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samedi 18 juillet 2009

UGTT: la leçon d'une défection

Pour les démocrates du pays, l’acte d’allégeance que la commission administrative de l’UGTT vient de faire au président sortant sous la forme d’un soutien à sa candidature pour les présidentielles de 2009 est une énième déception ! Non pas que l’on s’attendait vraiment à un autre scénario… Mais force est de constater que les années passent, qu’il y a des évolutions un peu partout dans le monde, souvent des progrès, parfois chez nos voisins proches, et, chez nous, rien ! Toujours la même (mauvaise) comédie ! Pas le moindre grain de sable dans cette mécanique reproduisant le système… Ce qui est, avouons-le, le comble pour un régime qui se fait appeler le « changement » !!

Le soutien de l’UGTT au candidat du RCD est inacceptable pour trois raisons. D’abord, parce que l’histoire de la centrale syndicale (faite de luttes et de sacrifices parfois très lourds pour son autonomie par rapport au pouvoir), et son poids (très important) devraient, en principe, lui éviter de défiler à la suite des organisations de pacotille, en faisant les courbettes de circonstance. Ensuite, parce que tout le monde sait que l’UGTT est traversée par toutes sortes de courants idéologiques et politiques et qu’elle ne peut, pour cela, les ignorer et adopter sans vergogne, tous les cinq ans, la couleur « constitutionnaliste ». Enfin, parce qu’il y a, en principe, au moins, un motif de désaccord profond avec le pouvoir : les militants syndicalistes du bassin minier qui croupissent dans les prisons !!

C’est, toutefois, toujours le même plat que l’UGTT nous sort. Comme pour mieux rappeler aux irréductibles optimistes et incorrigibles idéalistes que, certes, elle dispose d’une petite marge de manœuvre par rapport aux organisations tout à fait satellisées par le pouvoir, mais qu’elle n’est, en fin de compte, que l’un des rouages du système autoritaire dans le pays.

Voilà la leçon définitive que les démocrates tunisiens devront retenir de cette énième défection : pour le tournant démocratique, il ne faudra pas compter sur l’UGTT ! Ce serait top facile… Non ! Seuls les partis de l’opposition démocratique seront à même de porter ce projet. La démocratie ne tombera pas toute seule, tel un fruit mûr, elle ne sera envisageable que par l’action de partis démocratiques forts et unis !

Mohamed Abdelhak

samedi 14 mars 2009

Pour avancer !

Cet article est né d’une conviction forte qui anime ses auteurs que le combat en faveur de la démocratie dans notre pays passe nécessairement par une rupture inévitable avec des conservatismes et avec une certaine forme de rigidité de l’esprit présente chez beaucoup d’entre nous. Une rupture avec cette attitude qui consiste à s’inquiéter, à s’offusquer, à être désarçonné quand il s’agit de toucher à « l’héritage » des générations qui nous ont précédées. Cette posture qui glorifie les anciens, le passé, ses icônes et ses représentants. Cette façon de faire de la politique ou de s’impliquer dans la chose publique qui a fait qu’un relais entre les générations ne soit pas passé. Cette manière de procéder qui a vidé nos syndicats de travailleurs et d’étudiants, qui a empêché nos partis de se développer et qui frappe la Ligue des droits de l’homme de sclérose.

Que des militants, ici et là, de toutes générations, se soient impliqués, corps et âmes, dans le combat pour la démocratie et la liberté, que des gens se soient dévoués pour la cause malgré l’encerclement et le harcèlement qu’ils ont subis, que des sacrifices immenses aient été consentis: on ne peut en douter. Que le pouvoir en place s’arrange pour empêcher et pour affaiblir toute velléité d’opposition, qu’il ne soit pas particulièrement préoccupé par les considérations de gestion démocratiques et de promotion des libertés: ceci relève de l’évidence. Il ne s’agit pas, dans ce qui suit, de tout dénoncer ou de tout balayer d’un revers de main. Il ne s’agit pas, non plus, de poser la question en des termes de générations. C’est un regard humble, détaché, lucide et incomplet que nous proposons sur les acteurs de la démocratie et du militantisme dans notre pays.

Premier constat. Il existe du côté de chez nous, une spécificité locale: une inter- pénétration et une proximité entre les sphères politique, syndicale et associative. On peut être aussi bien adhérent à un parti politique reconnu ou non, affilié à un syndicat de travailleurs, d’étudiants ou à un ordre professionnel et membre d’une association. Ce don d’ubiquité est légitime: «c’est de bonne guerre», nous dira-t-on. Le personnel disponible est limité, et les adversaires d’en face font de même. Ce cumul des casaques a travesti un paysage démocratique qui avait déjà beaucoup de peine à se former et à se régénérer. Pour gagner des positions sur l’échiquier, des groupes politiques ont investi les associations et les syndicats pour essayer d’en tirer profit et d’en faire une tribune. L’UGTT, par exemple, regroupe pêle-mêle, aux côtés des simples travailleurs, toutes les tendances politiques qui existent dans le pays. Pareil pour la Ligue des droits de l’homme. Idem pour la section tunisienne d’Amnesty International. Les considérations partisanes, parfois contradictoires, déforment l’action syndicale et associative. Les partis politiques, censés être porteurs de changement, perdent leur faculté de réfléchir, de juger, de décider, de critiquer et d’agir sur certaines questions. La couverture du dossier des négociations salariales dans le secteur de l’enseignement supérieur et la polémique qu’il a suscitée en sont les parfaites illustrations. Il est inutile, par ailleurs, de s’étendre sur des structures et des cadres qui vieillissent, qui ont du mal à se renouveler et sur un témoin qui ne passe pas entre les générations. Il ne faut pas se leurrer quand on voit des jeunes ! Ces jeunes qui assistent à des réunions de partis ou d’association, qui s’intéressent ou qui s’impliquent timidement dans la chose publique sont en nombre limité. Soit ils appartiennent à des groupes politiques, fermés par définition, sous l’emprise d’un chef charismatique, soit ils assistent silencieux, laissant la parole et l’écrit à ces visages et à ces noms qu’ils retrouvent partout.

L’évocation des jeunes nous amène à exposer le cas des étudiants et de leur organisation. La « glorieuse » UGET. Une organisation à laquelle sont attachées, comme nous, beaucoup de Tunisiens. En son sein, des générations d’étudiants ont été initiées au militantisme, à la culture, aux livres, à l’idéal de liberté, etc. Grâce à elle, aux assemblées générales et aux grèves, des couples d’amoureux se sont formés, des camarades ont forgé leurs liens et des amis ont initié un chemin commun qui durera une vie. Mais, désormais, l’UGET n’est plus qu’un fantôme de ce qu’elle était. Les couples existent encore. On parle toujours de camaraderie dans les multiples communiqués des différents groupes, et on fait encore des AG et des grèves un peu à la manière des aïeuls des années 70. Il est vrai que, dans sa déconfiture, l’UGET paie le prix des pressions et des manœuvres du pouvoir. Elle est surtout la victime de ses enfants, de leurs calculs politiciens, de leurs défaillances en matière de gestion démocratique et de gestion tout court. Notre jugement est certainement sévère et triste. Il est le fruit d’un constat.

L’UGET est devenue une coquille vide. Une organisation limitée à quelques structures actives. Une organisation complètement divisée de l’intérieur sur fond de querelles stériles entre des groupes rivaux. Sur ce point, nous n’épargnons la responsabilité de personne. L’organisation des étudiants a le triste mérite de produire des maîtres stratèges et des maîtres tacticiens, experts pour déjouer les combines des autres clans et extrêmement habiles pour éviter la récupération. C’est une autre paire de manches quand il s’agit de leur demander de proposer un projet rénovateur ou de répliquer aux réformes de l’enseignement supérieur. Six années sont passées sans que l’organisation ne puisse arriver à renouveler ses structures. L’UGET est aujourd’hui morcelée, déchirée et complètement affaiblie. Cette situation est inacceptable pour le pays et pour ses étudiants, si on mesure les effets de l’opération de «démantèlement» de l’université publique. Pour être défendue, «l’université populaire et l’enseignement démocratique» ont besoin d’une, ou de plusieurs, représentations syndicales fortes, ayant présence et influence chez la masse estudiantine. Dans ce domaine force est de constater que par son discours inadapté, ses moyens d’action militante désuets et par son incapacité à évoluer, l’UGET n’attire pas foule d’étudiants. L’organisation estudiantine n’a jamais pu forger une ligne directrice capable de capter le soutien des étudiants pour les justes causes qu’elle doit défendre. Nous souhaitons, comme beaucoup d’autres, une relève. Nous aimerions voir notre constat démenti par l’engagement de beaucoup de militants présents sur le terrain. Ceci n’empêche pas que l’UGET, dans sa forme actuelle, est un écran opaque entre les étudiants, la défense de leurs intérêts et l’engagement citoyen. Que faire pour dépasser cette situation ? Que faire pour garantir son indépendance ? Il est de notre responsabilité d’aider à trouver une issue. Pourrait t-on retrouver un jour une étudiante de 22 ans à la tête de l’organisation, maniant avec dextérité le dialecte tunisien, les langues arabe et française pour déconstruire, arguments de poids à l’appui, les réformes du ministère? Le rêve est t-il permis?

L‘avènement de la démocratie dans nos contrées ne sera pas pour demain. Il n’en demeure pas moins que le combat pour la démocratie ne doit jamais s’arrêter. Le flambeau doit être repris. La relève doit être assurée. Nos rangs doivent se renforcer et se resserrer encore plus fort. Dans cette quête, il est impératif de repenser notre façon de lutter et de combattre pour nos idéaux. Il est absolument requis que nos partis démocratiques fassent évoluer leur mode de gouvernance. Un souffle novateur doit inspirer notre démarche à nous, peuple des progressistes et des démocrates. C’est ensemble, par notre unité, par notre sens de l’écoute, par notre cohérence, par la critique réciproque et par notre présence sur le terrain que nous saurons montrer, un jour ou l’autre, notre exemplarité, la force de nos idées et la justesse du projet que nous présenterons un jour à notre Peuple.

Nous avons écrit cette modeste contribution et pris le risque de fâcher certains de nos lecteurs pour ne pas reporter à plus tard l’autocritique, même douloureuse, qui devrait être faite aujourd’hui. Nous l’avons fait aussi pour ne pas brider notre volonté de faire évoluer le combat et, surtout, pour ne pas laisser de côté cette part de rêve qui nous anime d’une Tunisie meilleure, d’une Tunisie ouverte, d’une Tunisie démocratique et d’une Tunisie qui prenne pleinement pied dans le 21ème siècle. Cette Tunisie là, nous la voulons. Avec d’autres, nous apporterons notre pierre à l’édifice commencé par ceux qui nous ont précédés. Au risque de faire sourire certains, c’est cette part de rêve qui sera, peut être, le commencement d’une renaissance. Nous vous invitons, chers lecteurs, à vous joindre à nous.

Mehdi Ben Jemaa et Anouar Ben Naoua

lundi 9 février 2009

Démarrage de la campagne 2009 !

Une station de radio Kalima interdite de diffusion, ses locaux assiégés, son matériel confisqué et une procédure judiciaire engagée contre ses responsables ; le dernier numéro de notre journal Attariq Aljadid saisi ; des journalistes mis au carreau pour leurs velléités d'indépendance, d'autres traqués ou persécutés pour leur propension à la critique jugée excessive ; l'accès à Internet et aux mails pour certains devient un véritable calvaire ; un responsable du mouvement marocain des droits de l'homme refoulé du territoire ; la LTDH et ses sections toujours assiégées ; 33 personnes parmi lesquelles des syndicalistes condamnées à des peines de prison suite aux événements de Redeyef ; et le bureau de l'UGTT qui défie les syndicats de base en signant contre leur gré un accord d'augmentations salariales avec le gouvernement !

A tous ceux qui ne le savent pas encore, nous annonçons que la campagne électorale a bel et bien démarré !

Larbi Chouikha

dimanche 8 février 2009

UGTT/universitaires : la gifle

Les universitaires n’en reviennent pas encore. Ils en sont encore sonnés… L’attitude du Bureau Exécutif (BE) de l’UGTT qui a pris l’initiative de signer, sans les informer, un accord sur des augmentations salariales largement en deçà de leurs revendications, les a fortement secoués.

Ils avaient pourtant cru s’être dûment protégés contre un tel mauvais scénario, en soulignant, lors de leur dernier conseil sectoriel, que toute nouvelle proposition d’augmentations devait leur être soumise avant tout éventuel accord. Mais le BE n’a pas respecté son engagement, il n’a pas tenu parole. Il s’agit donc bel et bien d’un «coup de poignard dans le dos», selon l’image expressive d’un syndicaliste de l’enseignement supérieur.

En se désolidarisant des revendications des universitaires et en les traitant avec une telle désinvolture, la Centrale Syndicale a tout simplement affiché son mépris à leur égard. Pour eux, c’est une véritable gifle qu’elle leur a administrée ! Et son effet sur l’avenir de l’action syndicale au sein de l’université risque d’être catastrophique.

Comme si l’inlassable et harassante lutte que les syndicalistes de l’enseignement supérieur mènent pour la reconnaissance et le respect de l’action syndicale face aux divers abus et intimidations ne suffisait pas, voilà qu’ils se trouvent, par ce désaveu, confrontés à un véritable problème de crédibilité… Un deuxième front dont ils se seraient fort bien passés ! C’est triste à dire, mais l’UGTT risque, par ce coup «magistral», de réussir là où l’autorité de tutelle a longtemps échoué : à savoir briser l’élan de l’action syndicale à l’université… Un véritable coup de grâce !

Il ne faut pas se voiler la face. Le coup tordu de l’UGTT ouvre une période de crise pour l’engagement syndical dans le secteur, et le rassemblement de protestation de samedi dernier a été l’expression d’un ras-le-bol et d’une colère, mais aussi, peut-être, d’un désespoir.

Certes, les difficultés matérielles des universitaires sont bien réelles, et la chute de leur pouvoir d’achat est tangible. Mais ce qui les a indignés le plus, ce n’est pas tant la faiblesse des augmentations obtenues que la manière avec laquelle ils ont été traités. Et, d’ailleurs, ils sont loin d’être dupes. Ils ont, lors de ce rassemblement, stigmatisé la gestion bureaucratique des luttes syndicales et les petits calculs électoralistes qui font que leurs revendications ne bénéficient pas souvent du soutien qu’elles méritent. Toutefois, le mépris affiché est une tout autre affaire. Et le discours rituel sur la «place particulière des universitaires» dans la Centrale syndicale ne convainc désormais plus personne.

Ainsi, cette gifle, qui vient après plusieurs années de luttes et de combats, a poussé certains universitaires à poser, pour la première fois depuis longtemps, la question de leur sortie de l’UGTT et de la fondation d’un syndicat autonome. C’est dire la gravité de la situation. Le BE, qui est à l’origine de la crise, doit assumer la responsabilité de la résoudre.

Baccar Gherib

samedi 7 février 2009

Procès des syndicalistes du bassin minier : les accusés accusent

Le verdict du procès des syndicalistes du bassin minier de Gafsa est tombé ; il reproduit, pour ainsi dire, celui décidé en première instance. Les peines prononcées à l’encontre des figures de proue du mouvement social sont extrêmement lourdes, simplement réduites de dix ans à huit ans d’emprisonnement ferme. Quel gâchis !

A la différence de leurs précédentes comparutions devant les tribunaux, les accusés ont pu, cette fois, parler. Et ce qu’ils ont tous dit, chacun à sa manière, est édifiant à plusieurs titres sur l’état de notre pays et a convaincu tous les observateurs qu’ils sont des hommes de raison, porteurs des préoccupations de leur population et de leur jeunesse, attachés à l’expression pacifique de leur mécontentement, rejetant et combattant la violence, les déprédations et les atteintes aux biens publics et recherchant le dialogue.

Les accusés que les observateurs ont entendus sont surprenants de dignité et de responsabilité. Chacun a son style, sa personnalité, mais tous ont parlé d’une seule voix : leur solidarité est communicative.

Ce qu’ils ont dit doit être connu de tous. Parce qu’il est d’une gravité extrême, interpellant solennellement la justice, le Parquet et les autorités politiques de notre pays. Qu’ont-ils dit aux juges et aux observateurs ?

Le comité de négociation : un comité de syndicalistes, constitué à la demande des autorités
Ils nous ont dit que ce sont les autorités régionales qui ont pris l’initiative, face au mécontentement et aux manifestations générées par le népotisme qui a caractérisé l’opération de recrutement de la Compagnie des Phosphates de Gafsa (et que le Chef de l’Etat a lui-même dénoncée), de demander à Adnene Hajji de constituer un comité pour négocier avec elles les termes d’une solution au problème. Un comité de cinq syndicalistes a donc été constitué à cet effet et a tenu de nombreuses séances de travail avec les autorités régionales, avec les responsables de la CPG, avec un représentant du Ministre de l’Intérieur, au siège du ministère et avec même le Ministre de la Santé! Des procès-verbaux de nombre de ces réunions existent et des progrès significatifs ont été réalisés dans la résolution des problèmes grâce à ce dialogue, ont déclaré aux jurés, les accusés.

"L comme Liberté"

Contre les fruits du dialogue, à chaque fois des tentatives de sabotage

Ils ont dit qu’à chaque fois qu’ils avaient trouvé un accord avec les autorités régionales et les autres parties prenantes, des tentatives de sabotage ont eu lieu. Des tentatives portant atteinte aux biens publics, telles que l’installation de tentes sur la voie ferrée pour empêcher les trains de marchandises de circuler au moment où la CPG avait besoin d’acheminer son phosphate vers les centres de transformation pour son exportation, à un moment où les cours internationaux étaient extrêmement favorables, le blocage de la circulation dans des endroits névralgiques et même des formes violentes, comme cela a été le cas avec l’attaque et la destruction du commissariat de Redeyef par des jets de pierres par une bande de jeunes masqués.

Les commanditaires des actes de violence : une bande connue, ayant des ramifications dans des lieux de pouvoir locaux
Les coordinateurs et les commanditaires de ces actions relèvent d’une seule et même bande (‘isaba’) ont répété de nombreux accusés. C’est cette bande, qui est connue de tous et dont certains dirigeants ont même été nommément désignés par des accusés, qu’il faut juger, ont-ils répété. Les accusés accusent des personnes du Comité de Coordination du RCD, du conseil municipal, des syndicalistes corrompus d’être les instigateurs de ces violences et de ces atteints aux biens et à l’ordre publics. Ils accusent les responsables des forces de l’ordre d’avoir été, en quelque sorte, leurs complices.

Ils demandent que ces gens soient tous jugés. Adnene et ses camarades disent qu’ils ont, à chaque fois, pris l’initiative, en compagnie de responsables régionaux, d’aller dénoncer ces actions et demander à leurs auteurs d’y mettre un terme. Ils demandent que ces responsables soient appelés pour témoigner.

Traitements dégradants, violence, harcèlements sexuels et tortures systématiques
Pratiquement tous les accusés se plaignent des brutalités, des mauvais traitements et des séances de torture qu’ils ont subis. Pluie de coups de la part de dizaines de membres de la police à l’occasion de leur première arrestation devant les locaux de l’Union locale de l’UGTT en présence de toute la population, durant leur transport et torture organisée durant les quatre jours de détention qu’a duré leur première arrestation.

Durant cette arrestation et durant les suivantes, pratiquement tous les accusés ont dénoncé les diverses formes de torture : la privation de sommeil pendant de nombreuses journées, le tabassage répété dans la position du «poulet rôti», la mise à genoux, complètement nu, et menaces de lui enfoncer un bâton si le détenu refuse de signer le procès-verbal de reconnaissance de sa culpabilité. Un des accusés a déclaré qu’il a dû signer, parce qu’on l’a menacé de lui amener sa mère et de la violer devant lui s’il n’obtempérait pas. Un autre accusé a dit qu’il couvrait une partie de son corps meurtrie par des coups et que son tortionnaire, s’en étant rendu compte, a pris un malin plaisir à lui retirer la main qui la couvrait pour y taper de plus belle avec ses collègues. Et des injures et des insanités qui ont fait dire à un accusé qu’il n’a jamais imaginé la richesse d’un tel lexique et une telle concentration en un même lieu et un en temps aussi court. Des noms de tortionnaires ont même été prononcés.

Pillage de biens privés, entrées par effraction dans des domiciles privés et vol de biens et d’argent de la part des forces de sécurité
Au-delà de ces pratiques inhumaines, ce que les accusés ont mis en exergue, c’est le pillage organisé de dizaines de magasins, l’entrée par effraction et le vol d’argent dans des domiciles, y compris de la part des forces de sécurité.

Quand on a entendu cela, rester silencieux est un crime.

A plusieurs titres, les pouvoirs publics sont interpellés. Il est de leur devoir d’engager sans plus tarder les enquêtes et de faire toute la lumière sur ces accusations qui flétrissent notre pays et ses institutions. Et si ces accusations étaient avérées, il est impératif que ces autorités signifient à toutes les Tunisiennes et à tous les Tunisiens qu’elles ne laisseront «Plus jamais çà !»

Mahmoud Ben Romdhane