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mercredi 12 mai 2010

En marge des négociations Tunisie - UE : La démocratisation, un acte de souveraineté nationale

Le conseil d’association Tunisie – Union Européenne doit se tenir le 11 mai prochain à Luxembourg. Le succès de ces négociations, est, certes, éminemment souhaitable pour notre pays, dont l’accès au statut de membre avancé est de nature à donner une impulsion nouvelle à son développement économique et social.

Cependant, il est connu que, parmi les exigences fondamentales pour un renforcement significatif des relations avec l’UE, il ya les questions récurrentes des réformes démocratiques, des droits humains et de la bonne gouvernance. La coopération n’est pas, en effet, qu’une affaire d’économie et de commerce. Elle implique, avec autant de force, un engagement mutuel des deux parties en faveur de ces valeurs politiques et morales communes.


Cet engagement, la Tunisie doit l’affirmer haut et fort, non pour se soumettre à des pressions, mais de manière spontanée, volontaire, en toute souveraineté. Des mesures concrètes pour un respect des droits de l’homme et des principes de gouvernance démocratique sont, en effet, d’abord une exigence nationale et une condition nécessaire pour un développement intégral et indépendant.


C’est dans cet esprit qu’elles doivent être envisagées, loin de toute crispation. Résoudre la question de la Ligue des droits de l’homme, libérer les prisonniers d’opinions, respecter les libertés individuelles et publiques-parmi lesquelles la liberté d’expression et d’organisation-cesser toute tentative de domestication des organisations de la société civile, inscrire dans les faits le pluralisme et la transparence des élections… : ce sont là autant d’actes que dicte l’intérêt bien compris de notre pays.
Un système de gouvernance nouveau, qui soit crédible aux yeux de notre opinion publique, serait, en soi, un acquis national.


Le regain de crédibilité qu’il donnera à notre pays aux yeux de nos partenaires sera, alors une conséquence bien venue, qui, tout en facilitant nos rapports avec l’union européenne renforcera, surtout, notre souveraineté.


Attariq Aljadid

Crédit image : Webmanagercenter

lundi 10 mai 2010

Elections municipales : misère de la politique


J’ai lu avec beaucoup d’intérêt et une certaine émotion le bel article de Faouzi Ksibi, paru dans le dernier numéro d’Attariq, racontant les difficultés de la constitution, dans sa ville de Kelibia, d’une liste citoyenne aux élections municipales et son rejet – non justifié, comme de coutume – par les autorités. Car cette petite histoire de la difficile bataille pour la constitution d’une liste qui sera, au bout du compte, rejetée, peu après sa présentation, par un anonyme et fort bureaucratique trait de plume, est emblématique. Elle révèle, d’abord, la prégnance d’une mentalité et la poursuite de pratiques tout à fait opposées au discours officiel de promotion de la démocratie et du multipartisme. Elle montre, ensuite, étant donné ces pratiques, l’extrême exiguïté du champ d’action pour une opposition politique légale et légaliste et, à cause de cette exiguïté, la position très inconfortable où se trouvent coincés d’authentiques militants patriotes et démocrates, obligés ainsi de choisir, entre continuer, malgré tout, à se battre pour le droit légitime de représenter leurs concitoyens ou cesser de «jouer le jeu». Bref, elle met au jour la misère de notre vie politique et nous somme de composer avec elle.

Ce contexte particulier fait en sorte que ces listes citoyennes qui se sont engagées dans les élections municipales sont la cible de deux discours opposés mais qui ont le même défaut de méconnaître la dure réalité du terrain. Il est bon de rappeler celle-ci pour mieux répondre à ces deux discours et ces deux faux procès. Pour le premier, qui prolifère sur les pages de Facebook, notamment, les listes citoyennes font partie du décor et, en participant dans un contexte n’offrant pas les minima pour une vraie compétition, elles ne font que cautionner une mascarade. Pour le deuxième que l’on trouve, par exemple, sur les pages d’Achourouk, le nombre très restreint de listes de l’opposition – treize, dont sept ont été rejetées – n’est que le signe de sa faiblesse politique et organisationnelle.

Ainsi, aussi bien le discours «radical» (qui stigmatise ces listes comme complices d’une mascarade) que le discours «politiquement» correct (faisant mine d’ignorer les difficultés extrêmes du terrain) font fausse route: les citoyens qui ont réussi à constituer des listes citoyennes ont réalisé une véritable gageure. Ils ont réussi non seulement à s’imposer dans un contexte de démission et de scepticisme quasi-généralisés, mais surtout à résister aux multiples pressions, maniant carotte et bâton, visant la défection d’un de leurs colistiers et, partant, la chute de leur liste. Que celle-ci ait été finalement acceptée ou rejetée, ils méritent le respect de tous les démocrates de ce pays. À l’heure où beaucoup veillent à ne pas s’exposer, leur engagement pour leur ville, leur militantisme et leur courage sont à saluer et nul n’a le droit de les traiter comme les complices d’une «mise en scène destinée à flouer les Tunisiens».

Reste le constat de la faiblesse de l’opposition dont semblent se désoler certains commentateurs politiques… Elle est incontestable : seulement treize listes présentées sur un total de 264 municipalités. C’est peu, trop peu! Mais ce constat gagne à être relativisé en le rapportant au contexte politique évoqué ci-dessus. Considéré sous cet aspect, ce chiffre n’est plus ridicule. Loin de là! Dans treize villes, de Kelibia à Jbeniana, en passant par Hammamet, Gtar et Omm Larayes, des militants authentiques ont réussi à sensibiliser des citoyens pas encore totalement blasés et à les convaincre du bien fondé de se rassembler sous la bannière de l’opposition et de porter pour leur ville un projet alternatif à ceux qu’elle a subis jusque-là… Car, visiblement, ces listes gênent au plus haut point et l’idéal, pour certains, aurait peut-être été qu’il n’y en eût aucune! À croire que les listes de Khlidia, Ksiba ou Mateur représentaient un danger pour l’unité nationale! Bref, un diagnostic objectif de la santé de l’opposition en Tunisie ne peut faire abstraction des effets de cette formidable machine à désengager, démobiliser et dépolitiser, qui est à l’œuvre, inlassablement. 

Plus profondément, le contexte manifestement de plus en plus hostile à l’exercice par l’opposition de ses activités naturelles, dont la participation aux échéances électives, pose de manière lancinante la question des modalités d’action du Mouvement Ettajdid et de ses alliés sur la scène politique en général et leur positionnement par rapports aux élections à venir en particulier. Certes, le choix de la participation militante a été politiquement juste, aussi bien aux élections de 2004 que celles de 2009, et leur a permis notamment de réaliser une progression notable et de gagner en crédibilité et en visibilité. Certes, le boycott n’a de sens que s’il a un effet, que s’il est ressenti. Ce qui est, on le voit, hautement improbable dans un contexte où le désintérêt pour la chose publique et la démission sont l’état normal de la société. Et il risque ainsi d’être moins une action politique qu’une pétition de principe. Mais force est de constater que les Municipales de 2010 sont en train de confirmer le rétrécissement de la marge de manœuvre pour les listes opposantes, déjà constaté lors des Législatives de 2009. Dès lors, il est impératif de prendre en compte cette donne et, tout en militant pour un assainissement du climat politique et une réforme du code électoral, de repenser nos modalités d’action et de participation à la vie politique de notre pays. 

Tout en souhaitant bon courage aux six listes citoyennes rescapées, à nous de prendre conscience de la misère de la situation politique actuelle, de savoir composer avec elle et de faire en sorte de ne pas ressembler à ceux que plaint l’adage tunisien parce qu’ils «ont accepté un malheur qui n’a, hélas! pas voulu d’eux»!

Baccar Gherib

jeudi 2 juillet 2009

Football : un professionnalisme de pacotille

Depuis quelques années, notre sport-roi est passé d’un amateurisme bidon à un professionnalisme tout aussi bidon, ne répondant à aucun des critères généralement pris en compte dans ce domaine, mais surtout plus dangereux pour la cohésion nationale.

Après moult congrès, colloques, séminaires et autres occasions de buffets garnis bien achalandés, nos qui-de-droit nous ont gratifiés d’un cahier des charges pour la pratique du professionnalisme collant tellement à nos réalités socio-économiques qu’il en est émanée une compétition dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle frise l’indigence et la médiocrité. Sans oublier le fait qu’elle semble exclure des titres et des honneurs tous les férus de foot, à part ceux de Tunis, Sousse et Sfax, villes relativement prospères et équipées, exacerbant les sentiments de laissés pour compte du reste de la république.

En fait, c’est quoi un club professionnel ? La règle voudrait que cela soit une association, bien mieux, une entreprise qui, en tant que telle, rétribue des salariés en tirant des revenus autant des spectacles qu’elle offre que de l’exploitation de son image de marque. En tant qu’entreprise, elle doit s’évertuer à équilibrer ses comptes autant que faire se peut, ou compter sur un mécénat librement consenti de la part de ses adhérents ou de personnes bien nanties et peu regardantes à la dépense. Ces adhérents, véritables actionnaires, sont les propriétaires de ces entreprises et en désignent donc les dirigeants par des votes démocratiques réguliers, hors de toutes pressions ou désignations arbitraires.

Qu’en est-il chez nous ? Force est de constater qu’il n’en est rien. D’abord, tous les clubs du pays nagent dans des déficits répétés sinon chroniques. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette tare, allant des ambitions démesurées de certains par rapport à leurs moyens et à ceux de leurs adhérents au non respect des règles élémentaires de saine gestion. Mais ces déficits sont la plupart du temps la conséquence inévitable des salaires, primes et autres avantages exorbitants octroyés à des joueurs à la petite semaine et des techniciens de la baballe. Episodiquement et furtivement (puisque cela relève du secret), nous parviennent des brides d’informations sur ce sujet. Et il y a de quoi couper le souffle ! Des milliers, voire des dizaines de milliers de dinars, mensuellement, à part les primes et le reste ! Alors que des milliers de Bac + 5 traînent dans les rues ou triment pour des salaires de misère, nos joueurs et leurs techniciens nagent dans les millions pour nous affliger de spectacles souvent médiocres. Sortis des caisses pleines de clubs florissants, on pourrait comprendre. Mais lorsque, et c’est souvent le cas, on lit que des gouverneurs de régions ont gracieusement offert, au nom des conseils régionaux, de fortes sommes pour éviter les frondes ou les mouvements d’humeur, on ne peut s’empêcher de penser que ces nobles gestes se font sur le compte de budgets sociaux ou d’infrastructure, privant les citoyens de services au profit de professionnels surpayés. Ne parlons pas des municipalités qui, annuellement, contribuent à ce cirque au détriment d’équipements et d’investissements autrement plus utiles aux communautés. Deux questions se posent : d’abord, ces gens, étant supposés gagner leur vie à travers leur profession, pourquoi la communauté les finance-t-elle avec de l’argent public ? Ensuite, si nous sommes réellement égaux devant la loi, ces gens paient-ils vraiment leurs impôts et comment fait le fisc pour démêler les magouilles que permet le secret.

L’autre tare du système est plutôt d’ordre institutionnel. Tout le monde sait que la liberté d’association est, chez nous, sous étroite surveillance. Ne dirige pas qui veut, et surtout pas la masse, donc les adhérents des clubs. C’est donc au gouverneur ou au délégué de réfléchir pour eux et de choisir un futur « élu » digne de confiance. La masse n’a qu’à entériner. Il n’est d’ailleurs pas rare que ces simulacres d’A.G se déroulent dans les locaux du parti, n’en déplaise à ceux qui n’en font pas partie. C’est ainsi que l’on vit parfois des pantalonnades dignes d’un « Karakouz », telles celles offertes, la saison passée, par deux présidents de clubs dûment choisis et imposés. Il est par ailleurs légitime de se poser la question de savoir dans quelle mesure ces « hommes d’affaires », triés sur le volet, ne réagissent-ils pas en tant que tels, faisant de « bonnes affaires » (fiscales ou autres) durant leurs mandats. Ce qui expliquerait les empressements à assumer des charges réputées lourdes.

« Faut pas jouer les riches quand on n’a pas le sou » chantait Brel. Plus trivialement, on recommande chez nous de ne pas fréquenter le souk des pétomanes lorsqu’on n’a pas d’anus. N’ayant ni les moyens matériels ni même humains de répondre aux exigences du professionnalisme tel que l’imposent ses règles de base, pourquoi ne pas revoir les choses de façon à éviter la farce actuelle, sans pour autant retomber dans l’ancienne. Nos réalités sociales et économiques ne permettent pas à la plupart d’être au niveau des quatre grands qui assument d’ailleurs difficilement leur statut. Les rancoeurs s’accumulent, les disparités grandissent. Les laissés pour compte, c'est-à-dire la majorité, ressentent de plus en plus fort des sentiments d’injustice et de maltraitance qui se transforment en comportements agressifs et en régionalisme outrancier. Il est temps que cette comédie s’arrête, que les réalités socio-économiques soient prises en compte et que l’on arrête d’institutionnaliser les écarts régionaux déjà criards. Il y va de l’intérêt supérieur de la nation et de son unité. Un bon coup de balai fiscal aurait en outre l’avantage de conforter l’égalité des Tunisiens devant la loi et de mettre fin à cette disparité salariale indécente et nocive.

Khaled Chebil

samedi 27 juin 2009

La «pédagogie» de M. Morjane à propos des rafles : tardive et peu convaincante

La réaction de la blogosphère et des journaux de l’opposition (voir en particulier le n° 132 d’Attariq), suite à la campagne de rafles visant l’enrôlement de jeunes pour le service militaire, a du bon. Elle a obligé le ministre de la défense à descendre de son piédestal et à essayer, lors d’une conférence de presse organisée le jeudi 18 juin dernier, d’expliquer et de justifier cette pratique d’un autre âge qui a instauré un climat de terreur parmi les jeunes, durant plusieurs jours, à travers tout le pays. Toutefois, l’exercice de pédagogie auquel a tenté de se livrer M. Kamel Morjane a essentiellement deux grands défauts : il vient un peu trop tard et, surtout, il est loin d’être convaincant.

En effet, dans un pays où l’on respecte les citoyens et où existe une véritable opinion publique, cet exercice de pédagogie et de communication doit normalement précéder ce type de campagne « sur le terrain ». Mieux encore, la réussite d’un tel exercice devrait susciter une adhésion des citoyens à la démarche du gouvernement et lui permettre de faire l’économie de ces pratiques musclées très dommageables en termes d’image !

Venons-en, maintenant, au contenu de cette communication tardive qui n’est pas exempte de faiblesses et d’incohérences. Car, en affirmant aux journalistes que l’objectif de cette campagne n’est pas principalement l’enrôlement de force dans l’armée, mais plutôt celui d’ « assurer la sécurité du citoyen et de l’ordre public », M. Morjane s’emmêle quelque peu les pinceaux. On découvre, ainsi, au détour d’une phrase anodine, qu’il y aurait une menace sur l’ordre public et notre sécurité et que la tâche de les défendre a été dévolue non pas au ministre de l’intérieur, mais à celui de la défense (sic) ! Encore plus inquiétant ! En quoi consiste cette menace ? La campagne de rafles visant les jeunes a-t-elle permis de la juguler ? Pourquoi s’en charge-t-il lui-même ? Le ministre n’estime pas nécessaire d’éclairer notre lanterne sur ces questions… De même, si l’objectif de cette campagne est seulement d’assurer la sécurité et l’ordre publics, pourquoi l’essentiel de la conférence de presse tourne-t-il autour de la question du service militaire, de son statut et de la nécessité de lui construire, dans la société, une image plus positive?

A ce niveau, M. Morjane conteste l’utilisation du mot « rafles » pour décrire ces opérations où les forces de l’ordre encerclent un quartier et où les policiers, armés de matraques et se faisant aider par des chiens, appréhendent des jeunes et les font monter dans de sinistres voitures cellulaires (resic) ! Même si ça y ressemble beaucoup, il ne faut pas désigner ces opérations par ce mot car il serait « à connotation colonialiste ». Toutefois, et dans l’attente que l’on puisse enrichir le lexique par un vocable plus politiquement correct, M. le ministre devrait méditer le fait que, 53 ans après l’indépendance du pays, ce mot n’est pas prêt de disparaître du vocabulaire de notre société qui, elle, sait appeler un chat « un chat » ! Il pourrait, peut-être, y voir le signe d’une coupure entre les jeunes et le pouvoir et, plus généralement, entre gouvernés et gouvernants, dans ce pays.

C’est là, en effet, que gît, principalement, le problème. Et, au lieu de le résoudre en adoptant des pratiques humiliantes et incompatibles avec l’idéal démocratique, il aurait fallu, d’abord, s’interroger pourquoi l’attitude des jeunes, et pas seulement eux, vis-à-vis du service militaire, est aussi négative ? Pourquoi ce qui devrait être appréhendé comme un devoir sacré est plutôt perçu comme une punition – et les rafles ne font que consolider ce sentiment ? Certes, le ministre esquisse un début de réponse : il estime, d’un côté, que la sensibilisation à l’importance du devoir national n’est pas assez efficace et, de l’autre, que « nos jeunes sont choyés » !! L’analyse est, avouons-le, un peu courte. Car, une meilleure stratégie de communication avec, par exemple, de plus beaux spots télévisés, n’améliorera pas la situation. On reconnaît, dans cette approche, les attitudes habituelles du pouvoir, qui a souvent tendance à identifier des problèmes techniques là où il s’agit de vrais problèmes politiques !

Les choses iront sans doute dans le bon sens le jour où les Tunisiens, dans leur ensemble, vivront pleinement leur citoyenneté et qu’ils percevront la classe politique comme issue de leurs choix, comme leur propre émanation, le jour où il y aura égalité de tous devant le service militaire, qui ne sera plus l’apanage des plus défavorisés et le jour où le pouvoir lui-même le percevra comme un devoir sacré et non comme un moyen de remplir ses caisses à travers la logique bassement mercantile des «affectations individuelles». Mais, peut-être est-ce là trop demander…

Boubaker Jridi

jeudi 25 juin 2009

Meeting de Ahmed Brahim à Monastir

Le premier Meeting dans un local public de M. Ahmed Brahim, après l'annonce de sa candidature officielle, le 22 mars, et après son premier contact télévisé avec les Tunisiens (grâce à al-Jazeera Moubachir, le 22 juin dernier) aura lieu le samedi 27 juin à 16h, à Monastir (Dar Echabab).

Un rendez-vous important pour tous les démocrates et progressistes du Sahel et du centre-est de la Tunisie !

samedi 20 juin 2009

Quel avenir pour les lettres et les humanités en Tunisie ?

Les enseignants des différentes Facultés de lettres, sciences humaines et sociales sont en état de choc. Ils viennent de découvrir, par le biais du nouveau guide de l’orientation des bacheliers, ce que leur réserve la réforme LMD concoctée par les soins du Ministère de l’Enseignement Supérieur : suppression de licences fondamentales, fusion de départements, instauration de quotas pour certaines filières etc… Ainsi, pour la Faculté des Sciences Humaines et Sociales (9 avril) de Tunis, le guide annonce la suppression des licences fondamentales en français, en sociologie et psychologie, la fusion des départements d’histoire et de géographie et l’instauration d’un quota de seulement trente nouveaux étudiants pour cette filière.

Certes, les universitaires pressentaient depuis longtemps que cette réforme, à la préparation de laquelle ils n’ont pas été associés, était portée par une vision dogmatique, simpliste et populiste de la vocation de l’université. Celle-ci se résume, pour l’autorité de tutelle, à «répondre aux exigences du marché de l’emploi». La mise en œuvre du système LMD est, de ce point de vue, l’occasion rêvée pour faire le ménage et en finir avec les formations « peu employantes » ou avec de faibles possibilités « d’application ».

Il est vrai que toutes les disciplines sont en train de faire les frais de cette vision idéologique, avec une limitation des enseignements à contenu théorique ou historique au profit des enseignements à contenu « appliqué », mais ce qui attend les formations en lettres et en humanités est certainement plus inquiétant. Et ce que révèle le nouveau guide d’orientation n’est que la partie visible de l’iceberg, car la suppression de licences fondamentales dans une filière signifie l’absence de Mastères et de Doctorats et, donc, l’absence, à terme, d’enseignants et de chercheurs. C’est en quelque sorte l’histoire d’une mort annoncée.

C’est ce qui explique l’émoi des universitaires à la faculté du 9 avril et dans les autres facultés de lettres et leur mobilisation du jeudi 18 dernier : à présent, ils raisonnent en termes de survie, tout simplement…

B. Gh.

vendredi 19 juin 2009

2009


Il reste seulement dix jours pour pouvoir s’inscrire sur les listes électorales, pour pouvoir voter en octobre 2009.

Inscrivez-vous sur les listes ! Faites parvenir votre voix !

Votez !

mardi 16 juin 2009

La Marsa : une mobilisation citoyenne autour de la Abdellya

Le démarrage d’une construction, dans l’enceinte même du périmètre de la Abdellya, a suscité la colère et l’indignation des habitants de La Marsa et de tous les Tunisiens jaloux de leur patrimoine historique et architectural.

En effet, dans une pétition qui se propose de sauver ce site historique de la défiguration, qui a déjà recueilli des dizaines de signatures, on lit que « ce lieu de mémoire et d’histoire … est le plus ancien témoignage de l’architecture palatine musulmane (Xème siècle) resté en bon état de conservation de tout le Maghreb ».

Les signataires, parmi lesquels figurent des artistes, des intellectuels, des universitaires et d’anciens ministres, interrogent les autorités sur le bien fondé de cette décision et les prient de la reconsidérer « dans le seul but de préserver notre patrimoine ».

PS : un groupe "Sauvons Palais Al Abdelliya !" a été créé sur Facebbok pour mobiliser les citoyens contre cette construction "de type non conforme et d'intérêts non généraux dans l’enceinte même du périmètre du palais"

samedi 13 juin 2009

Notre autosuffisance alimentaire en question

Depuis des temps immémoriaux, notre pays a fait de l’agriculture sa principale activité, nourrissant ses enfants et devenant même le « grenier de Rome ».

De nos jours encore, et malgré les handicaps tant humains que climatiques, l’activité agricole y demeure vitale, participe grandement au bilan économique et les chiffres sont éloquents : 12% du PIB, 16% de l’emploi, 10% des exportations.

Mais de nombreux obstacles continuent à s’opposer à la progression de ses performances, découlant d’une politique erratique ne tenant pas compte de l’importance du secteur. Ces temps-ci, de plus en plus de voix s’élèvent pour évoquer une crise sérieuse, voire de menaces sur notre autosuffisance alimentaire, et donc sur notre sécurité et notre indépendance dans l’avenir.
Les inquiétudes se multiplient, dépassant le simple niveau du couffin de la ménagère. Le 20/05/09 s’est tenu un conseil ministériel consacré au renforcement de la production par l’amélioration de l’investissement et du financement. Des mesures ont été décidées, mais qui ne semblent pas, de prime abord, de nature à changer grand-chose aux problèmes qu’affronte ce secteur vital de notre économie et de notre avenir, parce que le fond des choses n’a pas été abordé.

Le premier constat à faire est celui de l’extrême morcellement de nos surfaces agricoles : 80% de nos exploitants travaillent sur des parcelles de moins de 10H et ont donc des revenus modestes.
Le second constat concerne la banque qui, théoriquement, est spécialisée dans le domaine mais qui, hélas, se conduit comme une banque commerciale classique. Les 10% de taux d’intérêts et plus y sont monnaie courante, à part les démarches administratives compliquées et rebutantes.

En pays climatiquement difficile tel que le nôtre, le mot spéculation agricole prend tout son sens littéral, mais cette banque ne se soucie jamais des considérations extra-contractuelles. Résultat des courses : 80% de ces petits exploitants y sont endettés d’une façon ou d’une autre. A ce sujet, les cultures, surtout les cultures céréalières, sont courantes en prête-nom pour éviter les remboursements aux guichets après livraison à l’Office. Ces gens fuient les intérêts, intérêts de retard et pénalités qui les empêcheraient de nourrir leurs familles et de continuer à travailler. Une autre pratique assez courante consiste à laisser des gens plus aisés, ou moins endettés, s’occuper de l’exploitation, moyennant le tiers du revenu final hors toute mise de fonds.

Les décisions du conseil ministérial du 20/05 baissant les taux d’intérêts à 5% pour les crédits saisonniers et faisant intervenir les banques et associations de micro crédits vont-elles changer la donne ? C’est peu probable, car les innombrables endettés sont signalés, fichés, et restent donc hors du circuit des crédits et des investissements.

Confrontés aux mêmes problèmes, nos frères algériens ont carrément effacé les dettes, ce qui a beaucoup aidé à la reprise du secteur. Au lieu de mesures qui, de toute façon, tiendraient à l’écart beaucoup de petits exploitants, pourquoi ne pas s’inspirer de cette solution, ou à tout le moins l’adapter en réclamant uniquement le principal, hors intérêts et pénalités ? Cela nous coûterait quelques milliards (en jeux d’écritures), mais nous garantirait une reprise certaine des crédits et de l’investissement, donc de la production.

Le même conseil a superbement ignoré un problème qui hante de plus en plus nos agriculteurs et leur fait passer des nuits blanches : celui des coûts de production, qui explosent. Pour les agriculteurs, petits et grands, il est devenu prohibitif de produire, surtout compte tenu des cours des ventes dans des circuits commerciaux dominés par des maffieux incontrôlés. Payer le diesel pour labourer, soigner et irriguer… au même prix qu’un automobiliste qui va passer du bon temps dans une ville touristique, cela leur semble révoltant. L’envolée du prix des semences, des engrais chimiques et des produits phytosanitaires fait qu’ils y vont maintenant avec parcimonie, et terres et cultures n’en reçoivent presque plus leur dû, faisant que la production s’en ressent. Certaines cultures, jugées trop onéreuses, commencent à rebuter certains, et si cela continue, les problèmes que nous avons vécus cette année avec les pommes de terre risquent de se répéter et de se généraliser.

Une solution unanimement préconisée, qui semble logique et raisonnable, consiste à ce que, moyennant des contrôles stricts, le diesel et les produits chimiques agricoles fassent l’objet d’une compensation ou d’une quelconque ristourne afin de diminuer les coûts, donc augmenter la production.

Le conseil ministérial du 20/05/2009 a aussi fait l’impasse sur les circuits de commercialisation, où producteurs et consommateurs sont « roulés dans la farine » la plupart du temps. Le nombre d’intermédiaires et de spéculateurs de tous poils faisant la loi entre l’offre et la demande fausse totalement les lois du marché : moyennant une bascule et quelques cageots ou une épaisse liasse de billets de banque, plus beaucoup de roublardise, de sinistres individus magouillent à qui mieux pour fausser la loi et réaliser d’énormes bénéfices sur le dos de tout le monde. Ce problème, pourtant notoire, n’a toujours pas été résolu, malgré toutes les affirmations contraires. Par exemple, une balle de paille (et non de foin) vendue 1.800 D par le producteur à un intermédiaire qui la stocke, puis la revend à 5D à un autre intermédiaire, arrive à 8D chez l’éleveur ! C’est normal que le kilo de viande coûte 12D !

Tels sont quelques-uns parmi les problèmes les plus urgents à régler auxquels est confrontée notre agriculture, de l’investissement à la commercialisation en passant par la production. En vérité, de plus en plus d’agriculteurs, sous-représentés et sous-défendus par des instances fantomatiques, inquiets pour leur avenir et celui de leurs proches, n’attendent plus que l’inexorable avancée du béton urbain pour valoriser leurs terres en les lotissant, quitte à laisser derrière eux une Tunisie dépendante de l’étranger pour sa nourriture.

Au lieu des gesticulations et des effets d’annonces, des solutions doivent absolument être prises pour garantir notre sécurité future : elles impliquent la prise immédiate de mesures radicales, peut-être coûteuses à court terme, mais assurément payantes à long terme.

Khaled Chebil

PS : la photo qui illustre l'article a été empruntée au site Tunisia Daily Photo

vendredi 12 juin 2009

الخدمة العسكرية : واجب وطني أُريدَ به "رافل" أمني


تشهد البلاد هذه الأيّام سلسلة من "المداهمات" والملاحقات تقوم بها قوّات الأمن طالت مقاهي المدن وشوارعها وأحيائها القريبة والبعيدة.الهدف المعلن من هاته الحملة هوالبحث عن المتهرّبين من الخدمة العسكرية وعرضيا المفتّش عنهم قضائيا.


وقد أحدثت الحملة تبرّما كبيرا لدى المواطنين : فهذا كلّف ابنه بمشوار قي وسط المدينة فإذا به يُعلم أنّ نجله محجوز قي مركز الشرطة وذاك يطالب باستخراج شهادة حضور مدرسية حتى يتمكّن من ّإخراج ابنه... وثالث ، ورابع...وإذا علمنا أنّ أحد معاني كلمة " رافل" باللغة الفرنسية هو نوع من الشِّباك يمكّن من صيد وفير ، نتبيّن ما يحدثه هذا النوع من الحملات من شعور بالسخط لدى المواطنين إذ أنّ " الشِّباك " تصطاد كلّ الشباب " والمركز يصفّي" أي أنّ كلّ شاب هو متهرّب من الخدمة العسكرية أم مطلوب للعدالة وعليه أن يُثبت عكس ذلك , منطق غريب لم نعهده طوال السنوات الأخيرة.


إنّ الخدمة العسكرية واجب وطني مقدّس، يجب أن نسموَ به فوق كلّ الاعتبارات وأن لا يتأثّر بأيّ ظرف أو بأيّ حال . وعلى السلطة واجب الحفاظ على هاته القدسية . وهي في اعتفادنا ليس فقط لم تقم بالشيء الكثيرمن أجل ذلك بل على العكس ، فقد ساهمت مساهمة كبيرة ، ومنذ عفود، في غرس تصوّر سلبي جدّا جدّا لهذا الواجب الوطني لدى الشباب.

- شباب الثمانينات يذكر جيّدا " رجيم معتوق " وكيف أنّ السلطة في ذلك الوفت استعملت واجبا مقدّسا كالخدمة العسكرية لمعافبة الطلبة الذين لم يصطفّوا لمزاجها.

- إنّ التصوّر الحاصل لدي جلّ المواطنين هو أنّ " خدمة العسكر " هي لأولاد " الشعب الكريم " أمّا أبناء المال والجاه والوجاهة فهم معفيّون من ذلك.

- كما يتصوّر معظم الشباب أن " عام العسكر هو عام " كرفي" وعام خسارة ، لا تحصل منه على شيء بل وتفوتك فرصة العمر قي الحياة المدنية قي تلك السنة"

- إنّ السلطة السياسية وعند رسم ملامح التونسي المراد تكوينه في برامجها التربوية لم تُفلح في اعتفادنا قي بلورة ذلك المجهود الفكري والتوق الوجداني الواجب على كلّ فرد القيام بهما ليرتبط المواطن بوطنه ارتباطا خالصا ، ساميا ، لا تشوبه شائبة. بل بالعكس ، وتحت ضغط اللبرالية المتوحّشة والفردانية المفرطة ، انفلتت الأمور واصبح الوطن والوطنية والتفاني والإلتزام الأخلاقي قيما تكاد تكون غريبة يتمسّك بها " الطافي" دون غيره.

- إنّ الحملات الأمنية التي عدلت عنها السلطة لعدّة سنوات ورجعت إليها هاته السنة ، تزيد الطين بلّة وتعمّق ذلك التصوّر السلبي للخدمة العسكرية ، وتزيد من نفور الشباب من هذا الواجب.


إنّ " ملف " الخدمة الوطنية في حاجة أكيدة وملحّة إلى مفاربة جديدة تسمو به فوق التفاعلات المجمعية وصراع الدولة والمجتمع ، وتخلّص هذا الواجب ممّا علق به من تصوّرات خاطئة وترسّبات سلبية. ومن المتأكّد أن يستبطن الشباب تصوّرا إيجابيّا لواجبه الوطني وذلك ب :

- التأسيس لبرنامج تحسيسي واضح المعالم، مستمرّ ومتعدّد الوسائط تقوم فيه عناصر الجيش الوطني بمهمّة مركزية قي التعريف بالخدمة الوطنية لدى تلاميذ المدارس مند التعليم الأساسي. وترغيبهم في الانضمام إلى المؤسسة والاعتزاز بالانتساب لها

- المزيد من تنويع جملة القيم والمعارف والمهارات التي تمكّن منها المجنّدين حتى تكون الإضافة واضحة وجلية بين المدخلات والمخرجات.

- إشاعة جوّ من الثقة" بين الشاب وواجب وطني يتساوى أمامه " ابن الوزير مع ابن الفرّاش" كما يقال ، وبشكل يشعر فيه المجنّد أنّه يقوم بواجب مطالب بالقيام به كل شاب في سنّه مهما كان وسطه الاجتماعي وانتماؤه الطبقي

- تبسيط إجراءات الانتساب وتوضيحها (تعميم صلاحية تسليم بطاقة الإحصاء العسكري على كلّ مراكز الحرس الوطني).

- تفريد الدعوة للخدمة المدنيindividualisation)) لما لهذا التفريد من أهمّية قي إبراز للذات وإعطاء صورة إيجابية لها . ويكون ذلك بإعفاء السلطة المدنية (العمدة، المعتمد) وبصفة تدريجية ، من مهمّة إجراءات التجنيد وحصرها في ممثّل الجيش في الحياة المدنية ونعني بذلك الحرس الوطني الذي يتكفّل بمسك قوائم التجنيد وإعلام المعنيّين شخصيّا ومنحهم فترة من الوقت تمكّنهم من تصريف شؤونهم والإستعداد لتلبية النداء أو إعداد ملفّ التأجيل أو الإعقاء أو الانخراط في منظومة الخدمة المدنية (التعينات الفردية) . وبهذا الشكل تحصل للشاب المُطالب بالخدمة العسكرية نوع من الرافقة النفسية والمعرفية والإدارية تمكّنه من تلبية النداء بكلّ تلقائية بل وبكلّ تحفّز...


إنّ هذه الإجراءات وغيرها التي نعتقد أنّ إطارات الجيش الوطني قادرة على استنباطها، من شأنها أن تجعل الشاب يستبطن صورة إيجابية وبنّاءة عن الواجب العسكري ويستعدّ لتلبية النداء بكلّ تلقائية. وحيث أنّه لا بدّ من سنّ إجراءات زجرية بحق المتهرّبين من تأدية الواجب ، فلا بدّ أيضا أن يستبطن الشاب صرامة هذه الإجراءات وعدالة تطبيقها . فالخدمة الوطنية واجب على كل شاب إلاّ من استثناه فانون عادل وشفّاف ، والإخلال بهذا الواجب له ثمن يحدّده فانون واضح وشفّاف ، على كلّ مخلّ دفعه مهما كان مركزه الاجتماعي أو وسطه العائلي.


هكذا وهكذا فقط نتخلّص من ظاهرة " الرافل" الذي عادة ما تطغى عليه الصبغة الاستعراضية ، وتتفرّغ مصالح الشرطة للقيام بالمهام المناطة بعهدتها في تطبيق القانون والسهر على أمن المواطن وراحته.

أ.و

PS : La caricature qui accompagne la note a été empruntée au blog DébaTunisie avec l'autorisation de l'auteur

lundi 8 juin 2009

A la suite des attaques de M. Bsaiess et d’autres. Pourquoi la candidature d’Ahmed Brahim dérange-t-elle autant ?

Dans une chronique intitulée Non aux pleurnicheries, oui au travail !, M. Bsaiess, brillant chroniqueur à Assabah et habile avocat, sur des chaînes satellitaires arabes, de causes assez délicates, s’est attelé à discréditer la démarche du candidat aux présidentielles, M. Ahmed Brahim et, accessoirement, à s’en moquer, en ironisant à son propos. Comme le montre le titre de sa chronique, il invite le candidat à cesser de «se plaindre» des conditions inéquitables de la bataille électorale, surtout concernant l’accès aux médias nationaux, et à «travailler plus» pour renforcer son parti et l’opposition en général. C’est son droit le plus absolu et c’est, à la limite, de bonne guerre. Sauf que, cette fois, M. Bsaiess n’est pas aussi convaincant que d’habitude. Car, les arguments qu’il nous sert pour étayer sa thèse sont faibles, pour ne pas dire irrecevables.

Ainsi, à le croire, M. Brahim n’a pas le droit d’accéder à la télévision et à la radio nationales, cela n’étant possible que durant les quinze jours de la campagne électorale officielle. Et ce, contrairement au candidat sortant, dont les activités seraient couvertes «en sa qualité de président de la république». Or, doit-on rappeler à M. Bsaiess que les médias nationaux sont censés couvrir régulièrement les activités des partis de l’opposition mais qu’ils le font de manière extrêmement sélective en ne montrant que certains autres candidats aux présidentielles – sans doute, moins gênants? C’est toujours le même argument qu’il nous sort pour justifier l’interdiction d’accrocher une affiche de M. Brahim sur le balcon du local d’Ettajdid. Il faut veiller, à le lire, au respect de la loi. Ce ne sera possible que durant ces fameux quinze jours de campagne officielle. Or, il suffirait à M. Bsaiess de faire un petit tour en ville pour voire des centaines d’affiches du candidat Ben Ali, faisant clairement référence à l’échéance électorale de 2009. Et il pourrait difficilement nous convaincre que la vocation de ces affiches, c’est la couverture de l’activité présidentielle… !

En fait, ce qui précède montre bien que ce que M. Bsaiess appelle «pleurnicher», c’est, au fond, le fait de revendiquer un traitement sur le même pied d’égalité de tous les candidats à l’élection présidentielle. C’est là que gît le scandale, le péché originel, de la candidature d’Ahmed Brahim et que d’aucuns ne sont pas prêts à accepter !! Car cela heurte profondément leur mentalité qui rejette le principe même d’une vraie compétition et qui n’admet, en fin de compte, en guise de candidats, que de simples comparses dans une pièce à la mise en scène bien rodée. Ainsi, cette petite mise au point, en apparence anodine, révèle, le fond du problème et l’origine de la gêne manifeste que suscite cette candidature – et M. Bsaiess a le mérite de ne pas l’éluder – il s’agit clairement de son intention d’assumer une candidature «d’égal à égal» avec le candidat sortant.

Certes, notre chroniqueur a beau jeu d’ironiser là-dessus, en faisant mine de croire que, par cette expression, M. Brahim parlait d’égalité dans les moyens matériels et humains. Non M. Bsaiess! Nous sommes particulièrement bien placés pour savoir que le candidat de la Moubadara n’a pas à sa disposition les moyens de l’administration, ni les bus de la TRANSTU (et les milliers de sandwichs destinés à rassasier leurs occupants enthousiastes, etc.). Non ! Il ne compte pas sur «les masses de travailleurs et de paysans brandissant des drapeaux rouges» – la couleur de la Moubadara, au demeurant, c’est le bleu et le discours de la gauche moderne que Ettajdid veut incarner ne ressemble pas à celui, facile et dogmatique, des années 60 et 70! En affirmant son intention d’entrer avec le candidat du parti au pouvoir dans une compétition d’égal à égal, Ahmed Brahim dit aux Tunisiens qu’il n’entend nullement faire de la figuration ou, comme d’autres, défendre une «candidature pédagogique» ou encore «se battre pour la deuxième place». L’expression D’égal à égal veut aussi dire que sa candidature est porteuse d’un programme, pour les Tunisiens avides de changement, tout aussi respectable, sinon plus attrayant, que celui du statu quo et de l’éternel retour du même.

Pour conclure, on peut dire qu’il est clair que notre chroniqueur n’est pas à son aise cette fois. Sans doute, à sa décharge, est-il plus performant dans les figures libres que dans les figures imposées… Toujours est-il que la récente multiplication des attaques contre Ahmed Brahim et sa volonté de mener une compétition d’égal à égal avec le candidat officiel le révèle, paradoxalement, à l’opinion publique comme un candidat crédible et digne d’intérêt. Puissent ces attaques continuer… De ce point de vue, elles sont les bienvenues !

Baccar Gherib

dimanche 7 juin 2009

Les tribulations d’un citoyen qui ne voulait pas voter RCD en 2004

Automne 2004. J’ai 55 ans. Je suis marié et j’ai deux enfants. Je suis un entrepreneur et mon affaire marche. Je vis donc dans une certaine aisance. Tout pour être heureux, diriez-vous, et pour voter pour le parti au pouvoir et son candidat aux présidentielles. Eh bien, non ! Je ne suis pas politisé, encore moins opposant, mais j’avais l’intime conviction qu’en votant pour l’opposition, je rendais service au pays et, d’une certaine façon, au régime lui-même…

Je me réveille, donc, le jour des élections, bien décidé à voter pour l’opposition aussi bien aux législatives qu’aux présidentielles. Plus facile à dire qu’à faire !

Nous votions, mon épouse et moi, dans deux bureaux différents à El Menzah. Je l’accompagne, d’abord, à son bureau de vote. Je l’attends dans la voiture une dizaine de minutes. A son retour, je lui demande « Pour qui as-tu voté ? ». Elle répond sereinement « Pour Ben Ali, bien sûr ! ». Je ne dis rien et je prends la direction de mon bureau de vote.

J’entre à l’école, puis dans la classe où a lieu le vote. Et, premier acte héroïque, je prends les feuilles des quatre candidats aux présidentielles et les listes de tous les partis pour les législatives. Puis j’entre dans l’isoloir. Je croyais que le plus dur était fait ! Or, dans l’isoloir, il n’y avait pas de table sur laquelle disposer toutes les feuilles que j’ai amenées avec moi ! Le stress est monté d’un cran. Je ne sais pas comment m’y prendre. Les battements de mon cœur s’accélèrent et la sueur dégouline de mon front. Enfin, pour pouvoir mettre la feuille de mon choix dans l’enveloppe, je tiens toutes les autres entre mes dents. Je la plie en deux, mais elle est encore trop grande pour l’enveloppe. Je stresse encore plus, car je ne veux pas attirer l’attention par le temps que je passe dans l’isoloir. Finalement, la feuille entre dans l’enveloppe et là, je m’aperçois que celle-ci est transparente et que, sans l’ouvrir, on devine la couleur de la feuille. J’ai presque failli tout laisser tomber. Mais, dans un dernier sursaut de courage, je sors de l’isoloir, tout tremblant et suant, en essayant, tant bien que mal, de cacher les deux enveloppes dans ma main et le reste des feuilles dans mon caleçon. Je glisse les enveloppes dans leurs urnes respectives, je signe et je sors, presque en courant. Ouf !! C’est la délivrance… Du moins, je le croyais.

Car les deux feuilles rouges, que j’avais encore sur moi, représentaient la preuve matérielle que j’avais voté pour l’opposition. Il fallait les faire disparaître. J’ai pensé les découper en petits morceaux et les jeter à la poubelle, mais je me suis ravisé : le gardien de l’immeuble pouvait les trouver et me dénoncer. Je prends mon mal en patience et j’attends la nuit. Prétextant l’achat de cigarettes, je sors. Je prends ma voiture et, dans une rue déserte et sombre, je tire les feuilles de ma poche, je les broie entre mes mains et je les jette dehors. Ouf !! Cette fois, c’est vraiment fini. J’achète les cigarettes dont je n’avais pas besoin. Je rentre pour dormir après cette journée éprouvante pour mes nerfs et pour reprendre mon statut de citoyen au-dessus de tout soupçon.
Ça a été dur, mais j’ai agi selon ma conscience. Je croyais que la page était vraiment tournée, jusqu’au jour où, ouvrant la boîte à gants de ma voiture, je découvris avec stupeur… deux autres feuilles rouges ?!

Moralité(s) de l’histoire : 1) Il n’est pas facile de voter pour l’opposition dans ce pays. 2) Mon épouse m’a menti. 3) Elle a démontré, dans cette affaire, plus de sang-froid que moi.

Mohamed Ettounsi

mardi 2 juin 2009

Madame la Ministre et Sofien Show

Dans un article publié il y a quelques semaines dans la partie en arabe d’Attariq Aljadid, notre confrère Taoufik Ayachi s’inquiétait des conséquences néfastes que le programme Sofien Show pouvait avoir sur la psychologie des enfants – aussi bien ceux qui y participent que ceux qui la regardent. Et il a tiré la sonnette d’alarme. En effet, on n’a pas besoin d’être un pédopsychiatre averti pour voir l’aspect malsain et déstructurant pour l’équilibre des enfants de cette émission dont la philosophie est de les habiller et de les maquiller en vue de leur faire adopter des postures d’adultes.

Cette critique de simple bon sens adoptée par plusieurs familles tunisiennes qui ont pu suivre le programme a été exprimée, lors d’une conférence de presse, par un membre du gouvernement, Mme Kanoun Jarraya, ministre de la famille et de l’enfance. Celle-ci a, selon le site Ettounsia, affirmé son opposition à ce programme qui représente une véritable menace sur la santé mentale et comportementale des enfants. Elle aurait même rédigé un rapport sur la question, demandant l’arrêt de ce programme. Tout simplement. Sa demande est, toutefois, restée lettre morte à cause, dit-elle, de la primauté, dans notre pays, du sacro-saint principe de la liberté d’expression (sic). On pourrait aussi penser que c’est peut-être dû à l’action d’une plante du désert toute recouverte d’épines… Car, qui s’y frotte, s’y pique ! Bon courage, Mme la Ministre !

Boubaker Jridi

lundi 1 juin 2009

A propos d’une conférence de Béatrice Hibou : tous plus ou moins complices ?

Deux récents ouvrages de première importance se sont penchés sur le système politique tunisien en se proposant de comprendre le secret de sa longévité, de sa stabilité ou, mieux, de son inertie. Il s’agit de celui de V. Geisser et M. Camau, Le syndrome autoritaire : politique en Tunisie, de Bourguiba à Ben Ali et celui de B. Hibou, La Force de l’obéissance : économie politique de la répression en Tunisie. Si le premier ouvrage s’inscrit dans une approche de sociologie politique plutôt classique, le second se veut, par contre, porteur d’une démarche novatrice, essayant d’expliquer la formidable inertie du système politique par son imbrication intime à l’économique. Ainsi, c’est bien à une économie politique de l’autoritarisme en Tunisie que nous convie Béatrice Hibou dans son ouvrage dont elle a repris les principales thèses dans une récente conférence*.

L’originalité de la thèse de la politologue française consiste justement à dévoiler ce qui, dans les relations économiques, «façonne l’obéissance, voire l’adhésion». Il s’agit, dès lors, de scruter les dispositifs et les mécanismes, qui tissent des «relations de dépendance mutuelle entre dirigeants et dirigés», tels que la fiscalité, la gestion des privatisations, l’endettement des ménages et l’organisation de la solidarité. D’où l’importance des petits arrangements et accommodements, certes «indolores», mais qui finissent, à travers des «compromissions au jour le jour», par faire système et par neutraliser (voire obtenir l’allégeance de) la très grande majorité de la population. Ces mécanismes, fort efficaces, sont étudiés à travers trois exemples : celui de la collecte des dons (obligatoires !) pour le 26-26, celui des crédits à la consommation et, enfin, celui de la fiscalité.

Ainsi, et comme le souligne B. Hibou, la compréhension des mécanismes d’alimentation du fonds 26-26 est fondamentale, moins par le poids financier de celui-ci, somme toute négligeable, que par sa symbolique, en ce qu’elle illustre à la perfection cette «économie politique de la servitude volontaire». En effet, pour la conférencière, les acteurs économiques estiment qu’un défaut de paiement les expose à des ennuis (contrôle fiscal, perte de contrats, etc.). De même, la collecte, pour les salariés, s’inscrit dans des relations hiérarchiques (il est toujours difficile de refuser la demande – ou l’ordre – de son supérieur hiérarchique). Ainsi, adhéreront à cette opération, en général, ceux qui fuient les ennuis et ceux qui cherchent une protection de la part du pouvoir politique. Le dispositif est à la fois efficace et révélateur de la logique du système : les craintes ou les ambitions des acteurs les poussent à faire allégeance au pouvoir. Ce n’est pas un hasard, nous rappelle Béatrice Hibou, que seules les entreprises qui n’ont absolument rien à se reprocher en termes de fiscalité et de paiement des cotisations sociales, etc., se permettent de snober le 26-26.

Pour ce qui est du boom des crédits à la consommation qui favorisent un endettement excessif des ménages et, par là même, participent à l’asphyxie des citoyens et leur dépolitisation, la conférencière élude la théorie simpliste du complot qui en fait une machination du pouvoir. Car, elle y voit l’effet de l’activisme commercial des sociétés de vente de biens de consommation durable dans le contexte à la fois d’une forte demande et d’une solvabilité restreinte. Elle remarque, toutefois, que les dispositifs du pouvoir n’ont pas manqué de s’insérer dans ces nouvelles dynamiques économiques, financières et sociales.

Enfin, Hibou souligne que, en Tunisie, la fiscalité est «un objet de négociation entre entreprises et autorités». Les faveurs financières s’échangeant contre une allégeance politique.

Ces trois exemples montrent bien l’imbrication intime entre le politique et l’économique ou, mieux, entre la servitude et les petits arrangements économiques, bref, les petites compromissions politiques routinières en vue de gains économiques. Pour que ce système marche et perdure, il faut un appareil politique dont les ramifications arrivent aux recoins les plus reculés du pays et de la société et des citoyens prompts aux compromis (et aux compromissions !). Ce mécanisme fait en sorte que tout le monde est plus ou moins emprisonné dans la toile des arrangements et des instrumentalisations réciproques et explique finalement pourquoi la demande de changement, la demande démocratique, soit si faible, voire marginale, en Tunisie. Ainsi, pour Hibou, chacun participe, d’une manière non consciente, à la reproduction du système qui le contraint. Pour cela, il n’y a nul besoin d’une répression violente. En conclusion, elle fait donc sienne, concernant la caractérisation du système politique en Tunisie, l’expression qui a donné son titre à un recueil d’articles, il y a quelques années… «Une si douce dictature».

Baccar Gherib

* Une transcription de la conférence de Béatrice Hibou, donnée le 4 décembre 2008 à la Maison Fraternelle à Paris, est disponible sur tuniblogs.com/post/la-force-de-l-ob-issance-conf-rence-de-madame-b-atrice- hibou-p45794.html

samedi 30 mai 2009

Pour de véritables élections en 2009. Inscrivez-vous sur les listes électorales !

Dans le cadre de la révision permanente des listes électorales, des listes supplémentaires seront affichées tout au long du mois de juin pour permettre aux citoyens d’en prendre connaissance et de vérifier si leurs noms y figurent. S’il ne figure pas sur cette liste, tout citoyen peut, pendant cette période, présenter une réclamation par lettre recommandée avec accusé de réception au président de la municipalité.

C’est la dernière chance pour exercer votre droit de choisir vos gouvernants, pour dire votre mot, pour faire parvenir votre voix.

La démission des Tunisiens n’a que trop duré. Reconquérons notre citoyenneté ! Votons en 2009 !

samedi 23 mai 2009

A travers la blogosphère #8 : révolution culturelle et sociologie du débat en Tunisie

La blogosphère s'agite souvent mais réfléchit aussi. Enjeux : notre révolution culturelle et un essai d'une sociologie du débat en Tunisie.

"2,83 millions d'utilisateurs de l'Internet en Tunisie, 8,59 millions d'abonnés à la téléphonie mobile, 6758 sites tunisiens…" Selon les chiffres officiels, notre pays est confortablement installé dans l'ère de la révolution numérique, constate le blog Histoires ordinaires. Mais a-t-il fait pour autant sa révolution culturelle ? s'interroge-t-il. Par analogie, le blog rappelle que l'avènement de l'imprimerie en Europe au XVème siècle a été le prélude à "une renaissance culturelle globale" en Europe. En démocratisant l'accès à l'écrit, favorisant l'essor de la philosophie et des lettres et la diffusion de la connaissance et la formation de la pensée critique, cette invention a remis en cause le dogme de l'Eglise et son monopole sur les consciences et a conduit à une "grande révolution culturelle en Europe et dans le monde" qui a "détruit tous les rêves de domination de l'Eglise dans la société". "Qu'en est-il de notre société ?", s'interroge le blog. "Quelle est l'influence sur la société de 'notre" révolution numérique ?" poursuit-il ? "Est-elle en train de favoriser la créativité dans les arts et la littérature ? De développer les capacités intellectuelles et critiques de créateur ? De contrecarrer l'invasion culturelle des ténèbres et de la culture de la peur, de la censure et de la répression ?" Cette "révolution" a-t-elle permis "l'amélioration du niveau moral et culturel de la société et le nivellement par le haut des médias et le respect de la liberté d'expression ?" Que d'interrogations accompagnées, avoue le blog, de "beaucoup de frustrations et de pessimisme…"


En détournant l'intitulé de la célèbre émission de télé-réalité, Andi Ma Nkollek, diffusée sur notre télévision publique, Errances pose la problématique du débat dans la société tunisienne. Le blog note que le tunisien exprime au quotidien un réel besoin de débat. Sa "soif (…) pour parler, s’exprimer, écouter, convaincre" est clairement palpable. Ses intentions en la matière sont "noble(s) et louable(s)". Mais le tunisien est-il "vraiment prêt pour débattre" ?, se demande le blog. Le débat consacre la "différence" et la "divergence d'opinions" et "abhorre l'unanimité (et) la concordance", rappelle-t-il. L'unanimisme de "départ vide donc débat de tout "sens" prévient-il. La société tunisienne est marquée par la pluralité des idées, à l'instar des "autres sociétés qu’elles soient occidentales ou orientales", constate le blog. Et l'éventail des opinions et des tendances dans notre société est large, précise-t-il, qui est composé "de gauchistes, de fondamentalistes, de rcdistes, d’anarchistes, de progressistes, de jusqu’au-boutistes, de khobsistes, de mauvistes, de hitistes, de clubistes, d’espérantistes, …", "voire même d’autistes", ironise-t-il. Mais le tunisien possède sa propre conception du débat, estime le blog, qui s'apparente plutôt au "contentieux (ou au) conflit". Le tunisien "confond tribune et tribunal" et "la présence d'un arbitre" est nécessaire pour que le "débat tunisien" ait lieu. En somme, la culture du débat fait défaut au tunisien qui prend "sa vérité pour 'LA vérité'" et enfonce ainsi le débat dans l'impasse d'"un dialogue de sourds". Cet "ostracisme", que relève le blog, condamne les tunisiens à "se cloitrer dans un ghetto" où "l’on ne se mélange qu’avec ses semblables idéologiques" mais "est-ce que c’est comme ça qu’on va pouvoir avancer ?" se demande le blog. Et au blog de conclure au nécessaire "apprentissage" du débat chez les tunisiens. Mais les idées ne suffisent par, rappelle-t-il, le "courage" et la "capacité d'écouter" sont aussi nécessaires pour sortir de l'auberge.


Hédi Ben Smail


PS : les illustrations ont été empruntées respectivement aux blogs Histoires ordinaires et Errances.

vendredi 22 mai 2009

Quelle compétition électorale dans des conditions médiatiques déplorables ?

Une vingtaine de journalistes exerçant dans des agences de presse étrangères et dans quelques titres nationaux assistaient à la conférence de presse que le candidat aux présidentielles, Ahmed Brahim, avait organisé ce mercredi 20 mai au siège du Mouvement Ettajdid pour déplorer l’état du paysage médiatique et de l’information et ce, à quelques mois des prochaines échéances électorales. Bien évidemment, ni les stations de radios ni celles des télévisions (publiques et privées confondues) n’avaient daigné répondre à l’invitation, et même notre Agence «publique» TAP était subitement inscrite aux abonnés absents. Et pourtant, la raison même de cette rencontre avec les journalistes portait sur le traitement inéquitable, voire l’ignorance totale des grands médias à l’égard du candidat aux présidentielles Ahmed Brahim. En effet, plus d’un mois après l’annonce de sa candidature, toutes les chaînes nationales de télévision, qu’elles soient publiques ou privées, feignent de l’ignorer complètement. Idem pour les stations de radio plus promptes à ne parler que d’une frange de l’opposition, et l’agence TAP, si l’on excepte la dépêche publiée le jour de l’annonce de sa candidature, semble avoir décidée de le mettre «sous embargo». Même les publications indépendantes redoutent de parler abondamment de lui, de peur que les foudres ne s’abattent sur elles. Finalement, dans ce paysage médiatique aussi diversifié et libre, si l’on en croit les déclarations officielles qui célébraient la journée mondiale de la liberté de la presse, c’est toujours la voie unique qui prédomine ; celle qui s’exprime au nom de l’Etat et du parti au pouvoir, celle qui a la grâce divine de demeurer infaillible et irréprochable puis qu’elle ne peut être ni contredite, ni critiquée, celle qui doit être adulée comme du temps des éclaireurs du peuple! Drôle de situation dans ce pays qui est censé vivre depuis 28 ans sous le régime du pluralisme politique et de la pluralité des opinions ! Triste sort que celui des journalistes qui exercent dans ces médias et qui se trouvent à chaque fois frustrés de ne pouvoir exprimer au grand jour leur attachement aux principes professionnels et à la déontologie ! Pauvre citoyen tunisien qui, 53 ans après l’indépendance de son pays, se trouve encore soumis au diktat de la voix et de la pensée uniques ! Mais avec cette différence, qu’aujourd’hui, il peut toujours assouvir sa soif d’élections libres, par procuration, en se projetant dans d’autres univers, encore bien éloignés du nôtre, par le truchement des chaînes satellitaires !

Comment peut-on parler de médias autonomes et de journalistes libres et indépendants quand les principaux canaux d’émissions et de diffusion sont tous accaparés par l’appareil Etat/parti ? Comment peut-on garantir au citoyen tunisien le droit de pouvoir accéder sans discrimination aux médias et de s’exprimer en toute liberté, en l’absence de toute instance - publique - réellement autonome et crédible aux yeux de nous tous ? Quel sens peut-on encore donner à des «élections libres, équitables, honnêtes, loyales…» alors que les règles de la compétition, les mécanismes de supervision, le pouvoir d’interprétation des lois, la couverture et le traitement médiatiques… se trouvent tous entre les mains d’une même partie, qui accapare déjà tous les rouages de l’Etat et qui exerce sa mainmise sur les médias ? Amère réalité que nous soyons encore acculés à débattre des conditions minimales exigées pour que les élections se déroulent librement et dans la transparence, et qui nous ramènent au triste souvenir de celles de novembre 1981, au lieu de nous attaquer aux questions de fond en opposant les différents projets de société des candidats en lice !

Les partisans de la non participation sont plus que réconfortés par cette douloureuse réalité qui se perpétue, et Ahmed Brahim lui-même se demande à chaque fois ; comment faire pour que sa participation ne serve pas de décor à un simulacre de compétition! Il est vrai que des voix de plus en plus nombreuses et résolues s’élèvent dans la population pour dire de la manière la plus ferme : Ça suffit! La lueur d’espoir et les premiers signes de ces changements émanent des journalistes eux-mêmes qui affirment, haut et fort, à travers leur syndicat, le refus de toute instrumentalisation et surtout, leur ferme volonté à dénoncer toutes les dérives et les atteintes à l’honneur de la profession. Nous prenons acte et réaffirmons encore toute notre solidarité à ce mouvement qui peut être le précurseur de changements démocratiques profonds auxquels nous aspirons tous pour notre pays.

Larbi Chouikha

mardi 19 mai 2009

Les mémoires de Mohamed Charfi : "Mon combat pour les lumières"

Heureux qui, comme les démocrates et les progressistes de ce pays, ont eu, en un laps de temps très court – la première moitié de l’an 2009 – à débattre de pans entiers de leur histoire à l’occasion de la parution de trois ouvrages sous forme de mémoires ou de témoignages.

Malgré les différences de genre (un témoignage prospectif, une biographie et des mémoires), les trois ouvrages ont des points communs:

D’abord, il s’agit de trois opposants à Bourguiba avec des itinéraires différents, parfois croisés. Ensuite, les trois productions démontrent l’existence d’une pensée de gauche authentiquement démocratique, véhiculée par des acteurs qui ont payé un tribut très lourd (physique, mental), pensée qui s’est forgée dans la douleur et la souffrance souvent, et parfois dans la bonne humeur malgré les épreuves. Enfin, les trois ouvrages sont écrits dans un style élaboré et clair ; ils sont agréables à lire, car ils prennent à leur compte la devise de Kant, « une lecture amusante est aussi utile à la santé que l’exercice du corps ».

Et si Attariq a rendu compte dans ses précédentes livraisons des ouvrages publiés par Gilbert Naccache et Fethi Belhaj Yahia, il n’en a pas été de même pour les mémoires de Mohamed Charfi. Pourquoi ? Tout simplement, le livre étant publié en France, nous avons attendu sa distribution en Tunisie, jusqu’à la fin de la foire du livre, en vain ! Ils semblent que les pouvoirs publics se dirigent vers une censure du livre.

Devant cet état de fait, nous avons décidé de publier quelques passages du livre qui nous ont paru importants. Le choix n’a pas été facile et une part de subjectivité l’a sans doute déterminé. Ces morceaux choisis ne remplaceront pas la lecture du livre, mais ils donneront une idée sur les opinions et l’itinéraire de ce grand militant qui a certainement marqué l’histoire moderne de la Tunisie. Mohamed Charfi ne laisse pas, en effet, indifférent ; on l’aime ou on ne l’aime pas ; certains l’ont même cordialement détesté. Le roman de la vie de Mohamed Charfi est le roman d’une époque, d’une mouvance, d’une pensée qui, en affirmant la liberté, prend sur elle l’origine du mal. Un roman sans concessions ni pour l’époque, ni pour l’auteur lui-même.

La lecture de ce roman, pour reprendre, L. Aragon, « jette sur la vie une lumière ». Et c’est le combat pour les lumières de Mohamed Charfi qui nous interpelle, car, devant une telle vie, on ne peut être d’accord sur tout, ni totalement en désaccord.

C’est à un débat que nous invite ce livre. En jugeant les actions de cet Acteur, on se juge soi-même. Or, « l’agir véritable fait que la réalité ne soit pas totalisable » (P. Ricoeur). La mémoire se perd ; mais l’écriture demeure. Bonne lecture.

* Mohamed Charfi, Mon combat pour les lumières, Préface de Bertrand Delanoë, Ed. Zellige, Paris, 2009. 301 pages.

Samir Taïeb

lundi 18 mai 2009

...الهجالة و"الضلف" وبينهما كامخ

لا شك أنكم على علم بالتعريف العربي "القح" لكلمة "كسكروت"...
لقد انتصبت في بلادنا، في فترة بعيدة، موجة تعريب شرعيتها حق فيما كانت ممارستها كمحاكم تفتيش، باطل في باطل... يكفي أن تتفوه بكلمة أعجمية لتخون الوطن والإسلام والعروبة وفلسطين، ناهيك عن أمك وذويك. وشعبنا التونسي، شعب عربي-مسلم حتى النخاع يرفض رفضا قاطعا أن يتكلم بلغة غير العربية ولا يأكل بكلمة غير عربية حتى وأن قبل على مضض الكسكسى البربري... فإن كانت اللبلابي كلمة عربية مصدرها رباعي "لبلب" ويعني "لحس" والعهدة على إبن منظور، فإن الكسكروت وهو الأكلة الشعبية الخفيفة قضما والثقيلة هضما لا رباعي فيه ولا خماسي ولا هم يحزنون... فكان لزاما علينا حينها عوض التهام الكسكروت أن نبحث عن مرادف له تمركز مع الغزو الهلالي... فكان "شاطر ومشطور وبينهما كامخ"... الشاطر والمشطور نعرفهما، أما الكامخ فنحن لم نلتقيه أبدا... وبالعودة لمعجم إبن تونس البار، إبن منظور، نعلم أن الكامخ هو الأدم... "جا يكحلها عماها"... وبالبحث عن الأدم، وجدنا أنه قد يكون "تسطيرة" أو "عجة"، "شكشوكة" أو "مشلوش"، "زميطة" أو "بازينة" أو غير ذلك من أي خليط قابل للهضم وينزل على المعدة إسمنتا و"دالة"...
من فضائل الضلف...
على المستوى التلفزي، برامج الهجالة هي اليوم في تونس مثل "الكامخ"، ذاك الخليط المحبب لجمهور المشاهدين مما جعلها لشهر أفريل المنصرم تحتل المرتبة الأولى بين تلفزات العالم بنسبة 42,5 في المئة، أي اكثر من 4 ملايين مشاهد وذلك قبل "حنبعل"بنسبة 24.3 في المئة و"أم بي سي فور" بـ15.3 في المئة و"أل بي سي" بـ9.7 في المئة وتأتي الجزيرة الإخبارية بـ7.5 في المئة. أما قناة 21، فهي في المرتبة السابعة. بمعنى آخر، ما يقارب نصف الشعب التونسي يحرص على متابعة برامج الهجالة. والفضل في العودة لأيام رئاسة السيد فتحي الهويدي حيث بين تحقيق أن التونسيون يؤمون تلفزتهم بنسبة 82 في المئة (قلو تعرفش العلم، فلو نزيد فيه!)، يعود الفضل إذا إلى المنتج والمخرج السيد سامي الفهري وشركته "كاكتوس برود" - وهي بالعربي المحترم "هندي للإنتاج" وبالفلاڤي المودرن "ظلف برود" – التي تؤثث شبكة الهجالة بمجموعة من البرامج الجذابة... ونحن أهل الريف نعرف مزايا الضلف على عباد الله وحيواناته...
هذه الشركة تنتج باسم تونس 7 مجموعة من البرامج تحتل رأس قائمة البرامج الأكثر مشاهدة حتى وإن فاقها في ذلك برنامج لقناة حنبعل بعنوان "المسامح كريم"... بحسب إحصائيات شركة "سيغما كونساي" لصاحبها حسن الزرقوني ولشهر أفريل، جذب برنامج "المسامح كريم الذي يعده وبقدمه "الصحفي والمتمرس في التحقيقات" – كما تقول حنبعل - عبد الرزاق الشابي 46 في المئة، أي ما يقل عن 4 ملايين ونصف فيما جذب "عندي ما نقلك" لأخيه علاء الشابي ومن إنتاج سامي الفهري ما يفوق 4 ملايين بالقليل... أما "الحق معاك" لمعز بن غربية فقد حصل على 3 ملايين ونصف و"أهنا هكة" لنزار الشعري حصل على 3 ملايين و360 الف و"سفيان شو" من تنشيط سفيان الشعري فقد جذب ما يقارب مليونين ونصف المليون من التونسيين... وبهذا تكون برامج السيد الفهري ليست في قاطرة البرامج التي تبثها تونس 7 فحسب ولكنها الغرض الرئيسي من وجود الهجالة، تلك التي، إن كانت الدنيا دنيا، لغيرت اسمها من تونس 7 إلى "ضلف تي في" اعترافا بالجميل في قولبة الشعب التونسي دون اللجوء إلى الباحثين والدارسين والمخططين ولا حتى الإستشرافيين وكل اللذين يقتلعون أفكارهم من الطين ولا يشترونها من عند الهولنديين...
نعرف أن الشركة الأم "للضلف برود" وهي "كارتاغو"، شركة هامة اقتصاديا وعلائقيا وأكثر من ذلك بكثير، إلا أن الدولة الوطنية علمتنا يوميا أننا في بلد القانون والمؤسسات... وبالتالي من الطبيعي أن نتساءل بكل حماقة عن أحقية إهداء أربعة برامج – والخامس على الطريق – في الأسبوع دفعة واحدة لشركة واحدة من دون "طزينة" الشركات المماثلة المنافسة لها معرفة وخبرة... نعرف أن هناك فوارق بإتساع السماء والأرض بين المال العام والمال الخاص... أن يفعل السيد العربي نصرة بقنواته الثلاث وبرامجها ما يريد، فذلك من ماله الخاص ومن حقه الدستوري أن يفعل ما يريد شريطة أن يحترم القانون في الغرض والا يزج بالبلاد في أمور لا تقوى عليها... أما الهجالة فهي تقتات من المال العام عبر فاتورة الكهرباء والغاز التي يدفعها أكثر من نصف مليون حريف... والفارق بين المالين ظاهر. أن يفتح باب القطاع العام على مصراعيه لشركة خاصة واحدة لتكون الممونة الوحيدة لترفيه الشعب التونسي، فذلك لا يقبله القانون ولا الجمهورية مهما كانت قيمة الشركة وبراعتها.
"متاع البيليك..."
التلفزة التونسية كمنشأ عمومي يحصل على ميزانية من الدولة يصوت عليها مجلس النواب ويصادق عليها مجلس المستشارين... مما يعني أننا في مجال القطاع العام الذي تسيره الدولة لصالح المجموعة الوطنية... ميزانية مؤسسة التلفزة للعام 2009 تعادل أكثر من 46 مليون دينار منها منحة للدولة بـ11 مليون دينار ونصف، مداخيل من الكهرباء والغاز تقدر بـ20 مليون دينار إضافة للإستشهار بـ14 مليون ومتفرقات بـ0,8 مليون... أما المصاريف فإننا نجد في باب الأجور اكثر من 18 مليون دينار وفي باب الإنتاج والبث 21 مليون دينار ونصف.... إلى هذا الحد، الأمور "سيڤورو" عال العال...
إلا أن المواطن ونتيجة لعدم رضاه على مردود التلفزة يتساءل على مآل الدنانير التي تخصم من جيبه كل مرة مع فاتورة الكهرباء والتي بحسب أكثر من صوت يعمل في ميدان الإعلام السمعي-بصري وفي هيكلة المنشآت العمومية لا تجد مسارها كلها نحو الإذاعة والتلفزة، بل قسم منها غير مقدر يتوجه نحو أبواب أخرى في الموازنة العامة للدولة... وبالتالي تبقى الهجالة بدون مظلة، غير قادرة على تجهيز البرامج، ما عدا تلك السيارة أو المناسباتية التي أجهزت على "وكالة النهوض..." ناهيك عن أن عديد العاملين بها لم يحصلوا على مخلداتهم منذ العام 2006 دون أن نذكر هؤلاء الذين طالب رئيس الجمهورية بتسوية وضعيتهم...
في هذا الكامخ الذي يسهر عليه مسؤولون لا علاقة لهم البتة لا بالإعلام السمعي بصري ولا بالإعلام جملة وتفصيلا، بل هم أميل إلى خدمة "الإدارة" سلبا وإيجابا، وجدت الهجالة نفسها في عملية لا تفقه فيها شيئا إن لم يعمل بها البتة وهي ما تسمى بـالـ"بارتيرينغ" ومعناها العربي "المقايضة"... هذه العملية التي تعامل بها شركة الضلف تعني أن الهجالة تحجز للضلف ساعات البث والضلف في المقابل تقدم برنامجا يتم الإتفاق على مواصفاته... وعلى الضلف أن تدبر رأسها بحثا عن المال اللازم لانجاز البرنامج... وتم ذلك وباعت الضلف نسبة من مساحة البث للمستشهرين... في الظاهر الأمور "مريڤلة" وهو ما جعل معالي وزير الإتصال و.... يصرح في إحدى جلسات البرلمان من أن التلفزة تبث البرامج "مجانا"... ويا ليته تناسى الموضوع كما يفعل دائما أهل السياسة عوض أن يجيب بما ليس الحقيقة الملموسة كما المجردة.
"كار الخليج" ملك عمومي
المقايضة في حد ذاتها عملية بعيدة كل البعد عن قنوات القطاع العام، ذلك أنها تأخذ موازنتها من المال العام. بل أكثر من ذلك، في فرنسا، على سبيل المثال، حتى القنوات الخاصة لا حق لها في المقايضة لما فيها من تأثير على الراي العام وهو أمر يختلف عما هو موجود في أمريكا... في تونس وأمام الفراغ القانوني، وزارة الإتصال تفرض ما تريد وترفض ما تريد... كان للضلف برنامج واحد في الشبكة الفارطة وها هي اليوم تبث أربعة برامج دفعة واحدة والخامس يطبخ لرمضان المقبل.
لم يكف "ضلفة برود" أن تقولب ذوق المواطن التونسي بنوعية من البرامج هي في الأساس نقيض رسالة القطاع العام، برامج الألعاب والرياليتي تي في...
لم يكف "ضلفة برود" أن تعمل بمفردها في هذا القطاع دون سائر الشركات الأخرى ودون احترام قوانين الإعلانات الرسمية...
لم يكف "ضلفة برود" أن تبيع الإعلانات بأسعارها الخاصة وتقدم إعلانات تتناقض والقطاع العام مثل الإعلان عن إذاعة موزاييك... وكيف للضلف أن تحصل على كل هذه الإعلانات التي تصل حد نصف مدة البرنامج إن لم "تهدها" الهجالة مساحة البث؟ أليس من حق الهجالة – كما يعمل بذلك في بلدان أخرى – الحصول على نسبة مئوية من الإعلانات والموزع الصوتي وما إلى ذلك...
لم يكف "ضلفة برود" كل هذا بل تأخذ أكثر من هذا...
تنجز البرامج الخاصة لـ"ضلفة برود" بمعدات الهجالة وأعوان الهجالة ولا نعرف على أي اساس يقوم هذا التعاون... حينما نقرأ على واجهة سيارة للملك العمومي – الوزارة الأولى – تحمل رقم 01.134453 أنها تستعمل لإنجاز مسلسل "مكتوب" من إنتاج "ضلفة برود" وإخراج سامي الفهري من بداية شهر جانفي حتى نهاية شهر جوان المقبل، حينما نعلم أن "كار التلفزة" يلقبونها "بكار الخليج" لأن من يعمل بها وهو من مرسمي القطاع العام يتقاضى أجرا إضافيا ويرحب به أحسن ترحيب ويقدم له العصير والكلمة الحلوة...
حينما نعلم كل هذا، لماذا لا تطلب الهجالة يد صاحب "ضلفة برود" ونكون قد قدمنا أكثر من خدمة... ومن قدم الخدمة له أجر ومن ساعد على تقديم الخدمة له أجران ونحن من يساعد على تزويج الهجالة للضلف، لعل هندي هذه السنة يعود علينا بالكامخ
الشبكة المقبلة...

خميس الخياطي