battre pour recoller les deux morceaux du pays, qui ont encore tendance à s’éloigner l’un de l’autre. Car le meilleur moyen de rater la révolution serait d’adopter une démarche qui dissocie ses objectifs, y introduit une hiérarchie ou y opère une sélection. « Révolution de la dignité et de la liberté », nous l’avions dénommée presqu’unanimement. Il est temps de s’en rappeler aujourd’hui pour travailler ensemble à fonder cette société juste composée de citoyens libres qu’on appelle de nos vœux.
En introduisant Marx dans la réflexion sur la révolution tunisienne, on ne cherche nullement à ressusciter de vieux dogmes, à rétablir d’anciens maîtres à penser ni à apporter des réponses toutes faites – il y en a déjà bien assez comme ça ! Il s’agit, au contraire, de défendre une posture qui, elle, reste d’actualité. Car si le décalage entre le politique et les luttes sociales persiste, le risque est gros de voir notre révolution aboutir, non pas à une meilleure société mais, comme le montre Marx dans le 18 brumaire encore une fois, plutôt à une farce !

Baccar Gherib

samedi 21 janvier 2012

Recrudescence de l’instabilité : Les responsabilités du nouveau pouvoir


Après les élections de la Constituante et l’arrivée d’un pouvoir issu des urnes, auréolé donc d’une légitimité électorale, d’aucuns s’attendaient à un retour au calme sur la scène sociale et à l’accomplissement automatique du classique postrévolutionnaire « retournez au travail ! ». Or, les événements des derniers jours, avec l’explosion des contestations un peu partout dans les régions de l’intérieur du pays, montrent qu’il n’en est rien et que la situation s’est même détériorée si on la compare à celle qui a caractérisé la période du gouvernement Sebsi. Pourquoi ?
D’abord, parce que (certains ont tendance à l’oublier facilement)  la Tunisie est en plein processus révolutionnaire déclenché à la fois par une question sociale et une question régionale et que, même si la démocratisation de notre vie politique et le renouvellement des élites politiques étaient une exigence de la révolution, il n’en demeure pas moins que ses vrais ressorts sont économiques et sociaux (et nullement identitaires !). Et les troubles actuels agissent comme un rappel des revendications initiales de la révolution à ceux qui sont aujourd’hui aux commandes et qui n’ont pas donné de signaux d’une prise en charge sérieuse de ces problèmes.
Ensuite, il est clair que, par leurs pratiques – contrairement à leurs discours ! – les nouveaux gouvernants du pays suscitent un malaise réel parce qu’ils n’ont pas réellement incarné une rupture par rapport à l’ancien régime. Les premiers jours et les premières nominations ont rapidement dévoilé, en effet, la persistance des réflexes népotiques et les prémisses d’un système de copinage conformément à l’adage qui veut que « les proches soient les plus dignes de nos bienfaits » ! Pire, les nouveaux gouvernants trahissent la même attitude hautaine, voire intolérante, qu’adoptaient leurs prédécesseurs vis-à-vis de l’opposition et de la société civile.
Par ailleurs, cet empressement à placer les siens et à satisfaire les uns et les autres a montré une formidable soif de pouvoir et la perception des portefeuilles ministériels non pas tant comme des responsabilités à confier à des compétences mais comme des récompenses à distribuer à des militants. Ceci a eu pour effet non seulement de placer au gouvernement des profils caractérisés par un dilettantisme certain, peu au fait de leurs dossiers, mais aussi d’éluder complètement l’option qui voulait qu’on laissât un gouvernement de technocrates, maîtrisant les principaux dossiers, travailler sous le contrôle des élus de la Constituante.
Enfin, les responsabilités des nouveaux gouvernants dans le malaise social actuel sont grandes, parce qu’ils ont perdu beaucoup de crédibilité et suscité d’énormes frustrations auprès de la population en opérant un virage de 180 degrés dans leurs discours, passant, du jour au lendemain, du registre des promesses populistes et démagogiques de la campagne électorale à celui de la raison, de la sobriété et de la patience, une fois au pouvoir ! Et qui sème le vent…
La situation est grave et elle exige des nouveaux gouvernants humilité et ouverture, non pas cette attitude hautaine et intolérante vis-à-vis de l’opposition, de l’UGTT et de toute la société civile. Elle exige d’eux qu’ils dépassent les réflexes sectaires et qu’ils s’élèvent au niveau de l’intérêt général de la nation. Mais en sont-ils seulement capables ?
Baccar Gherib

vendredi 23 décembre 2011

«التشغيل استحقاق يا عصابة السرّاق»



أول مرة سمعت فيها هذا الشعار كان ذلك عبر مشاهدة مقطع فيديو على «الفايسبوك» يعرض جزءا من مسيرة احتجاجية في مدينة الرقاب خلال الأيام الأولى من الحركة الاجتماعية التي أثمرت  ميلاد الثورة التونسية بعد ثلاثة أسابيع، وبمجرد سماعه آدركت قوته وما كان يحمله من معان ثورية، لأنه سمى المسميات بأسمائها، ولأنه أعرب بطريقة مباشرة وبسيطة عن حقيقة قلق اجتماعي، بل قل حيف اجتماعي، وكما كان يقول لينين «الحقيقة وحدها ثورية»!
فعلا إن هذا الشعار نجح في كشف حيف، وفي تعيين المسؤولين عنه، لكنه نجح كذلك في الربط بين هذه الآفة الاجتماعية من جهة وبين الفساد في أعلى هرم السلطة من جهة أخرى.
فلكل هذه الأسباب يمثل هذا الشعار في نظري خلاصة وعصارة روح ثورة «الكرامة والحرية»، ولكن ما الذي ذكّرنا بهذا الشعار اليوم؟ لماذا عاد يخامر أذهاننا بعد أن هتفت به حناجر المحتجين في سيدي بوزيد، ثم في كل ربوع البلاد؟ لعله لأن خلال هذه السنة وإن نجحنا في تنظيم أول انتخابات حرة وفي تشكيل المجلس التأسيسي، فإننا لم نفعل شيئا للاستجابة لأهم مطالب  الثورة، بل بالعكس، فعلى صعيد التشغيل ازدادت الوضعية تأزما!
نعم، فإن يوم اندلاع الثورة كانت تونس تعد 500 ألف عاطل عن العمل، من بينهم 160 ألف حامل شهادة عليا، أما اليوم فإنها تعد قرابة 800 ألف عاطل عن العمل، من بينهم ما يفوق 200 ألف من حاملي شهادات عليا، وإن كان جزء هام من هذه البطالة الاضافية تعود الي ظروف ما بعد الثورة (اختلال الأمن، عدم الاستقرار وتفجر المطالب الاجتماعية) واخرى جهوية (اندلاع الحرب الأهلية في ليبيا) وهو بذلك مرشح الى التراجع اذا  زالت مسبباته، هذا لا  يخول لنا تناسي ملف البطالة ولا يسمح بعدم إيلائه الأولوية المطلقة من بين الملفات الاجتماعية المطروحة أمام قادة البلاد الجدد.
علينا التذكير هنا، بإن البطالة التي ورثناها عن النظام البائد تكتسي طابعا هيكليا وهي ظاهرة معقدة لا يمكن فهمها بمعزل عن قضايا اقتصادية وصناعية وديمغرافية وتربوية، ولا يمكن حلها بعصا سحرية، لكن صعوبة المهمة لا تبرر تناسيها أو ارجاءها، ولا تبرر بالخصوص غياب اجراءات فورية من شأنها التخفيف من وطأة البطالة على ضحاياها، وذلك في انتظار الشروع في الاصلاحات الهيكلية اللازمة!
هذه الاجراءات الفورية مؤكدة، خاصة أن البطالة تعيد انتاج  أكثر من حيف اجتماعي، فإنها تطال بالأساس الشباب أكثر من الكهول والشباب الحامل لشهادات عليا أكثر من الشباب غير المتعلم والشباب الحامل للشهادات بالجهات الداخلية أكثر من الشباب الحامل للشهادات العليا القاطنين بالسواحل، وفي الأخير النساء أكثر من الرجال، فإن أردنا رسم صورة ضحية البطالة في تونس اليوم، يمكن القول بأن العاطل عن العمل هو غالبا امرأة شابة تحمل شهادة عليا قاطنة بالجهات الداخلية.
ومن هنا فإننا نتوجه الى السادة والسيدات النواب والنائبات ممثلي «الترويكا» في الملجس التأسيسي، وبعد تهنئتهم على الفوز بثقة مواطنينهم، مذكرين إياهم بأن هذه القضايا هي التي كانت مصدر الثورة، وإن الشعب التونسي ينتظر أداءهم على هذا الميدان، إننا نأمل أن نراهم منكبين على معالجة هذه المعضلة في أقرب الآجال وبصفة ملموسة، ولا تنسوا أيها السادة أن التشغيل استحقاق...
بكار غريب

dimanche 11 décembre 2011

حركة التحديد ومستقبل القطب: خواطر حول متطلبات المرحلة ومفارقاتها


هناك شبه اجماع على تشخيص الوضع السياسي في تونس اليوم: فشل ذريع للتيار التقدمي والحداثي، الذي اختار أن يذهب منقسما ومشتتا لانتخابات المجلس التأسيسي، مقابل فوز مبين لحركة النهضة وحلفائها. وبقدر ما يبعث هذا المعطى السياسي الجديد على مخاوف تتعلق بتحرير دستور الجمهورية الثانية، وما ستفرزه علاقة القوى المختلة لصالح التيار المحافظ داخل المجلس التأسيسي من خيارات حضارية واجتماعية ستنحت صورة المجتمع التونسي لجيلين على الأقل، بقدر ما يفرض على المعسكر التقدمي ترتيب بيته وتنظيم صفوفه حتى يجابه كأحسن ما يكون الاستحقاق الانتخابي القادم. وهذه العملية تكتسي خطورة قصوى فيكاد يجزم أغلب الملاحظين بأن الانتخابات القادمة التي ستجري حالما ينهي المجلس التأسيسي أشغاله، تمثل فرصة «تدارك» التيار التقدمي إن فشل في استغلالها يكون بذلك قد ساهم في اعطاء مقاليد البلاد ومفاتيحها لحركة النهضة لزمن طويل.
المطروح اذن على القوى التقدمية اليوم، الى جانب التحلي باليقظة ومواصلتها الضغط على المجلس التأسيسي من داخله ومن خارجه، حتى لا ينحاز في تمشيه عن الأهداف التي رسمتها الثورة التونسية (حرية، كرامة ومواطنة) هو التفكير في أقوم السبل السياسية التي ستمكنه من تفادي هزيمة ثانية تكون هذه المرة قاتلة لتونس التقدمية والحداثية. ومن البديهي أن يتنزل الحديث عن مستقبل حركة التجديد والقطب (الذي مثّل التجديد نواته وقاطرته) في هذا الإطار.

1) حول الحزب الديمقراطي الكبير
وفي هذا المضمار، لا بد من الاقرار بأن نتائج انتخابات 23 أكتوبر كان لها الفضل على التقدميين في تونس بمساهمتها في احتداد الوعي لديهم بضرورة وتأكد توحيد الصفوف لمجابهة الانتخابات المقبلة، ويبدو أن تعمق الوعي الوحدوي الى حد الاتفاق لدى البعض على الصيغة التي سيتخذها التمشي الوحدوي، والتي ستكون أداة الصراع المثلى: وهي الحزب الديمقراطي الكبير الذي سيلم ويجمع كل القوى التقدمية. وهنا تكمن المفارقة الأولى، الى جانب  صعوبات عملية كبرى كذلك.
المفارقة هي أن أكبر المنهزمين في الانتخابات هو «القطب»، ومن خلاله «التجديد», ظهر كصاحب الخيار الاستراتيجي الصائب، لما طالب القوى الديمقراطية، وفي مقدمتها الحزب الديمقراطي التقدمي والتكتل بتكوين تحالف انتخابي لمجابهة استحقاق 23 أكتوبر، ولكن تجاهل هذان الطرفان نداء الوحدة والتحالف، وخيّرا خوض المعركة كل على حدة. وهذا المعطى العصي يجعلنا نتساءل حول حظوظ تحقيق هذا الهدف، أي انصهار كل الأحزاب التقدمية في حزب واحد كبير. فكيف لطبقة سياسية لم تظهر الاقتناع الكافي بضرورة تكوين تحالف وخوض الانتخابات بقوائم موحدة أن تنجح بين عشية وضحاها في تجاوز كل العقبات والزعامات والحزبيات الضيقة لتقرر انصهارها كلها، وفي وقت وجيز، في حزب واحد؟ أليس في مثل هذا الطرح قفز على الواقع؟ ربما يستند دعاة هذا السيناريو الى «ضرورة تاريخية»، ويعللون تمشيهم بتغير المشهد السياسي بعد 14 جانفي، وأكثر من ذلك بعد 23 أكتوبر، حيث تبلور طرفا النزاع السياسي والحضاري بكل وضوح. ولكن السياسة لا تعدو أن تكون إلا «فن الممكن»، وإن وجب علينا إيلاء هذا الهدف ما يستحقه من اهتمام، فإنه يبدو صعب المنال، على الأقل في المدى القصير. ولعل الطريقة المثلى في نظري لانجاز مثل هذا الهدف هو التدرج والوصول اليه بتوخي سياسة المراحل، والمرحلة الأولى على هذه الطريق الصعبة، هي بالنسبة لنا كتجديديين، المحافظة على تحالف القطب والنجاح في إعادة هيكلته، حتى يستجيب لمتطلبات المرحلة الراهنة.

2) حول إعادة هيكلة القطب
هذا هو فعلا جوهر الموضوع، فالقطب كان تحالفا جمع أحزابا ومبادرات مواطنية ومستقلين، قصد خوض غمار الانتخابات وقد انتهت مهمته (ووجوده ككائن سياسي) بمجرد انقضاء الانتخابات. وإن استثنينا عمل نوابه الخمس الذين يمثلونه داخل المجلس التأسيسي، وهم بمثابة تواصل القطب في صيغته الأولى الى اليوم. فالواضح أننا عدنا الى صيغة تتشكل من المكونات الحزبية والجمعباتية ومستقلين في البحث عن هيكلة جديدة، وهذا الأمر يؤرق بصفة خاصة المستقلين الذين ساهموا في تكوين القطب وناضلوا في صفوفه ويريدون اليوم الانخراط فيه... كحزب.
وهنا تكمن المفارقة الثانية، وهي أنه رغم الفشل الانتخابي للقطب، فإن مكوناته ومنها حركة التجديد، مازالت متمسكة بهذا التحالف، ليس لأنه يمثل الخيار الاستراتيجي الصحيح فحسب، بل لأنه كذلك تمكن من خلق ديناميكية واعدة، وإن أتت متأخرة شيئا ما. وقد لمسنا كمناضلين على الميدان أن القيم التي حملها القطب والمواقف التي دافع عنها جلبت له تقدير المواطنين وتعاطفهم لما وصلتهم الرسالة دون تشويه، ولكن في نفس الوقت علينا أن نكون واعين تمام الوعي بأن الضعف التنظيمي والنقائص في الخطاب، وكذلك بعض الأخطاء في تكوين القائمات أدت الى اقتصار نجاح القطب على دوائر تونس الكبرى وفرنسا الشمالية، مقابل فشله وغيابه التام في باقي الدوائر.
وإن كانت هذه النتائج سيئة للقطب ككل، فإنها مؤلمة لحركة التجديد بالأساس التي فقدت اثر هذه الانتخابات بعدها الوطني وغٌيّبت في جهات لها فيها تواجد تاريخي، كمنطقة المناجم والساحل (المنستير خاصة) والوطن القبلي.
وهنا لا يجب علينا أن نتغافل عن مفارقة ثالثة وهي أن خطاب القطب كان نخبويا جلب له تعاطف نخب ثقافية واقتصادية جعلته يكتسي طابعا طبقيا في بعض تظاهراته، أي «برجوازيا» بالأساس، وهي ليست مع الأسف الطبقة التي تنحاز اليها حركة التجديد في أدبياتها. وهذه النقطة تكتسي في نظري أهمية قصوى، فإن صح أن انتخابات مجلس تأسيسي تطرح اشكاليات حضارية وقيمية وتنافس حول مشاريع مجتمعية تتجاوز التجاذب التقليدي بين يمين ويسار، الذي يظهر من خلال الخيارات الاقتصادية والاجتماعية الكبرى، فإن الانتخابات القادمة (رئاسية أو تشريعية أو بلدية كانت) تحتم على حركة التجديد والقطب أن يوضحا تموقعهما على صعيد الخيارات الاقتصادية والاجتماعية بما يتماشى مع هويتهما.

3) القطب والهوية اليسارية للتجديد
وتجرنا هذه النقطة الى الخوض في مشكل آخر يطرحه التفكير في إعادة هيكلة القطب، وهو مصير حركة التجديد حسب السيناريوات المتداولة.
فإن اتسمت الحركة تاريخيا بمرونتها وانفتاحها وقدرتها على تقديم المصلحة العامة على مصلحتها الحزبية الضيقة، وإن اتسم قادتها بوطنيتهم ونكران الذات، فإني أعتقد أن على من يطالب بانصهار كل مكونات القطب في حزب واحد أن يعي جيدا أن هذه العملية ليست بنفس السهولة عندما يتعلق الأمر بأحزاب حديثة العهد أو مبادرات عمرها بضعة أشهر، أو عندما تعني حركة سياسية تمتد جذورها الى عشرينات القرن الماضي.، فليس بالهين التخلص من ذاكرة نضالية أعطت مؤسسين لجامعة العمال التونسية مع محمد علي ومنفيين مع القادة الوطنيين في الجنوب التونسي ومناضلين عرفوا سجون دولة الاستقلال، ذاكرة تربط النضال الوطني بالنضال الاجتماعي. وهذا الهاجس لا ينم عن مجرد حنين الى الماضي وتعلق بتاريخ نضالي فحسب، بل يطرح بالأساس قضية مستقبل يسار غير ماركسي وغير ايديولوجي تمثله حركة التجديد اليوم على الخارطة السياسية التونسية.
نعم، حركة التجديد تجسد في نظري يسارا عصريا قادرا على التعاطي مع التطورات الاقتصادية والاجتماعية والتعامل مع أهم القضايا التي تطرحها، بما يكفي من الذكاء ومن الخيال, قصد توخي قراءات جديدة والبحث عن حلول خارج القوالب الجامدة والاجابات الدغمائية التي لاتزال سائدة في جزء كبير من اليسار التونسي مع الأسف. هناك فعلا مخاطر كبيرة في تقديري في عملية انصهار حركة التجديد في صلب حزب وسطي توجهاته الاقتصادية والاجتماعية غير واضحة، وهذه مفارقة أخرى، فكأن الأمور تجري على الساحة السياسية التونسية نحو تغييب التوجه اليساري والحس الاجتماعي. في الوقت الذي طرحت فيه الثورة قضايا حيف اجتماعي وجهوي تستوجب حلولا اقتصادية واجتماعية، تنطلق أساسا من مبدإ العدالة الاجتماعية وتقر بمبدإ تدخل الدولة لتلافي النقائص التي يخلفها العمل بمنطق السوق الحرة والتنافسية.

4) حول سيناريو انصهار التجديد في القطب
قد يتبادر الى ذهن القارئ أني قد أطنبت في التركيز على سيناريو انصهار حركة التجديد في ما قد يصبح القطب2، في حين أن إعادة هيكلة القطب قد تتم حسب سيناريوات أخرى، ومنها مثلا شكل الجبهة التي تم الاتفاق عليها مؤقتا في الندوة الوطنية لمكونات القطب التي التأمت يومي السبت والأحد 3 و4 ديسمبر الماضي. إلا أن الأجواء العامة أثناء الندوة كانت توحي بأن عددا من مناضلي القطب،  يحبذون تحول القطب الى حزب وبصفة سريعة حتى يتمكنوا من الانخراط صلبه، ويبدو في تقدير بعضهم أن بقاء حركة التجديد كمكونة قائمة الذات، هو العقبة الرئيسية أمام تحقيق هذا الهدف (وبدا هذا جليا  مثلا من خلال الانزعاج والتذمر اللذين كانا يثيرهما لدى البعض مجرد النطق بكلمة «التجديد») وكأنهم يعبرون عن وعي أو عن غير وعي عن رغبتهم الجامحة في زوال هذا الطرف.
وبرز هذا التمشي بأكثر وضوح عند تلاوة السيد لطفي بن عيسى للسيناريو الذي يبدو أنه حظي بدعم قادة القطب والذي ربط هيكلة القطب بمؤتمر التجديد، موحيا بأن اليوم الأول سيخصص لحل التجديد، واليومين الثاني والثالث لتأسيس القطب.
ونأتي هنا الى المفارقة الأخيرة والأهم التي تطرحها اشكالية إعادة هيكلة القطب: هذا التحالف لم يكن ليرى النور لولا الارادة السياسية القوية لحركة التجديد التي نادت اليه ووضعت على ذمته خبرتها ومواردها البشرية والمادية، ولكن يبدو أن مواصلة مغامرة القطب تستوجب لدى البعض زوال حركة التجديد ككيان سياسي، على غرار أسطورة الابن الذي يجب أن يقتل أباه حتى يكبر. هذه هي الاشكالية الرئيسية المطروحة فعلا على مناضلي التجديد المتعلقين بتحالف القطب وبهوية حركتهم في نفس الوقت. إن مواصلة المشوار قد تضعنا عاجلا أم آجلا أمام حل حركة التجديد والتخلي عنها، هذا خيار صعب ومؤلم، وعلينا أن نتطرق اليه بكل جد وبحوار صريح في هياكلنا دون محرمات. فإن كان خيار بناء الحزب الديمقراطي الموحد يتطلب «التضحية» بحركة التجديد ككائن مستقل، فليكن هذا الخيار واعيا ومدروسا، وليس من قبيل المباغتة ولا من قبيل الأمر المقضي.
إن هذا النص لا يعطي أجوبة، بقدر ما يطرح تساؤلات ويعبر عن مخاوف، وهدفه اطلاق حوار في هياكلنا وعلى صفحات جريدتنا وكذلك بين أطراف الحركة الديمقراطية ببلادنا حول مستقبل حركة التجديد وخياراتها في اللحظة التاريخية الراهنة، فإلى أقلامكم!

بكار غريب

samedi 15 octobre 2011

Le Pôle : vote utile et de conviction !



Le débat sur le vote utile a été lancé dans le camp démocratique, il y a quelques semaines, par les partis qui se considéraient de « grosses cylindrées » en vue de dissuader les Tunisien(ne)s séduit(e)s par les idées du Pôle et son programme de lui donner leurs voix en les reportant sur ceux qui auraient plus de chance de les représenter, c’est-à-dire eux-mêmes.
Face à cette campagne, nous avions d’abord revendiqué avec fierté le fait que le vote pour le Pôle était, pour les modernistes tunisiens, un vote de conviction. Le Pôle avait, en effet, le mérite :
-       de défendre haut et fort le projet moderniste sans transiger ni louvoyer
-       d’avoir appelé très tôt à l’alliance des forces modernistes
-       d’avoir su incarner un projet de société en transcendant les intérêts partisans
-       de ne pas rouler pour un « leader charismatique » ou un Zaïm
-       d’avoir pris compte dans son programme les principales revendications de la Révolution
Nous avons ajouté, en outre, que pour parler de vote utile, il ne fallait pas se limiter au critère de la richesse matérielle, ni aux sondages approximatifs et leurs promoteurs douteux, d’autant plus qu’ils concédaient facilement que la grande majorité des Tunisiens restait indécise quant à son choix !
Or, aujourd’hui que la donne a changé et que ceux-là même qui avaient ignoré l’offre d’une alliance moderniste adoptent un ton nouveau et appellent tardivement à une coalition (comment ? quand ? où ?) et face au nombre impressionnant de listes indépendantes, il est peut-être bon de souligner que le vote pour le Pôle sera aussi un vote utile.
En effet, la récente montée en puissance du Pôle et la vague de sympathie qu’il suscite brouillent les anciennes grilles de lecture et laissent penser que la voix donnée au Pôle ne sera sans doute pas une voix perdue. Mieux encore, on peut dire que pour tous ceux qui se reconnaissent dans le projet moderniste, le vote pour le Pôle représente, à l’heure actuelle, le vote utile. Il est indéniable, en effet, que dans la multitude de listes indépendantes, il y en a quelques-unes fort attachantes, sur lesquelles figurent parfois des amis qui ont souvent partagé nos combats et nos idéaux. Mais tout le monde se rend compte aujourd’hui que les élections exigent une véritable machine et un minimum de militants, ce dont hélas peu de partis disposent et encore moins les listes indépendantes. Et, comme l’a montré E. Jouini, si ces dernières représentent en moyenne 30 listes par circonscription et que si chacune d’elle recueillait 1% des voix, 30% des voix seraient pour ainsi dire perdues et ne pèseraient nullement dans le décompte final.
Dès lors, j’invite tous mes concitoyens jaloux des acquis modernistes du pays, qui désirent non seulement les protéger mais aussi les renforcer, à voter à la fois utile et conformément à leurs convictions… Je les invite à voter pour le Pôle !
Baccar Gherib