dimanche 15 février 2009

Bon retour au blog «DébaTunisie»

Nous déplorions, dans notre numéro du 13 décembre dernier, la censure par l’Agence Tunisienne de l’Internet (ATI) de l’un des meilleurs blogs tunisiens : «DébaTunisie», en le rendant inaccessible pour les internautes tunisiens, le privant ainsi plus de 85% de ses visiteurs.

Nous regrettions, alors, cette perte pour notre paysage médiatique, non seulement à cause de la crédibilité des informations et la finesse des analyses du jeune bloggeur -Z-, mais surtout à cause de son extraordinaire talent de caricaturiste. Ses caricatures renferment, en effet, une formidable capacité de dérision et agissent comme un antidote efficace contre la langue de bois qui nous assaille de partout.

La bonne nouvelle pour les internautes et ses nombreux fans, c’est que -Z- a réussi – momentanément ! – à contourner la censure de l’ATI et qu’il est, depuis quelques jours, de nouveau accessible à partir de la Tunisie.

Il nous revient avec une caricature qui s’inspire de récents événements tragiques liés à l’émigration clandestine et qui nous suggère que quelque chose ne tourne peut-être pas rond dans le «dialogue avec les jeunes». Bon retour parmi nous !

Baccar Gherib

samedi 14 février 2009

Elections Fifa : cuisant revers pour le représentant de la Tunisie

Le mercredi 11 février dernier, à Lagos, se sont déroulées les élections pour le siège du représentant de l’Afrique du Nord à la Fifa. Elles ont opposé le représentant de la Tunisie, M. Slim Chiboub, à celui de l’Egypte, M. Hani Abou Rida. Elles se sont soldées par un cuisant revers pour M. Chiboub qui n’a récolté que 9 voix, contre 43 à son adversaire !!

Pourtant, on nous assurait la veille, sur le plateau d’une émission de sport très suivie d’une chaîne privée, que ces élections ne seraient qu’une formalité pour le représentant de la Tunisie. D’abord, parce qu’il bénéficierait du soutien des personnalités les plus importantes du football mondial comme messieurs Blatter et Platini. Ensuite, parce que son adversaire serait sérieusement plombé par une grave affaire de corruption !! Il faut croire que quelque chose a dû échapper à nos journalistes et experts chevronnés.

Toujours est-il que cette défaite représente un sérieux revers pour les instances de notre football qu’il faudra longuement méditer pour pouvoir un jour redorer notre blason à l’échelle africaine. A bon entendeur, Salut !

IK

vendredi 13 février 2009

Silence ! Il ne faut plus se taire. Parole de Jimmy !

C’est l’histoire de Jimmy, l’un des premiers tunisiens atteints par le virus du Sida et expulsé de France à cause de ce «crime» qui, depuis, a fait de la lutte contre le Sida son combat de tous les instants. Fort apprécié à La Goulette, «son quartier» comme il aime à le répéter, il a élargi son rayon d’action à tous les quartiers populaires dans la limite de ses capacités physiques, étant lui-même malade. Il distribue des préservatifs à des jeunes prédisposés à l’inconscience, offre des conseils dans un langage, celui de la rue, qui «normalise» la maladie sans la banaliser, apostrophe les pouvoirs publics, coupables à ses yeux de ne pas faire suffisamment pour stopper le fléau et mettre un terme à la discrimination dont sont victimes les PVVIH (personnes vivant avec le virus du Sida) et accuse la société arabo-musulmane de refouler la maladie et d’en faire un objet de l’inconscient plutôt qu’un sujet de la conscience humaine.

Tout ce travail est abattu par le seul Jimmy, dans une ambiance de décontraction et de complicité, n’hésitant pas, pour faire accepter le préservatif à un jeune, à lui offrir une canette de bière. Cette démarche intelligente, mise en valeur par la caméra de Karim Souaki, nous interpelle tous pour que nous nous joignions au combat de ce saltimbanque, fan de Hendrix et de Reggae et nous fait surtout réfléchir sur l’absence de finesse et d’intelligence dans la démarche des pouvoirs publics, trop sérieuse pour la tête des mômes et surtout dépourvue de sincérité et d’humanité. Voilà, le mot est lâché. HUMANITE. Tout le film est un questionnement sur le déni d’humanité pour les PVVIH de la part d’une société qui a instrumentalisé la maladie jusqu’à en faire un tabou dans le dessein de s’engouffrer davantage dans les méandres de la fermeture et de l’intolérance.

Quant à Jimmy, pourvu d’une notoriété internationale qui a fait de lui un ambassadeur en Afrique de la lutte contre le Sida, il continuera sa lutte toujours dans la bonne humeur, car «c’est dans l’absolue ignorance de notre raison d’être qu’est la racine de notre tristesse et de nos dégoûts» (Anatole France). Et Jimmy a trouvé sa raison d’être. C’est pour cela qu’il est heureux malgré ses souffrances car il soulage celles de ses compagnons, mais jusqu’à quand ? S’agissant d’un trésor épuisable, je suggère instamment aux ministres concernés par la lutte contre le Sida (et ils sont nombreux) de nommer Jimmy chargé de mission auprès d’eux tous et de mettre à sa disposition un minibus avec chauffeur et un stock de préservatifs et sa liberté de parole et d’action. Car d’instructions et de directives, il n’a nul besoin. Faute de miracle, il fera mieux, j’en suis sûr, que tous les programmes gouvernementaux de lutte contre la maladie qui nous coûtent la peau des f… et qui sont concoctés par des bureaucrates dépourvus, sur le Sida, de toute légitimité.

Courrez voir ce film, un vrai moment de tendresse et de réalité que seul le cinéma, le vrai, peut nous procurer. Karim Souaki a parlé vrai à la manière de Jean-Luc Godard qui ne veut «parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma, on parle de tout, on arrive à tout.»

Samir Taïeb

PS : ce documentaire est actuellement à l'affiche au CinémAfricArt (ex-Africa) jusqu'au 18 février, dans le cadre de la session Cinéma 2 docs.

lundi 9 février 2009

Démarrage de la campagne 2009 !

Une station de radio Kalima interdite de diffusion, ses locaux assiégés, son matériel confisqué et une procédure judiciaire engagée contre ses responsables ; le dernier numéro de notre journal Attariq Aljadid saisi ; des journalistes mis au carreau pour leurs velléités d'indépendance, d'autres traqués ou persécutés pour leur propension à la critique jugée excessive ; l'accès à Internet et aux mails pour certains devient un véritable calvaire ; un responsable du mouvement marocain des droits de l'homme refoulé du territoire ; la LTDH et ses sections toujours assiégées ; 33 personnes parmi lesquelles des syndicalistes condamnées à des peines de prison suite aux événements de Redeyef ; et le bureau de l'UGTT qui défie les syndicats de base en signant contre leur gré un accord d'augmentations salariales avec le gouvernement !

A tous ceux qui ne le savent pas encore, nous annonçons que la campagne électorale a bel et bien démarré !

Larbi Chouikha

Habib Belaïd écarté d'antenne

Le journaliste le plus talentueux de RTCI a été contraint de se séparer de son micro pour être affecté aux "archives" de la radio, apprend-on de bonne source. Il serait l'objet d'une sanction prise à son encontre par le directeur de la station. Triste sort réservé à cette voix pleine de tendresse et d'humanité à laquelle nous nous sommes tant habitués. Des interviews avec des personnalités au franc parler, de la musique engagée, des émissions aux sujets parfois audacieux... Habib Belaid a introduit sur les ondes un parfum de fraîcheur et de liberté en abordant des thèmes, en interrogeant des personnes, en diffusant des chants et de la musique qui se distinguent par leur originalité et surtout par leur anticonformisme.

Larbi Chouikha

PS : la photo a été empruntée au groupe Facebook "Pour le retour de Habib Belaïd sur les ondes de RTCI"

dimanche 8 février 2009

UGTT/universitaires : la gifle

Les universitaires n’en reviennent pas encore. Ils en sont encore sonnés… L’attitude du Bureau Exécutif (BE) de l’UGTT qui a pris l’initiative de signer, sans les informer, un accord sur des augmentations salariales largement en deçà de leurs revendications, les a fortement secoués.

Ils avaient pourtant cru s’être dûment protégés contre un tel mauvais scénario, en soulignant, lors de leur dernier conseil sectoriel, que toute nouvelle proposition d’augmentations devait leur être soumise avant tout éventuel accord. Mais le BE n’a pas respecté son engagement, il n’a pas tenu parole. Il s’agit donc bel et bien d’un «coup de poignard dans le dos», selon l’image expressive d’un syndicaliste de l’enseignement supérieur.

En se désolidarisant des revendications des universitaires et en les traitant avec une telle désinvolture, la Centrale Syndicale a tout simplement affiché son mépris à leur égard. Pour eux, c’est une véritable gifle qu’elle leur a administrée ! Et son effet sur l’avenir de l’action syndicale au sein de l’université risque d’être catastrophique.

Comme si l’inlassable et harassante lutte que les syndicalistes de l’enseignement supérieur mènent pour la reconnaissance et le respect de l’action syndicale face aux divers abus et intimidations ne suffisait pas, voilà qu’ils se trouvent, par ce désaveu, confrontés à un véritable problème de crédibilité… Un deuxième front dont ils se seraient fort bien passés ! C’est triste à dire, mais l’UGTT risque, par ce coup «magistral», de réussir là où l’autorité de tutelle a longtemps échoué : à savoir briser l’élan de l’action syndicale à l’université… Un véritable coup de grâce !

Il ne faut pas se voiler la face. Le coup tordu de l’UGTT ouvre une période de crise pour l’engagement syndical dans le secteur, et le rassemblement de protestation de samedi dernier a été l’expression d’un ras-le-bol et d’une colère, mais aussi, peut-être, d’un désespoir.

Certes, les difficultés matérielles des universitaires sont bien réelles, et la chute de leur pouvoir d’achat est tangible. Mais ce qui les a indignés le plus, ce n’est pas tant la faiblesse des augmentations obtenues que la manière avec laquelle ils ont été traités. Et, d’ailleurs, ils sont loin d’être dupes. Ils ont, lors de ce rassemblement, stigmatisé la gestion bureaucratique des luttes syndicales et les petits calculs électoralistes qui font que leurs revendications ne bénéficient pas souvent du soutien qu’elles méritent. Toutefois, le mépris affiché est une tout autre affaire. Et le discours rituel sur la «place particulière des universitaires» dans la Centrale syndicale ne convainc désormais plus personne.

Ainsi, cette gifle, qui vient après plusieurs années de luttes et de combats, a poussé certains universitaires à poser, pour la première fois depuis longtemps, la question de leur sortie de l’UGTT et de la fondation d’un syndicat autonome. C’est dire la gravité de la situation. Le BE, qui est à l’origine de la crise, doit assumer la responsabilité de la résoudre.

Baccar Gherib

samedi 7 février 2009

Procès des syndicalistes du bassin minier : les accusés accusent

Le verdict du procès des syndicalistes du bassin minier de Gafsa est tombé ; il reproduit, pour ainsi dire, celui décidé en première instance. Les peines prononcées à l’encontre des figures de proue du mouvement social sont extrêmement lourdes, simplement réduites de dix ans à huit ans d’emprisonnement ferme. Quel gâchis !

A la différence de leurs précédentes comparutions devant les tribunaux, les accusés ont pu, cette fois, parler. Et ce qu’ils ont tous dit, chacun à sa manière, est édifiant à plusieurs titres sur l’état de notre pays et a convaincu tous les observateurs qu’ils sont des hommes de raison, porteurs des préoccupations de leur population et de leur jeunesse, attachés à l’expression pacifique de leur mécontentement, rejetant et combattant la violence, les déprédations et les atteintes aux biens publics et recherchant le dialogue.

Les accusés que les observateurs ont entendus sont surprenants de dignité et de responsabilité. Chacun a son style, sa personnalité, mais tous ont parlé d’une seule voix : leur solidarité est communicative.

Ce qu’ils ont dit doit être connu de tous. Parce qu’il est d’une gravité extrême, interpellant solennellement la justice, le Parquet et les autorités politiques de notre pays. Qu’ont-ils dit aux juges et aux observateurs ?

Le comité de négociation : un comité de syndicalistes, constitué à la demande des autorités
Ils nous ont dit que ce sont les autorités régionales qui ont pris l’initiative, face au mécontentement et aux manifestations générées par le népotisme qui a caractérisé l’opération de recrutement de la Compagnie des Phosphates de Gafsa (et que le Chef de l’Etat a lui-même dénoncée), de demander à Adnene Hajji de constituer un comité pour négocier avec elles les termes d’une solution au problème. Un comité de cinq syndicalistes a donc été constitué à cet effet et a tenu de nombreuses séances de travail avec les autorités régionales, avec les responsables de la CPG, avec un représentant du Ministre de l’Intérieur, au siège du ministère et avec même le Ministre de la Santé! Des procès-verbaux de nombre de ces réunions existent et des progrès significatifs ont été réalisés dans la résolution des problèmes grâce à ce dialogue, ont déclaré aux jurés, les accusés.

"L comme Liberté"

Contre les fruits du dialogue, à chaque fois des tentatives de sabotage

Ils ont dit qu’à chaque fois qu’ils avaient trouvé un accord avec les autorités régionales et les autres parties prenantes, des tentatives de sabotage ont eu lieu. Des tentatives portant atteinte aux biens publics, telles que l’installation de tentes sur la voie ferrée pour empêcher les trains de marchandises de circuler au moment où la CPG avait besoin d’acheminer son phosphate vers les centres de transformation pour son exportation, à un moment où les cours internationaux étaient extrêmement favorables, le blocage de la circulation dans des endroits névralgiques et même des formes violentes, comme cela a été le cas avec l’attaque et la destruction du commissariat de Redeyef par des jets de pierres par une bande de jeunes masqués.

Les commanditaires des actes de violence : une bande connue, ayant des ramifications dans des lieux de pouvoir locaux
Les coordinateurs et les commanditaires de ces actions relèvent d’une seule et même bande (‘isaba’) ont répété de nombreux accusés. C’est cette bande, qui est connue de tous et dont certains dirigeants ont même été nommément désignés par des accusés, qu’il faut juger, ont-ils répété. Les accusés accusent des personnes du Comité de Coordination du RCD, du conseil municipal, des syndicalistes corrompus d’être les instigateurs de ces violences et de ces atteints aux biens et à l’ordre publics. Ils accusent les responsables des forces de l’ordre d’avoir été, en quelque sorte, leurs complices.

Ils demandent que ces gens soient tous jugés. Adnene et ses camarades disent qu’ils ont, à chaque fois, pris l’initiative, en compagnie de responsables régionaux, d’aller dénoncer ces actions et demander à leurs auteurs d’y mettre un terme. Ils demandent que ces responsables soient appelés pour témoigner.

Traitements dégradants, violence, harcèlements sexuels et tortures systématiques
Pratiquement tous les accusés se plaignent des brutalités, des mauvais traitements et des séances de torture qu’ils ont subis. Pluie de coups de la part de dizaines de membres de la police à l’occasion de leur première arrestation devant les locaux de l’Union locale de l’UGTT en présence de toute la population, durant leur transport et torture organisée durant les quatre jours de détention qu’a duré leur première arrestation.

Durant cette arrestation et durant les suivantes, pratiquement tous les accusés ont dénoncé les diverses formes de torture : la privation de sommeil pendant de nombreuses journées, le tabassage répété dans la position du «poulet rôti», la mise à genoux, complètement nu, et menaces de lui enfoncer un bâton si le détenu refuse de signer le procès-verbal de reconnaissance de sa culpabilité. Un des accusés a déclaré qu’il a dû signer, parce qu’on l’a menacé de lui amener sa mère et de la violer devant lui s’il n’obtempérait pas. Un autre accusé a dit qu’il couvrait une partie de son corps meurtrie par des coups et que son tortionnaire, s’en étant rendu compte, a pris un malin plaisir à lui retirer la main qui la couvrait pour y taper de plus belle avec ses collègues. Et des injures et des insanités qui ont fait dire à un accusé qu’il n’a jamais imaginé la richesse d’un tel lexique et une telle concentration en un même lieu et un en temps aussi court. Des noms de tortionnaires ont même été prononcés.

Pillage de biens privés, entrées par effraction dans des domiciles privés et vol de biens et d’argent de la part des forces de sécurité
Au-delà de ces pratiques inhumaines, ce que les accusés ont mis en exergue, c’est le pillage organisé de dizaines de magasins, l’entrée par effraction et le vol d’argent dans des domiciles, y compris de la part des forces de sécurité.

Quand on a entendu cela, rester silencieux est un crime.

A plusieurs titres, les pouvoirs publics sont interpellés. Il est de leur devoir d’engager sans plus tarder les enquêtes et de faire toute la lumière sur ces accusations qui flétrissent notre pays et ses institutions. Et si ces accusations étaient avérées, il est impératif que ces autorités signifient à toutes les Tunisiennes et à tous les Tunisiens qu’elles ne laisseront «Plus jamais çà !»

Mahmoud Ben Romdhane