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dimanche 7 juin 2009

Les tribulations d’un citoyen qui ne voulait pas voter RCD en 2004

Automne 2004. J’ai 55 ans. Je suis marié et j’ai deux enfants. Je suis un entrepreneur et mon affaire marche. Je vis donc dans une certaine aisance. Tout pour être heureux, diriez-vous, et pour voter pour le parti au pouvoir et son candidat aux présidentielles. Eh bien, non ! Je ne suis pas politisé, encore moins opposant, mais j’avais l’intime conviction qu’en votant pour l’opposition, je rendais service au pays et, d’une certaine façon, au régime lui-même…

Je me réveille, donc, le jour des élections, bien décidé à voter pour l’opposition aussi bien aux législatives qu’aux présidentielles. Plus facile à dire qu’à faire !

Nous votions, mon épouse et moi, dans deux bureaux différents à El Menzah. Je l’accompagne, d’abord, à son bureau de vote. Je l’attends dans la voiture une dizaine de minutes. A son retour, je lui demande « Pour qui as-tu voté ? ». Elle répond sereinement « Pour Ben Ali, bien sûr ! ». Je ne dis rien et je prends la direction de mon bureau de vote.

J’entre à l’école, puis dans la classe où a lieu le vote. Et, premier acte héroïque, je prends les feuilles des quatre candidats aux présidentielles et les listes de tous les partis pour les législatives. Puis j’entre dans l’isoloir. Je croyais que le plus dur était fait ! Or, dans l’isoloir, il n’y avait pas de table sur laquelle disposer toutes les feuilles que j’ai amenées avec moi ! Le stress est monté d’un cran. Je ne sais pas comment m’y prendre. Les battements de mon cœur s’accélèrent et la sueur dégouline de mon front. Enfin, pour pouvoir mettre la feuille de mon choix dans l’enveloppe, je tiens toutes les autres entre mes dents. Je la plie en deux, mais elle est encore trop grande pour l’enveloppe. Je stresse encore plus, car je ne veux pas attirer l’attention par le temps que je passe dans l’isoloir. Finalement, la feuille entre dans l’enveloppe et là, je m’aperçois que celle-ci est transparente et que, sans l’ouvrir, on devine la couleur de la feuille. J’ai presque failli tout laisser tomber. Mais, dans un dernier sursaut de courage, je sors de l’isoloir, tout tremblant et suant, en essayant, tant bien que mal, de cacher les deux enveloppes dans ma main et le reste des feuilles dans mon caleçon. Je glisse les enveloppes dans leurs urnes respectives, je signe et je sors, presque en courant. Ouf !! C’est la délivrance… Du moins, je le croyais.

Car les deux feuilles rouges, que j’avais encore sur moi, représentaient la preuve matérielle que j’avais voté pour l’opposition. Il fallait les faire disparaître. J’ai pensé les découper en petits morceaux et les jeter à la poubelle, mais je me suis ravisé : le gardien de l’immeuble pouvait les trouver et me dénoncer. Je prends mon mal en patience et j’attends la nuit. Prétextant l’achat de cigarettes, je sors. Je prends ma voiture et, dans une rue déserte et sombre, je tire les feuilles de ma poche, je les broie entre mes mains et je les jette dehors. Ouf !! Cette fois, c’est vraiment fini. J’achète les cigarettes dont je n’avais pas besoin. Je rentre pour dormir après cette journée éprouvante pour mes nerfs et pour reprendre mon statut de citoyen au-dessus de tout soupçon.
Ça a été dur, mais j’ai agi selon ma conscience. Je croyais que la page était vraiment tournée, jusqu’au jour où, ouvrant la boîte à gants de ma voiture, je découvris avec stupeur… deux autres feuilles rouges ?!

Moralité(s) de l’histoire : 1) Il n’est pas facile de voter pour l’opposition dans ce pays. 2) Mon épouse m’a menti. 3) Elle a démontré, dans cette affaire, plus de sang-froid que moi.

Mohamed Ettounsi

dimanche 17 mai 2009

A travers la blogosphère #7 : élections 2009, débat et Facebook

Rien de nouveau sous le soleil du pays de la joie éternelle à quelques mois des élections de 2009, nous rappelle d'un des meilleurs blogs de la Tunisphère, la blogosphère tunisienne. Tandis que le père fondateur de cet espace donne à nos responsables politiques une leçon édifiante de communication politique sur les réseaux sociaux.

Carpe Diem s'étonne de l'absence de toute trace de débat politique sur la place publique en Tunisie à la veille des élections législatives et présidentielles de 2009 contrairement à "d'autres pays démocratiques (où) la bataille entre partis et candidats débute un an avant le vote final". Le blogueur constate qu'"à 5 mois (…) du vote (…) rien ne se passe en Tunisie..". Il rappelle que les élections, censées être "le principal sujet de discussion et de débat dans les médias et entre citoyens", ont cédé la place aux sempiternelles discussions sur "la religion, (…) le foot ou (…) la télé-réalité". Les médias sont étrangement silencieux : "pas de débats, pas d'interviews, pas de sondages", remarque le blogueur. "Le calme règne", ajoute-t-il, même au sein du parti au pouvoir, "seul acteur de ces fausses élections", où tout a déjà été joué d'avance puisque ses militants "ne peuvent même pas choisir le candidat de leur parti aux élections" qui est "toujours le même, évidemment…". Le blogueur énumère ensuite la panoplie de sujets de préoccupation des tunisiens qui devraient donner aux politiques, aux médias et aux citoyens "l'embarras du choix" en matière de débat politique. Chômage, croissance déclinante, systèmes éducatifs et de santé déficients, jeunesse désabusée, corruption, clientélisme, justice, administration, disparités entre les régions… autant de thèmes qui devraient aisément trouver leur place dans le débat public à l'occasion de cette "dernière échéance avant qu'un nouveau 'changement' ne survienne" et que beaucoup "ressentent, appréhendent et attendent en silence", selon le blogueur. Carpe Diem conclut malicieusement sur cette ambiance de "fin de règne" qui rappelle "étrangement celle de l'époque du Roi-Soleil au XVIIè" que décrit ainsi Jean Racine dans Phèdre : "Le Grand Siècle devient bigot, les fêtes brillantes appartiennent au passé et le vieux roi prie pour son âme …"


Et si les politiques faisaient plutôt campagne sur Facebook ! C'est l'idée originale osée par Hou-Hou Blog à l'adresse des partis politiques tunisiens à l'approche des prochaines échéances électorales. En présentant les statistiques de la présence tunisienne sur Facebook, le blogueur s'interroge à propos de l'immobilisme des partis et se demande pourquoi ils n'ont pas encore "envahi" le premier réseau social mondial. Constatant que près de 5% de la population tunisienne est présente sur Facebook et que la majorité d'entre-elle (400 mille) est en âge de voter, Hou-Hou Blog rappelle les vertus du réseautage social aux responsables politiques pour mobiliser le vote des jeunes, grands "oubliés" des dernières élections de 2004 qui ont concerné "seulement moins de 5 millions de tunisiens (…) inscrits" sur les listes électorales "alors que le pays comptait au moins 6 millions de tunisiens de 20 ans et plus". Selon le blogueur, un plan de campagne virtuel permettrait aux partis de mettre en place des "campagnes ciblées (…) par région et par tranche d'âge". Ceux-ci devraient ainsi abandonner les supports traditionnels d'une campagne classique que le blogueur juge "inutiles, coûteux et inefficaces" et consacrer "50% de leur budget de campagne" à Facebook. Hou-Hou Blog se permet même le luxe de leur conseiller les axes d'une stratégie de campagne virtuelle efficace. D'abord lancer une campagne pour "inciter les jeunes de 18 à 23 ans à s'inscrire sur les listes électorales". Créer ensuite une "page Facebook" du parti qui deviendrait un "centre de communication virtuel" cité dans les différents supports de communication du parti (journal, site web, affiches électorales, discours de ses candidats). Puis demander aux candidats du parti de créer leurs "profils Facebook actifs et participer aussi activement à la page du parti". Enfin, miser sur la caractère "viral" de la communication dans le réseau social pour "passer (le) message et inviter les jeunes à voter pour (son) parti et (ses) candidats". Un cours de communication politique dans les espaces virtuels pour sortir nos partis de la situation bien réelle, elle, d'inaction dans laquelle ils sont empêtrés en permanence.


Hédi Ben Smail

samedi 9 mai 2009

M’dhaffar l’incompris

L’argument invoqué par M. M’dhaffar pour rejeter la présence d’observateurs étrangers lors des prochaines élections présidentielles et législatives – qui a soulevé une polémique – n’a probablement pas été bien compris par les commentateurs. En effet, en affirmant que la Tunisie n’était pas «une jeune démocratie» pour accueillir des observateurs, M. M’dhaffar ne voulait sans doute pas dire que la Tunisie était une vieille démocratie ni même une démocratie mature, peut-être, qu’il voulait simplement dire qu’elle n’était pas une démocratie tout court ! Auquel cas, le rejet d’observateurs étrangers s’expliquerait facilement, et il n’y aurait plus matière à polémique !! Comme quoi, on fait souvent à nos responsables politiques de mauvais procès…

jeudi 2 avril 2009

Réconcilier le citoyen avec la politique : une entreprise de salut national

L’annonce officielle de la candidature d’Ahmed Brahim aux élections présidentielles de novembre 2009, a été rapportée par l’agence officielle Tunis Afrique Presse (TAP) dans un communiqué aussi bref que laconique, qui, non seulement réduit l’information à sa plus simple expression, mais se permet même de la déformer !

Ainsi, l’agence - que les médias officiels se sont contentés, pudiquement, de reproduire - omet-elle délibérément de signaler que M. Brahim n’est pas le candidat du seul mouvement Ettajdid, comme elle l’affirme, mais celui de l’Initiative Nationale pour la Démocratie et le Progrès (INDP), composée de partis de la gauche démocratique et progressiste et de militants indépendants animés par les mêmes principes et valeurs.

De même, un point saillant du discours du candidat lors du meeting tenu le 22 mars - que des organes d’information ont, à juste titre, souligné, mais que TAP et les organes officiels ont, évidemment omis - c’est son intention clairement affichée de ne pas jouer le figurant, ni même les seconds rôles, mais de se mesurer, d’égal à égal, au candidat du parti au pouvoir et de se montrer un concurrent crédible.

Non pas qu’il se fasse des illusions sur le résultat final d’une bataille inégale, gagnée d’avance - en ce qui concerne le prochain président de la république - par le président sortant, mais tout simplement pour prouver qu’un autre chemin et d’autres options sont possibles, voire indispensables à l’essor du pays et à la préservation de ses acquis.

Dans la morosité et la platitude qui caractérisent le paysage politique tunisien, cette déclaration a de quoi attirer l’attention de l’opinion publique et des médias, car elle tranche nettement avec l’unanimisme de façade et la langue de bois, devenus monnaie courante dans le débat politique actuel.

Le candidat de l’INDP se propose, en effet, d’aller au fond des problèmes majeurs qui préoccupent notre peuple : qu’il s’agisse des entraves à l’accélération du rythme de développement de notre économie, de la stagnation du taux élevé de chômage, notamment celui des jeunes diplômés, de la dégradation du niveau de l’enseignement, des tâtonnements de la réforme du système sanitaire ou enfin du désarroi des jeunes et moins jeunes face à leur avenir, l’Initiative a pour ambition de montrer qu’une alternative crédible et réalisable est possible, et qu’elle était prête à une confrontation d’idées et d’arguments à ce sujet. Ce faisant, elle aura à cœur d’élever le débat, de transcender les considérations étroitement partisanes, pour que chaque candidat puisse avancer ses opinions, son programme politique et convaincre, non pas par des discours creux et des slogans éculés, mais par la force de l’argument, dans un échange serein et constructif, d’où sera bannie toute forme de surenchère et de démagogie.

C’est ce type de débat, sain et fructeux, que nous appelons de nos vœux et que nous voulons voir s’instaurer dans le pays. Nous entendons y contribuer largement par notre attitude, à la fois ferme, responsable et constructive afin que les électeurs puissent être suffisamment éclairés sur les véritables enjeux de la joute électorale et faire leur choix en toute connaissance de cause. Et c’est précisément vers cet objectif que devraient, à notre avis, tendre les efforts de tous les candidats, pour que la consultation électorale cesse d’être un rituel dénué de toute signification politique et boudé par la majorité de nos concitoyens, désenchantés quant à un possible changement par la voie des urnes- ce qui n’est guère rassurant pour l’avenir !

A cette fin, le candidat de l’Initiative a proposé la constitution d’une commission indépendante qui aura la charge de réviser le code électoral dans le sens de la levée de tous les obstacles à une participants massive et libre du corps électoral, et à l’expression rigoureuse et transparente des résultats du scrutin, une révision qui mettrait les lois électorales en concordance avec les normes internationales en la matière, telles que définies par les organismes compétents du système de l’ONU et de l’OCDE.

La Tunisie, qui s’est octroyé une place respectable dans le concert des nations, grâce à la vivacité de son peuple, au génie créateur de ses illustres fils, et qui est fière de ses acquis réalisés au prix d’une longue lutte et des sacrifices de son peuple, mérite certainement une vie politique plus digne, plus conforme à la maturité de ses forces vives et de ses élites. Dans cette Tunisie démocratique que le peuple tunisien appelle de ses vœux, le seul privilège qui sera reconnu sera celui qui est dû à la compétence et au dévouement au peuple et à la Patrie.

C’est pour une telle Tunisie que l’Initiative et son candidat Ahmed Brahim militent, en tendant la main à toutes les bonnes volontés qui voudront s’associer à cette œuvre grandiose et exaltante.

La décision de l’Initiative et de son candidat de participer aux prochaines élections malgré des conditions, au départ, très peu favorables et les multiples écueils qu’elle ne manquera pas de rencontrer, est l’expression tangible de sa détermination à se saisir de toutes les opportunités pour participer à toutes les batailles politiques afin d’apporter sa contribution, qualitative et effective, à cette entreprise de véritable salut national.

Abdelaziz Messaoudi

mercredi 1 avril 2009

La «pause d’un député» ou les députés vus par eux-mêmes !

Nous nous étions arrêtés, il y a deux semaines, sur le contenu – édifiant – de l’interview d’un député RCD par notre consoeur Assabah Al-ousbouî dans le cadre de sa rubrique istirâhatou nâ’ib (pause d’un député). Nous l’avons, en effet, trouvée fort révélatrice des «spécificités» de notre démocratie. Car elle contenait l’aveu d’une déconnexion entre la députation, les électeurs et les élections tout court !

Il était, dès lors, fort intéressant pour nous de suivre cette rubrique et de voir ce qu’elle pouvait encore révéler – à son insu ? – du fonctionnement du système politique tunisien et de la perception de la députation. L’interview étant structurée selon un canevas immuable – on demande essentiellement au député de se présenter, d’évaluer son (ou ses) mandat(s) et d’apprécier ses chances pour les prochaines «élections» – , il est possible d’en tirer quelques enseignements quant aux constantes ou quant aux nuances.

Aussi, remarquons-nous, pour la livrée du 23 mars, qui concerne encore un député RCD, des réponses plus nuancées que celles de son prédécesseur qui s’est distingué, il est vrai, par son franc-parler. Il faut avouer, aussi, que les questions (préparées par M. Sofiane S’hili) ont été légèrement retouchées et il n’y est plus fait allusion à la confiance des électeurs, mais seulement à leur «regard» (sic). Ce qui évite d’acculer le député sur un terrain glissant. Toutefois, dans ce cas aussi, la députation reste tributaire du préélectoral – le choix du RCD – et le principal regret est celui de «ne pas avoir pu rendre service à tous ceux qui l’ont souhaité».

Notons, par ailleurs, l’apparition d’une nouvelle question portant sur l’intérêt pécuniaire de la députation et évoquant un enrichissement possible après deux mandats consécutifs. Ce à quoi notre député, pourtant président régional de l’UTICA, répond que, à la fin de son deuxième mandat, il «continue d’appartenir, comme 80% des Tunisiens, à la classe moyenne» ! Heureux pays, la Tunisie, où même d’éminents représentants du patronat appartiennent à la classe moyenne…
A bientôt ! En espérant, grâce à la prochaine «pause» et au prochain député, en savoir un peu plus sur la députation en cette année électorale et voir ce qui importe à «nos élus», au-delà de figurer sur les listes RCD, mettre du beurre dans ses épinards et rendre service.

Boubaker Jridi

dimanche 8 mars 2009

Quand un député RCD force notre estime !

Il est rare, dans nos médias, qu’un politicien ou qu’un commentateur de la chose publique dévoile aussi crûment l’état de notre démocratie que ne l’a fait, dans l’interview qu’il a accordée au journal Assabah el-ousbouî, le député RCD Abdellatif Mekki, inspecteur de l’enseignement primaire de son état.

En effet, notre député n’est pas un amateur de la langue de bois. Car à la question «Pensez-vous que les électeurs vous renouvelleront leur confiance à l’occasion des prochaines élections?», il a eu cette réponse lapidaire, fort édifiante: «C’est M. le Président, le président du RCD qui accorde sa confiance, et je serais heureux si j’en bénéficiais de nouveau…» !

Peut-on être plus explicite que cela? En gros, dans le système électoral tunisien, les électeurs n’ont aucune importance. Pour être sûr d’être député, il faut tout simplement être sur la liste du RCD. Et pour cela, il faut mériter la confiance de son président. CQFD.

Le propos de M. Mekki pourrait choquer des esprits habitués à une conception de la démocratie où ce sont les électeurs qui choisissent les députés, mais il résume sans doute à la perfection le fonctionnement démocratique dans notre pays : durant plus d’une cinquantaine d’années de «joutes» électorales, on n’a jamais enregistré l’échec d’un candidat du parti au pouvoir à la chambre des députés !

Ainsi va la démocratie chez nous ! Et nous savons gré à M. Mekki de nous en rappeler les règles du jeu en cette année électorale. Mais pour plus de rigueur sémantique, ne faudrait-il pas appeler, désormais, nos élus les «députés du président» au lieu de «députés de la nation» ?

Boubaker Jridi